Dans "Dancer in the dark", Lars Von Trier exécute un triple exploit : celui de manier une caméra à l'épaule, d'écrire un pan de l'histoire américaine, entre la classe ouvrière, les principes d'intégration et les remises en cause de la peine de mort, et d'enrober le tout de comédie musicale techno. Entre ciel et terre, le réalisateur danois signe un film d'une virtuosité sans précédent. Le format 35mm semble prendre une envolée totale, servie par une musique anthologique signée Björk elle-même. Schématiquement riche et d'une puissance inouïe, cette oeuvre hors-normes est aussi la preuve que le cinéma peut se passer de mots. Mettre en scène l'humain dans sa simplicité et le confronter aux points noirs d'une Amérique qui semble volontairement être hors de tous les temps, voilà le défi ô combien relevé de Lars Von Trier. La conception dramatique est sans précédent ; volonté, abandon, échéance, trois volets qui crééent une dimension naturelle et limpide. Contrairement à "Last Days", "Dancer in the dark" va jouer de tous les codes du cinéma, va tout retoucher afin d'accéder à une simplicité trichée. Ici, il y a un mix là où Van Sant ne suit qu'une ligne tracée à l'avance, une overdose de cultures artistiques en lieu et place d'une unique présentation, des penchants critiques remplacant la volonté de Van Sant de laisser son film hors de tout contexte social. En transcendant l'ordre des choses et ses mises en scènes, Von Trier fait de son film un drame poignant et d'une originalité hors du commun. En mêlant aux grands gestes symboliques la musique, aux déplacements des buts, en définissant chacun des personnages, Von Trier prend le chemin inverse à celui de Van Sant. Les deux films ne dialoguent aucunement entre eux par rapport à ce qu'ils racontent, et ne laissent pas de sensations similaires. Mais pourtant, dans la mise en scène de l'être à l'écran, un parallélisme se fait à l'évidence. Peu importe que le style soit incomparable, ces deux oeuvres ont une manière personnel