Le mythe de Faust revisité par René Clair est bien étranger à la vision dantesque livrée en 1926 par Murnau. On est plus proche dans l’imagerie du « Docteur Jekyll and Mister Hyde » de Victor Fleming (1941). Plus que d'assister à une nouvelle variation sur le thème éternel du combat intérieur qui tourmente chaque homme, on a le sentiment que c’est la confrontation entre la truculence de Michel Simon et la jeunesse insolente de Gérard Philippe qui intéressa René Clair. Michel Simon ne s’y était d'ailleurs pas trompé dont les rapports avec son confrère furent pour le moins distants. L’ambiance féerique crée par Clair a mal passé les ans et prend souvent le pas sur l’attention portée au scénario un peu répétitif et sans trop de consistance. C’est donc bien comme le souhaitait sans doute René Clair le jeu des acteurs qui suscite notre intérêt. Simon cabotin en diable , le mot est bien choisi, s’en donne à cœur joie montrant toute la variété de son jeu et notamment celle de son registre vocal et gestuel. Philippe tour à tour enjoué ou angoissé de son devenir, montre qu’il tenait une place à part dans le cinéma français qui n'a jamais été réellement comblée depuis sa mort prématurée. Un cinéma de son époque qui n'a pas pu acquérir le statut d'universalité et d'intemporalité de celui d'un Carné ou d'un Renoir voir d'un Grémillon.
L'une des énième adaptation de l'oeuvre de Goethe, La beauté du diable ne s'inscrit définitivement pas dans la catégorie de celle qui ont pris l'eau. Restant assez fidèle à l'oeuvre initial, le film de René Clair n'en oublie pas de faire dans l'originalité, commençant son oeuvre avec beaucoup de force, sur une voix-off d'un acteur français à la phonation assez particulière, agréable et séduisante, représentant tout à fait la voix que l'on pourrait attendre d'un personnage représentant le diable. La suite n'en est que plus satisfaisante, offrant de très belles idées de mise en scène, ne tombant jamais dans les filets que pouvait tendre cette adapatation d'une oeuvre difficile, c'est l'aspect novateur du réalisteur qui domine (la séquence avec le miroir observé par Gérard Philippe, lui dévoilant sous ses yeux l'épilogue entier de sa vie, jusqu'à son issue fatale, est plutôt captivante et impressionnante). La musique assez imposante et tonitruante apporte elle aussi beaucoup, mais c'est les acteurs qui se taillent la plus belle part d'admiration, le duo Gérard Philippe/Michel Simon fonctionne à merveille, l'un étant aussi plantureux et talentueux que l'autre, et interprétant avec crédibilité les deux facettes de leurs personnages, tantôt c'est Gérard Philippe qui nous fait frissoner en Méphistophélés, et nous attendrit en Faust, puis Michel Simon reprend la main, nous inquiète et nous terrifie littéralement en Méphistophélés (un rôle lui allant comme un gant) tantôt il nous implore la compassion et la pitié en Faust, viellard proche de la mort. Un bon film français, intéressant tant dans sa forme que dans son fond,, inventif dans sa mise en scène, singulier dans son récit, et qui ne tombe à aucun moment dans le cliché ou le baclé.
Grandiose, intemporel, poétique, diabolique. Je vends mon âme immédiatement. Mon film français préféré, du grand art. Mon père m'a fais découvrir ce film quand j'avais 10-12 ans, 15 ans plus tard j'y suis toujours accro et en suis au moins à mon 100 visionnage avec la même admiration que la première fois que mes yeux ont posés leur regard sur cette merveille !
La beauté du diable est un très bel essai intemporel sur l'impossibilité de découvrir la véritable nature des choses ceci forçant un esprit éreinté par l'étude à faire machine arrière en se réfugiant dans une éternelle jeunesse n'apportant que cupidités et jouissances éphémères.
Le mythe est éternel. Une vie se passe à tenter de comprendre le mécanisme de l'univers pendant que la perversité et la convoitise n'en peuvent plus de sommeiller.
