Mr. Smith au Sénat
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anonyme
Un visiteur
3,5
Publiée le 27 août 2012
Pas le meilleur film de Frank Capra, et pas non plus celui qui a le mieux vieillit, mais Mr Smith au Sénat reste une charge mémorable contre la corruption dans les institutions politiques. Car bien qu'il soit présenté de manière quelque peu caricaturale, le propos du film n'en demeure pas moins une belle leçon d'humanité et d'intégrité, qui ne manque pas son but. Quelques scènes marquantes (notamment la dernière) méritent vraiment le détour, tout comme la prestation de haute volée de James Stewart.
Jack G
Jack G

12 abonnés 175 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 3 juin 2020
Fidèle à sa réputation de grand critique du système américain, Frank Capra poursuit dans la lignée de Vous ne l’emporterez pas avec vous (1938) et dans la confrontation acerbe du pays de l’oncle Sam à sa dure réalité sociale, économique et politique, mettant en duel l’idéalisme et le réalisme pour mettre en lumière ses défauts et ses vices.
En 1938, après la sortie et le succès de son dernier long-métrage engagé, contre toute attente, Capra essuie un refus à propos de son prochain projet de film consacré à Frédéric Chopin. En conséquence, le cinéaste lance la fabrication de sa nouvelle œuvre, Monsieur Smith au Sénat, et en confie l’écriture à Sidney Buchman, avec qui il a déjà collaboré dans Les Horizons perdus (1937) et qui est membre du Parti Communiste américain (qui est ensuite blacklisté lors du maccarthysme au début des années 1950, période de l’histoire américaine où les communistes furent traqués par le gouvernement). Pour les besoins du film, Capra fait entièrement reconstruire le Sénat en studio, dans les moindres détails.
A l’époque du film, l’Amérique traverse une sombre période de son histoire. En 1929, le krach boursier entraine une forte inflation et une hausse importante du chômage qui pousse des hordes de pauvres et de chômeurs à la rue. Dans ce contexte difficile, le populisme opère une percée dans l’opinion, les citoyens cherchant à régler leurs comptes avec ces politiques corrompus et incompétents qui avaient juré d’être des remparts face à la finance et à la crise. Dix ans plus tard, en 1939, année de sortie du film, Roosevelt est au pouvoir et prône un interventionnisme accru de l’Etat dans le cadre du New Deal, son plan phare de lutte contre les effets de la Grande Dépression. Et Capra y est majoritairement hostile, défendant l’individualisme face au fédéralisme. En conséquence, à ses yeux, le plus important, c’est bien « la liberté artistique de faire un film sur les erreurs américaines et de le montrer dans le monde entier ». Et ainsi naît Monsieur Smith au Sénat.
Ce long-métrage emblématique de la carrière de Frank Capra se démarque par une modernité et une audace pour 1939, à une période où la démocratie est en danger, à la fois aux Etats-Unis par la crise économique et par une oligarchie dominante et corrompue, mais aussi en Europe, par le fascisme et le nazisme qui prennent de l’ampleur. Toutefois, contrairement à ce que certains critiques ont pu penser, flirtant avec l’idée injustement répandue selon laquelle l’œuvre de Capra est profondément pessimiste, ce n’est pas la nostalgie d’une pureté et d’une innocence perdues que le cinéaste cherche à dénoncer grâce à ce film, mais le fonctionnement, les forces et les faiblesses de la démocratie.
