Lucile Hadzihalilovic a puisé l'inspiration de son film dans le conte La Reine des Neiges de Hans Christian Andersen. Fascinée par la figure mystérieuse et complexe de la Reine, elle a choisi de réimaginer librement cette histoire, en la transposant dans une réalité contemporaine : "J’ai eu la chance de découvrir Hans Christian Andersen à l’âge de cinq ans, quand ma mère me lisait inlassablement ses contes, dans des versions non expurgées. Ils continuent de me passionner par leur complexité humaine, leur peinture sensible et non moraliste de nos peurs et de nos désirs, tout autant que par l’imaginaire poétique qu’ils déploient."
"La Reine des Neiges est l’un de ceux que j’aime particulièrement, mais je ne me suis que très librement inspirée de son thème principal : une jeune fille qui part à la recherche de la personne qu’elle aime, enlevée par la Reine des neiges, et parvient jusque dans son Royaume, le royaume glacé des morts. La Reine des neiges en particulier me fascine : une figure de la perfection et de la connaissance, inaccessible et mystérieuse, attirante et effrayante à la fois. C’est la rencontre de la jeune fille et de cette Reine qui a donné naissance à ce film."
Dix-huit ans après leur première collaboration sur le film Innocence, Marion Cotillard et Lucile Hadzihalilovic se retrouvent pour donner vie à "La Tour de glace". La cinéaste explique : "Marion possède ce côté à la fois moderne et intemporel que je recherche un visage qui a la qualité expressive de ceux des actrices des années 30, époque à laquelle le film dans le film fait référence."
"Mais un jeu moderne et une énergie comme celles des acteurs des années 70, un cinéma qui – implicitement – irrigue La tour de glace. Sa très grande cinégénie, sa beauté et sa sophistication ont quelque chose d’hitchcockien et peuvent être absolument fascinantes pour une adolescente."
Clara Pacini, qui interprète Jeanne, est élève au conservatoire de théâtre de Paris et n’avait fait qu’un seul court-métrage auparavant. Lucile Hadzihalilovic confie : "Dès les essais, j’ai été séduite par la subtilité de son jeu et par sa maturité qui l’a certainement aidée à traverser les différents états émotionnels du personnage."
"Sa grâce en même temps que sa force et sa détermination, mais aussi sa mélancolie sous-jacente, sont les autres raisons qui m’ont poussées à la choisir pour incarner cette adolescente trouble et complexe : menteuse, voleuse, voyeuse, manipulatrice… Et en même temps totalement sincère et ingénue."
"De manière générale, chez les interprètes de mes films, je recherche une intériorité et une neutralité. Une présence plutôt qu’une performance. Cette présence et cette intériorité, Clara les a absolument."
La Tour de Glace adopte une approche méta-cinématographique en intégrant un film dans le film. Lucile Hadzihalilovic justifie ce choix : "Dans le conte d’Andersen, il y a un élément très important : un miroir qui reflète le monde de manière déformée. J’ai pensé que l’équivalent réel de ce miroir pouvait être à la fois l’objectif de la caméra et l’écran de cinéma."
"Aussi, dès le départ, j’ai eu le désir d’inclure un film dans le film, l’un étant le double de l’autre, l’un réaliste et l’autre fantastique. Et puis, bien sûr, j’ai voulu que les deux films s’enchâssent comme dans un récit-gigogne, se mélangent. Et cela, d’autant plus que ce film dans le film est vu à travers les yeux de la jeune fille à la manière d’un rêve : son rêve. Cette possibilité m’a paru très inspirante."
"Sur un autre plan, le monde poétique du film dans le film a « contaminé » le monde réel, à commencer par le studio de cinéma où se déroule l’histoire et qui devient alors une extension du Royaume. Celui-ci déborde même sur la ville, se cristallisant sur la patinoire, porte d’entrée dans le monde magique."
"Enfin, le studio de cinéma me permettait de montrer les images sur l’écran dans la salle de projection dans un effet de dédoublement et de répétition excitants. Car La Tour de Glace n’est pas tant un récit sur la fabrication d’un film que sur la fascination que produisent les images projetées et leur emprise sur les spectateurs."