L'homme n'est et ne sera jamais autre chose qu'une machine sensitive toujours prête à consumer les plus belles motivations qu'elles soient culturelles ou scientifiques.
A la moindre tentation tout se fragilise malgré un mécanisme d'auto-défense dans un premier temps performant mais condamné à disparaître.
Le professeur Faust d’abord réticent se laisse griser par un pouvoir exercé sur des êtres fragiles de tous bords, manipulés comme des marionnettes divertissant un envoyé du malin insensible et procédurier déchaîné et irrespectueux devant une meute versatile et inconsistante.
Faust comprend rapidement que ce que l'on désire avidement ne peut être qu'une poire pour la soif privée de long terme, gommant la véritable nature d'un individu privé de la découverte de la chose en soi .
La beauté du diable est un film étonnant dont le contenu d'une modernité effarante montre qu'au fil du temps l'homme tout en tentant de se fabriquer un esprit reste potentiellement sous l'emprise des plaisirs terrestres et de leurs conséquences.
Un opus révélateur sur nos besoins jouissifs toujours sur le point d'anéantir le plaisir d'apprendre même si ce que l'on découvre ne reste que subjectif.
HAAAA Michel Simon, si je pouvais t'invoquer pour venir "habiter" certains de nos jeunes acteurs... J'étais tout jeune la première fois, j'ai été très impressionné. On a tendance à enjoliver ses souvenirs de jeunesse, mais là NON, vous êtes MONUMENTAL. Même, si l'ambiance générale du film fait très désuète de nos jours, votre jeu d'acteur lui n'a pas une ride.
Un style moins simple, plus composite qu’il n’en a l’air : il est réducteur de n‘y voir qu‘une continuation du réalisme poétique des années 30, même si, à l‘évidence c‘est la source essentielle d‘inspiration. Le début commence comme du merveilleux parodique, la suite plutôt comme un conte de fées, la fin ressemble à un conte philosophique noir, avec quelque chose du roman gothique. Tout le génie de Michel Simon est de savoir parfaitement accompagner ces inflexions, en passant de la truculence au sardonique, et même à la cruauté. La très belle idée du scénario est d’instituer un jeu de dédoublement et d’identification entre Faust et Méphistophélès, les deux personnages intervertissant leur physique Celui-ci devient la part démoniaque du professeur Faust, qui incarne lui-même le coté savant perverti du démon. La marque de l’époque est dans l’allusion cryptée mais évidente au péril atomique, dans la séquence finale. Il y a quelques lourdeurs conventionnelles (la musique, les chœurs de la fin) et des séquences un peu trop étirées, il est par contre difficile de ne pas être impressionné par la beauté plastique des décors et de la photo.
"La beauté du diable" est une interprétation à la fois drôle et sérieuse du mythe de Faust. Le film est resté étonnamment moderne malgré son grand âge. On reste impressionné par la prestation des deux acteurs principaux, monstres sacrés - à juste titre - du cinéma français : Gérard Philipe et Michel Simon.
La beauté du diable est un de ces classiques particulièrement réussi où le ton est parfait chez chacun des acteurs et l'histoire très bien menée ; Un vieux classique dont on aurait tort de se priver.
Succès en son temps, La Beauté du Diable de René Clair revisitait le mythe de Faust avec un mélange de premier et second degré, servi par une mise en scène oscillant entre lyrisme et vaudivellesque, qui rend le film étonnement moderne, loin de tout académisme (....)
La première scène du film est superbe : on voit Gérard Philippe-Méphisto avec deux mèches en forme de cornes pousser un petit rire en direction de Michel Simon. La mise en scène du film ainsi que le montage sont assez modernes et bien faits. En revanche, le jeu d'acteurs est souvent assez ringard et donne m'impression de venir directement du théâtre antique. Gérard Philippe et Michel Simon montrent tout au long du film leur grand talent et leur jeu du chat et de la souris est excellent. Au final, seulement trois étoiles à cause du jeu d'acteurs un peu raté et surtout car j'aurais aimé qu'un des thèmes du film, "La vie n'est qu'illusion", soit nettement plus développé.