En effet, c’est avant tout une éducation démocratique, à travers les symboles (statue de Lincoln) et les fondements (Constitution) de la jeune démocratie américaine, qui confronte deux styles de politique, incarnés avec l’homme du dire-vrai (Smith), de la parrhèsia, face à celui qui instrumente le dire-vrai, le démagogue qui trompe les citoyens avec un simulacre (Paine, et derrière lui, Taylor). La démocratie demeurant par essence et avant tout l’affaire de tous, l’arrivée d’un jeune homme inexpérimenté en politique et ignorant des codes qui la régissent rappelle cette vérité première, au détriment d’une élite oligarchique n’ayant aucun scrupule pour profiter illégalement du système. Jefferson Smith, à la fois « Jefferson » (un destin politique exceptionnel) et Smith (un citoyen lambda, un Monsieur tout le monde) est empreint d’une vision idéaliste et magnifique du Sénat, se retrouve à siéger dans ses rangs avant de découvrir les turpitudes et les infâmies du monde politique, de la « petite politique » incarnée par Taylor, mais également Paine, l’homme qui commence à lui servir de parrain avant de se révéler être un fourbe. La cohabitation entre son prénom prestigieux et son nom ordinaire est d’ailleurs au cœur du principe même de la démocratie et de la possibilité d’être un citoyen et de devenir un élu, car Monsieur Smith, c’est avant tout Monsieur-tout-le-monde.
Ce non-corrompu, idéaliste et naïf, compte bien faire triompher la vertu pour servir et enrichir la magnificence d’un régime politique auquel il croit viscéralement, pour le bien commun et la grandeur de la nation qu’il admire. Dans une scène mémorable, qui n’intervient que tard dans le film et au cours de laquelle Smith fait preuve d’un courage exemplaire en gardant la parole pendant 23 heures consécutives, Capra montre que la parole est la sève de la démocratie, c’est « l’exercice libre de la raison publique » (John Rawls) qui elle-seule peut sauver le régime en danger.
Avec cette importante leçon de démocratie et de politique, on peut d’ailleurs supposer que Monsieur Smith au Sénat a plus contribué à faire connaître aux citoyens américains le fonctionnement de leurs institutions que bien des programmes d’instruction civique. Quand la secrétaire explique le long et complexe parcours d’une loi à Smith, c’est aux Américains qu’elle s’adresse, avec un didactisme subtil et pertinent qui reste cohérent par rapport à la narration.
Pour autant, même si Frank Capra chercher à éduquer les citoyens américains et à leur faire prendre conscience de la merveille et de la fragilité de leur régime politique, ses attaques contre les politiciens et la presse ne manquent pas de virulence. Dès le début du film, la mort d’un sénateur est moins vue comme le tragique événement qu’elle est indubitablement que comme un tracas indésirable dans le déroulement d’un processus politique, travestissant d’entrée les vertueuses valeurs humaines, et ce avant même de découvrir les mensonges et les manipulations de la politique.
En dépit de la défense de la démocratie et de l’état de droit, il n’est donc pas naïf sur le vivier de corruption présent dans le milieu. Ainsi, Capra prend pour cible le cynisme des politiciens, la collusion entre élus, organes de presses et industriels pour entretenir l’illusion d’une démocratie, alors que le système est verrouillé et n’a comme finalité que la sécurisation et la pérennisation de la fortune et du pouvoir des élites du pays. Monsieur Smith au Sénat est un réquisitoire féroce contre la manipulation de l’opinion par une presse à la botte de ses élus locaux, une presse destructrice, non-indépendante et muselée par un magnat de la finance et un fonctionnement démocratique gangrené par la corruption.
Sa position est donc ambivalente : défendre la démocratie mais également la critiquer sans l’affaiblir. Cette limite, pas toujours facile à identifier, se remarque notamment dans la mesure de certaines attaques. Au sujet de la presse d’abord, qui, malgré les accusations d’accointances avec le milieu de la finance, joue un rôle déterminant, mais pas tout de suite immédiat, dans la défense de la démocratie. Ainsi, dans sa rencontre avec Smith, même si elle se comporte mal à son égard, elle a quand même le mérite de lui faire prendre conscience de son statut d’homme de paille, pour son plus grand désarroi, entrainant indirectement l’investissement concret de Smith en débutant la construction de son projet de loi pour les enfants.
Ensuite, à propos des politiciens, la mesure de la critique de Capra se voit aussi dans la dénonciation d’une corruption localisée dans le seul état de Virginie, ne prenant ainsi pas le risque de s’attaquer au système électoral dans son ensemble, qui favorise une domination oligarchique sur une masse populaire trompée et abusée. La figure du président du Sénat, homme bon dont les sourires communicatifs servent de relais émotionnels entre le spectateur et Smith, a ainsi été visiblement imaginée pour atténuer cette vision d’une institution déviante et insatisfaisante.
