Un chef d'oeuvre où l'authenticité se mêle à l'émotion en permanence. La relation père fils est traitée d'une façon humaine et magnifique. Inoubliable, simple, rare et intemporel. A voir absolument
Superbe film que nous plonge dans le malheur de ce héros à cause d'un objet insolite, une bicyclette. Il fait partie des grands films qui nous font passer une émotion à partir d'une synopsis qui semble simple.
Un chef d'œuvre!L'italie d'après guerre est présenté par un colleur d'affiche qu'on lui a volé sa bicyclette, à vrai dire on lui a volé son travaille!une histoire simple non?? eh bien c'est ça la beauté du néorealisme(la réalité)pas de mensonges; tournages en extérieur, des décors naturels, acteurs non professionnels qui savent bien le sens de la pauvreté et de la misère,loin de la production cinecittà, loin des illusions, loin des telefoni bianchi!le film est réalisé par Vittorio De Sica donc ça doit etre un beau film, mais lorsqu'on dit le scénariste c'est Cesare Zavattini ça doit étre un chef d'oeuvre néorealiste!
Mais où est cette fichue bicyclette ? Je ne pensais pas la chercher avec autant d'acharnement, mais le môme Bruno la mérite. On ne peut pas le laisser finir à la rue dans cette Rome impitoyable d'après-guerre. Cette bicyclette rachetée contre les draps du mariage est le fil auquel tient une vie entière. Sans vélo, pas de travail ; sans travail, pas de pain. Et le plus terrible, c'est qu'il n'y a personne à haïr, juste une mécanique sans visage qui pousse les pauvres à se dévorer entre eux. Le titre italien est au pluriel, et on comprend pourquoi. De Sica ne filme pas la chasse à un coupable, il filme la fabrication d'un voleur. Et il ne tranchera jamais : la misère abîme-t-elle la morale, ou se contente-t-elle de la révéler ?
Je trouve que la construction est d'une pureté insolente. Vingt minutes à nous faire comprendre ce que ce vélo a coûté, puis une seule journée d'errance où chaque fausse piste rejoue la même défaite avec une variation minuscule, où l'espoir n'est fabriqué que pour être repris. Le marché, le vieil homme de la soupe populaire, le voleur épileptique : à un moment j'ai lâché, je n'en pouvais plus de chercher, je voulais juste m'asseoir à côté de Bruno et regarder le ciel. C'est le but : l'épuisement du spectateur est celui d'Antonio. Rome est filmée comme un pays étranger, sans coupole ni carte postale. On est noyé dans les files d'attente, les étagères de draps empilées jusqu'au plafond, et cette pluie qui tombe sur une ville trop pleine pour qu'on y remarque l'individualité. Ces plans d'errance père-fils et ce cadrage si particulier sont pour moi le sommet du film, et la musique de Cicognini, ouvertement mélodramatique, ne triche pas.
Le pari le plus risqué du néoréalisme, De Sica le tient jusqu'au bout : aucun professionnel dans les rôles principaux. Maggiorani, ouvrier dans la vraie vie, porte la détresse dans les épaules, la nuque, la mâchoire, et le film ne le protège jamais. Il est parfois buté, injuste, brutal avec son gosse, mais on le comprend vu les enjeux. C'est ce droit laissé à Antonio d'être médiocre qui sauve le film du misérabilisme. Mais c'est le gamin qui l'emporte : Enzo Staiola, 9 ans. Un visage d'enfant sous une gravité beaucoup trop mûre pour lui. Bruno n'est pas un enfant qu'on emmène, c'est un collègue plus petit. Il bosse à la station-service dès l'aube, inspecte la bicyclette avant son père, surveille l'argent du regard, et après la gifle essuie discrètement le coin de sa bouche sans un mot. Cette démarche pressée pour tenir le pas d'un adulte est tout simplement inoubliable. Enzo Staiola est peut-être la plus grande performance d'enfant de l'histoire du cinéma, et je pèse mes mots. Une vraie bombe à émotion.
Chaque scène est sublime. Je pense à cette mozzarella au restaurant, une joie d'enfant aussitôt empoisonnée par la table des riches juste à côté. Le non-dit que De Sica fait naître avec une subtilité bouleversante est qu'Antonio peut encore porter son humiliation tant qu'elle n'appartient qu'à lui. Mais dès qu'un regard s'y pose, elle devient un fardeau insoutenable. De Sica cadre presque toujours le père et le fils dans le même plan. L'écart de leurs tailles suffit à raconter leur lien : l'un avance encore porté par l'illusion de protéger, l'autre grandit déjà dans la lucidité. Jusqu'à cette scène finale où l'humiliation cesse d'être intime pour devenir spectacle, où le père vacille sous le regard des autres. Bruno, lui, était depuis longtemps à la hauteur de la vérité. Il avait déjà tout compris. Alors cette petite main qui vient chercher celle de son père au milieu de la foule n'est pas un geste de consolation. C'est un bouleversement silencieux, une inversion presque imperceptible de l'ordre du monde : l'enfant devient celui qui soutient, et le père celui qu'il faut désormais conduire.