Une comédie étrange, décalée et loufoque qui, dans un ton et un schéma qui rappellent énormément le récent "Under the silver lake" de David Robert Mitchell, aborde des sujets sérieux comme la discrimination, l'ascension sociale ou encore le capitalisme. Une première partie assez lente, presque ennuyeuse, particulièrement abstraite et insaisissable centrée sur l'emploi dans le télémarketing du protagoniste principal et son évolution pour aboutir sur un dernier segment plus orienté vers la science-fiction. Une mise en scène plutôt intéressante, un travail sur la lumière et la photographie remarquable pour un ensemble satisfaisant, extravagant mais cohérent dans son écriture. Sans grandes prétentions mais très sympa.
Sorry to Bother You est le parfait film tordu. J'ai quelques regrets de ne pas l'avoir vu en salle lors de sa sortie, je m'étais décidé avant de me ravisé et autant dire que cette décision n'étais pas des plus judicieuse ! Enfin bref, je viens à l'instant de le terminé et je concède volontiers que sa drôle de fièvre me contamine toujours. Under The Silver Lake de David Robert Mitchell vu cet été m'a aussi procuré pareil ressentit. Le scénario abracadabrantesque entre en collision avec la mécanique, rien n'est dessiné clairement, les sous-entendus sont de sortit ou sont du moins brouillé par la nature du ton employé au travers de cette faste entreprise de démolition et de dénonciation. Les thèmes de son réalisateur / scénariste se nichent dans le défilé d'humour et de temps et font passer un message bien clair et parfaitement délirant. Les comédiens sont tout autant inspirés, l'interaction entre eux stimule et porte le long métrage et confère à encore un peu plus considéré Sorry To Bother You.
"Sorry To Bother You" m'a laisé une impression mitigée à la fin de son visionnement. Je reconnais à Boots Riley l'originalité de son film, de son univers, un style décalé plutôt sympa et une bonne bande-son. En revanche, les défauts sont nombreux. Cette dystopie est, comme finalement toutes les dystopies, une satire de notre société consumériste, contrôlée par les industriels et abrutie par les médias. Boots Riley traite de ces sujets de manière peu subtile, grossière ce qui nuit à la fois à son propos et à la qualité du film. En effet, les lourdeurs se multiplient que cela soit dans l'intrigue, dans l'humour ou dans les problèmes sociaux évoqués. Le jeune cinéaste en fait trop et de façon maladroite. Dommage car il sait tenir une caméra. Son prochain long métrage sera peut-être plus abouti. Je l'espère en tout cas.
Film dynamique de part sa musique et enchainement de scenes. Neanmoins assez vide en contenu. Manque de profondeur. Je n'ai pas pu le terminer. Je deconseille.
Le capitalisme est à la fois un fléau et un fantasme aux Etats-Unis. Le multitâche Boots Riley, rappeur, producteur, parfois acteur et à présent réalisateur, s’est créé un concept, voire un délire pour son premier long-métrage qui ne passe pas inaperçu. On ne fait pas seulement l’impasse sur une comédie, car on nous démontre en quoi le système capitaliste entrave les ambitions de marginaux, sans talents et conditionnés à le rester. Boots n’est pas forcément subtile sur tous les points, mais il finit par savoir comme suggérer le rapport de puissance dans une hiérarchie très verticale. De plus, en créant cette barrière satirique, il parvient à développer une certaine hypocrisie venant du peuple, confirmant ainsi un statut plus neutre au lieu d’adouber l’une des causes.
On expose brièvement les faits, sur un ton absurde et décalé. Le monde est transposé à travers un travail guidé par une voix, celle d’un opérateur qui cherche à influencer, voire à acheter. Mais le client est lui-même le produit de ce traquenard, à la fois médiatique et corporatif. La société de télémarketing mise en avant exposer ainsi une première problématique liée au racisme, racontée par des marginaux de couleur. En usant d’une certaine hypocrisie, en poussant les curseurs à fond sur « se mettre dans la peau du client pour mieux l’acheter », on note une cohérence dans les faits. Ce travail dépersonnifie et encourage à suivre les règles. Ce n’est pas un monde d’artiste, mais ce seront bien ceux qui trouveront le juste milieu qui pourront s’élever dans le valhalla et la richesse. Et au fur et à mesure que le personnage vedette avance, il sombre dans l’esclavage et rejoint le bétail de cette institution mal intentionnée.
