Inévitablement, Carmen et Lola rappellera Rafiki : amour entre jeunes femmes, romance pudique, rejet par une société patriarcale et sexiste. Le traitement de ce premier film de l'espagnole Arantxa Echevarria est plutôt sobre et tire parti de l'opposition entre deux caractères d'adolescentes : l'une est une sorte de garçon manqué, l'autre, plus dans le moule, est sur le point de se marier et considère l'homosexualité comme "anormale". Si l'attraction entre les deux reste crédible, l'évolution des sentiments de la deuxième peut sembler trop rapide. Mais le charme des interprètes, recrutées parmi la communauté gitane, réussit malgré tout à faire oublier cet écueil dans le droit fil d'une mise en scène douce et feutrée. Tout n'est cependant pas parfait dans Carmen et Lola et la vision de l'environnement gitan, des stéréotypes familiaux, en particulier, peut apparaître parfois outré. Arantxa Echevarria a pourtant restitué avec le plus de réalisme possible la vie quotidienne et les principes rigides qui emprisonnent les femmes dans un rôle bien défini au sein de cette communauté. Carmen et Lola, gitanes sans le filtre des traditions et des coutumes ancestrales, n'ont pas vraiment d'alternative. En jouant la carte du romanesque et en nous rangeant sans discussion aux côtés de ses deux héroïnes, le film fait le choix de la conviction et ne s'embarrasse pas de nuances. C'est malgré ou cause de cela qu'il séduit.
Si on peut être ébloui par la lumière solaire qui se dégage des deux jeunes actrices qui portent ce drame, on n’est pas suffisamment aveuglé pour ne pas voir les gros défauts du film. Entre une romance dramatique aux enjeux téléphonés et une symbolique peu subtile (p. ex. la figure de l’oiseau pour représenter l’envie de s’échapper d’un milieu social oppressant), on pourrait se raccrocher au portrait de cette société gitane et urbaine du 21ème siècle. S’il peut être éclairant, il n’en demeure pas moins problématique dans la nature de sa démarche. Bien que réalisé avec des acteurs gitans souhaitant dénoncer ce modèle archaïque, la réalisatrice est elle-même étrangère à cette communauté. Elle dénonce donc cette misère sociale, culturelle et intellectuelle d’un regard extérieur et paternaliste sans proposer quelque alternative hormis la fuite. De même que les personnages de son film sont stigmatisés par leur communauté, la communauté gitane se retrouve elle-même stigmatisée dans ce film. En avait-elle besoin ?
Fiction document dans le monde gitan madrilène pour une histoire d'amour sous le poids de la tradition et de la communauté... Très fort mais avec le petit bémol de la caméra sur l'épaule qui bouge trop et fini par nous fatiguer...