La première scène c'est une vidéo enregistrée avec un portable où une jeune azérie se suicide à cause de l’incompréhension de sa famille, qui l'a forcée à se marier, et en plus, a interdit la fille de s'inscrire à l'école d'arts dramatiques. La destinataire d'une telle confession n'est autre que Behnaz Jafari, star de la télé iranienne, qui, secouée par la situation, décide de s'embarquer avec Panahi pour découvrir si la vidéo est vraie ou fausse.
Three faces démarre au style du road-trip, blindé de longues conversations dans la voiture jusqu'à l'arrivée dans la région azérie. Une route très étroite communique le pays avec cet hameau turcophone, ce qui met en évidence l'isolement de la vie rurale par rapport au pouvoir centralisé. Une fois les protagonistes descendent de la voiture, la recherche de la fille ne sera qu'une excuse pour s'immerger dans la vie locale.
Les échos de Kiarostami résonnent dans le premier film de Panahi après le décès de son maître. Les dialogues dans la voiture, traversant des paysages arides, qui montrent l’inquiétude des protagonistes rappellent la tension et le désenchantement qui nous provoquait le périple du chauffeur dans Le goût de la cerise. En plus, le regard comique sur les moeurs du village semble une mise à jour de Le vent nous emportera. Ce n'est pour rien que dans la même région on retrouve encore une fois des situations surréalistes: les soucis pour capter du réseau qu'on connaissait déjà grâce à Kiarostami, bien sur; mais aussi un code sonore de coups de klaxon pour s'assurer le passage au village; un taureau qui bloque la route de retour; une femme qui habite dans sa tombe ouverte et même un vieil homme qui vient d'être papa et qui veut offrir le prépuce du petit à une star cinéma dans l'exile.
Absorbés par un endroit si particulier, oubliant presque la vidéo de la jeune, d'un coup, le fil narratif principal revient en toute puissance. Il s'agit d'une dénonce de la situation du cinéma iranien actuel. Soit la vidéo vraie ou fausse, la révélation de l’énigme devient secondaire quand les trois visages du titre se rencontrent. Trois générations d'actrices opprimées par le pouvoir: les comédiennes d'avant la révolution du 79, qui ont été punies, isolées et oubliées. Les actrices d'aujourd'hui, qui doivent faire face à des conditions qui attaquent leur créativité et leur expression. Puis, les futures actrices, dans une situation presque impossible pour se faire une carrière, seules, sur une route trop étroite où on risque de devoir faire demi-tour.
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