Les polémiques autour de ce film (instiguées par de grossiers esprits réactionnaires) l'ont sali injustement (il n'y a là rien de malsain, si ce n'est des chorégraphies sexualisantes qui font partie du portrait, et on ne peut céder à ce genre d'ordre moral) . Ma déception va plutôt au traitement final, qui jure par son incohérence et nous remballe dans une sorte de parti pris moraliste, comme si le propos de l'auteure était de renier le caractère profondément rebelle du personnage de Amy (Fathia Youssouf, magnétique malgré un début hésitant), histoire de remettre les choses à leur «juste» place. En même temps, on comprend que cette fille à l'orée de l'adolescence réalise par l'excès qu'elle doit apprendre à grandir avec sagesse. Malgré tout, on se demande à quoi servent toutes ces longues scènes de liesse, de conflit, de courage et de sacrifice, où il faut supporter le modèle traditionnel de soumission incarné par la mère et la grand-mère et passer outre moqueries et brimades. On ne peut être que touché par le délire foufou et l'aspect clanique de ce groupe de pré-adolescentes, prêtes à se couper les cheveux en quatre comme à se crêper le chignon pour parvenir à leurs fins, la victoire d'un concours de danse, se croyant déjà femmes alors qu'elles sont encore des gamines. Le cadre familial, musulman monoparental tradi, renforce par contraste la ténacité d'Amy à se frayer une voie de libération. Le film se fait par conséquent récit d'initiation (comment chercher la reconnaissance par le groupe), récit d'apprentissage (par contraste, choc de valeurs), témoignage du sexisme (à travers l'image de la femme-désir assumée et celle de la femme-objet rejetée) et illustration d'un passage difficile, le temps d'un été, vers un monde adulte phantasmé par une enfance abreuvée de modèles trop adultes et de violence compétitive. Ça reste parcouru d'humour et on évite tout propos trop tranché (d'où une mauvaise interprétation de ceux qui ont pris le film pour une forme d'exercice voyeuriste) mais on peut, par contre, pointer certaines lourdeurs de scénario et un certain manque de crédibilité dans l'action des personnages
(utilisation improbable du portable piqué, prémisses glaciales de l'intégration, clichés islamistes, cérémonie de désenvoûtement assez ridicule, chamailleries entre copines, petit frère bordélique, mère pleurant sur son sort de polygamie subie)
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