"Streetcar named desire" a fait de Brando une star, et à juste titre, car sa présence à l'écran, magnétique, bestiale, primitive, sensuelle ne pourra être égalée, mais celui-ci est pourtant devancé par la grande Vivien Leigh, tout simplement magistrale, habitée par le rôle de Blanche. Le film peut paraître quelque peu suranné, car les décors sont pauvres, la mise en scène très théatrale, mais il ne faut pas oublier que Streetcar est avant tout une pièce de théâtre, dans laquelle se joue une autre pièce : celle que Blanche a écrite. Blanche est névrosée, Blanche vit dans un rêve, refuse la lumière, la vérité, joue son propre rôle qui lui colle tant à la peau qu'elle y croit. Blanche est pure, comme l'indique son nom, fragile, mais la vie la blessée, la salie, tant et si bien qu'elle en est réduite à vivre dans des rêves de pacotille, où tout est beau mais faux, comme son diadème de faux diamants. Voilà pourquoi la mise en scène se doit d'être théâtrale, ce que respecte totalement Elia Kazan. Bien sûr il y a ce désir : Blanche prendra ce tramway qui l'a conduira jusqu'à cette brute irrésistible de Stanley, dans sa tanière, emprisonnée, le choc, prévisible entre ces deux contraires qui s'attirent sera fatal, pour tous deux. Stanley est perdu sans son étoile Stella, elle même perdue dans les affres du désir qu'il attise en elle est perdue sans lui et au final, tous nous semblent bien pitoyables, à la dérive totale. Telle est la destinée des hommes semble nous dire Tennesse Williams qui comme à son habitude concentre toutes les passions humaines dans un endroit clos jusqu'à ce que tout explose. Ici la tension atteindra son maximum lors de l'ultime confrontation où Brando, en contre-plongée, semble devenir une vraie bête féroce, le spectateur se retrouvant aussi impuissant que Blanche. Le viol, suggéré par ce miroir qui se brise, tout comme blanche, créature de verre qui part en morceau est simple et porteur d'une grande symbolique. Kazan immortalise l'oeuvre de Williams.