Ne jamais oublier car les victimes sont meurtries à jamais. Peut-on écrire simplement sur un film si puissant, à la tragédie si intime et si dévastatrice ? Essayons ! Ce film est fort par sa dénonciation des faits qu’il met en scène, bien sûr, par la subtilité de cette dénonciation, des faits qui ne devraient d’ailleurs jamais être prescrits parce que justement les victimes le sont à vie. Leur douleur et leurs blessures ne seront jamais prescrites, elles ! C’est-là la seconde force de ce film. De montrer combien à l’occasion de propos, d’événements, aussi minimes soient-ils, les victimes, très jeunes ou moins jeunes, consciemment ou non, en portent les conséquences intimement, indéfiniment : dans sa foi pour Alexandre, ses engagements pour François, ou son corps et son intimité pour Emmanuel. « Grâce à Dieu » nous donne à entre voir _ entre voir seulement _ comment ces cicatrices douloureuses se logent par surprise dans les plis, les méandres de la vie. L’ultime force de ce film est de montrer que l’entourage des victimes, ignorant des faits ou même attentif, peut passer à côté, ponctuellement ou définitivement, de ces blessures sans cesse ravivées. C’est l’Église qui est ici accusée à juste titre pour sa trop longue incapacité à dénoncer ces viols, et à soutenir les victimes. À nous tous de nous souvenir que nous côtoyons _ peut-être, sûrement ! _ des victimes de viol, pas seulement par des prêtres, et que ces « secrets de famille », éventés ou pas, irradient et disloquent très profondément les maisonnées.