En effet, Cassius Green (Lakeith Stanfield) correspond à cet émissaire, venant tâter le gras dans chaque camp. Nouveau riche, il appréhende la démarche de ses supérieurs, que l’on ne nommera pas. Cependant, le personnage d’Armie Hammer dégage cette folie et incarne cette force intouchable, qui tire toujours du profit là où il n’y a pas lieu d’être. Et cela s’appuie sur une mise en scène audacieuse, notamment lors des conversations téléphoniques ou autres discours qui vient du cœur. N’oublions pas qu’il s’agit d’un message intime, car Boots souhaite s’exprimer sans censure, mais avec la manière d’un « blanc » pour appeler à la révolte, face à l’injustice et les failles d’un système qui fait régresser. La petite amie, Detroit (Tessa Thompson), ne s’éloigne pas non plus de son sujet. Ornant une pancarte ou allant taguer sa colère, on ressent son désir de faire bouger les choses jusqu’à ses boucles d’oreille, à la fois loufoques et cartoonesques.
« Sorry To Bother You », comme son nom l’indique, est une réplique facile et déconcertante, lorsqu’elle est détournée pour le malheur de l’interlocuteur. Fort heureusement, ce film ne se présente pas comme tel, mais préfère nous laisser choisir et agir face à la cruauté morale et plus encore sur les pauvres. Le réalisateur prend conscience d’un « blanchiment » d’une grande ampleur, mais qu’on ne peut rectifier via les lois actuelles, car elles-mêmes sont entravées par l’aveuglement et l’abus de pouvoir. Le dénouement, furieusement ironique et complètement barré, estime que nous sommes à deux doigts d’imploser si nous embrassons un langage trop lisse et qui cherche le pardon d’entrée de jeu.
Sans avoir adoré, l'idée de la voix de blanc est bonne mais le final est bâclé. L'intrigue est barrée et originale, j'ai bien aimé. Mais il manque cruellement quelque chose de plus percutant sur la fin pour un tel scénario. C'aurait du être mieux, vis-à-vis du potentiel et des personnages qui sont bien introduits mais insuffisamment utilisés pour la plupart.
J'ai vu un film... qui fut une véritable surprise... Sans savoir ce que j'allais voir, j'ai été impressionné par l'imagination débridée de cette histoire et de cette réalisation. Ce film est brillant, car il dénonce la perversité malsaine de notre société matérialiste à outrance, avec ses dérives, totalement assumées d'une dimension morale complètement inexistante... C'est complètement déjanté, foutraque et sous couvert d'une comédie, on passe en revue le racisme aux Etats-Unis, le rapport à la réussite, la puissance des armes, la manipulation génétique, et toutes les "bonnes" manières de faire de l'argent... Ce 1er film de ce réalisateur est une immense surprise... Un grand plaisir...
Grâce à une direction d'acteurs remarquables: le réalisateur Boots Riley signe un satire sociopolitique dont l'idée directrice est la critique fondamentale d'un capitalisme abusif qui serait la cause d'une société enclin à une forme de déshumanisation qui a finit par altérer les valeurs individuels les plus sacrés.
Un ovni, borderline, WTF? sur fond de vive critique sociale. Jongle entre le surréaliste profond et une réalité noire. Laisse des marques sur son passage...
Comédie satirique foutraque, “Sorry to Bother You“ fait sourire, interpelle mais laisse néanmoins perplexe. Certes, les idées et les messages sont indirects et pertinents. Le style faussement nonchalant et décomplexé donne une coolitude à l’ensemble. Malgré une belle énergie qui se dégage de ce film qui a des choses à dire et fait passer ses messages, son côté joyeusement bordélique ajoute du non-sens dans certains propos et de délires pas toujours partagés. Du coup, “Sorry to Bother You“ laisse parfois le spectateur à côté du récit face à un film qui foisonne beaucoup, trop peut-être. B.Riley surdose et joue des extrêmes et grand-écarts, et on sent d’ailleurs qu’il le fait divinement exprès. Mais cette mise en scène perturbante et son scénario dérangeants, qui font que ce film n’arrive pas à atteindre des sommets satiriques par manque de cohérence et de limpidité, mettent néanmoins suffisamment de piment dans l’ensemble pour faire de cette comédie excentrique un objet original et intrigant.
Si le début est plutôt drôle et tient en haleine, ça se complique sérieusement un peu au-delà de la moitié du film. Si les ficelles bien grosses et dignes d'une série B (avec les effets spéciaux qui vont avec) vous agacent, alors passez votre chemin. L'objectif était donc de critiquer le système capitaliste et d'en faire des tonnes... Sur ce dernier point au moins, mission accomplie ! Pour le reste,"Tout ça pour ça" comme dirait l'autre ?! Le film finit par s'égarer dans le vide, puis cherche à insinuer une sorte de morale...