N’oublions pas également l’enfance, qui est un thème très présent dans le film, ses représentants souvent sages et lucides étant les principaux alliés de Smith dans son honorable projet, mais aussi ses futurs bénéficiaires. Des coulisses du Sénat à la tablée du gouverneur de Virginie, en passant par la lyrique et émouvante leçon de lecture à partir de l’inscription de la Constitution américaine au Mémorial Lincoln, les enfants sont au cœur du long-métrage et incarnent, d’une certaine manière, l’espérance démocratique, ainsi que la défense de la représentativité et de la tradition politique du pays.
En tête d’affiche de cette sensibilisation démocratique au cinéma, l’acteur fétiche de Frank Capra, James Stewart, est rapidement engagé après sa première collaboration avec le réalisateur dans Vous ne l’emporterez pas avec vous l’année précédente. Son interprétation du protagoniste Smith est parfaite et sans accroc, même si on peut regretter l’écriture du personnage qui dresse un portrait caricatural d’un provincial un peu bébête. Aux côtés de l’acteur, la blonde Jean Arthur réalise sa troisième collaboration avec Capra (après L’Extravagant Mr. Deeds en 1936 et Vous ne l’emporterez pas avec vous en 1938) et interprète Clarissa, la charismatique et dynamique secrétaire de Monsieur Smith qui est, de surcroît, la fille de son mentor. D’abord condescendante et moqueuse à l’égard de son nouveau patron, la candeur et l’honnêteté de ce dernier bouleversent ses propres convictions et la jeune femme finit par mettre toutes ses compétences et sa connaissance du métier de politicien (qui est tellement incroyable qu’on en viendrait même à lui suggérer de se lancer elle-même dans une carrière politique, car son professionnalisme et son intégrité dépassent à coup sûr la majorité de ses supérieurs) au service de celui qui vient d’en devenir un. Clarissa est une jeune femme particulièrement émancipée pour l’époque, un détail qui invite à saluer le féminisme mis en valeur par le cinéaste humaniste à travers cette femme indépendante et active.
D’un point de vue scénaristique, Capra ne commet aucune faute, si ce n’est quelques « facilités », en premier lieu desquelles figure un « happy end » discutable. En effet, avec le brusque remord et la rédemption de Paine, c’est le réalisme qui en prend un coup, mais ce choix répond peut-être à la volonté de Capra de préserver les élites politiques contemporaines pour ne pas noircir encore plus le tableau dans une fin dramatique et sans espoir, encore plus dans le contexte troublé de l’époque.
Le 16 octobre 1939, le club national de la presse de Washington organise une grande avant-première dans la salle de la Constitution, au Capitole de Washington, en présence de quatre mille invités dont des juges, quarante-cinq sénateurs et des journalistes. D’après les mémoires de Frank Capra, la majorité du public bouda le film, quitta la salle ou insulta l’œuvre et son réalisateur, mais ces faits n’ont jamais été vérifiés. En revanche, ce qui est certain, c’est que le film fut jugé comme anti-américain et pro-communiste par l’élite politique, mais aussi lynché par la presse qui n’est pas non plus épargnée par le réalisateur. A ces accusations, Capra, qui est aussi l’un des premiers cinéastes à s’être opposé au fascisme, déclare : « Je chanterai la complainte du travailleur, du pauvre gars qui se fait rouler par la vie (…) je prendrai le parti des désespérés, de ceux qui sont maltraités en raison de la couleur de leur peau ou de leurs origines ».
Néanmoins, Monsieur Smith au Sénat, à l’image de son principal protagoniste, n’a jamais été déstabilisé par la virulence des attaques cherchant à s’en prendre à une vérité qui dérange, et reste aujourd’hui considéré comme un film précurseur, subversif, transgressif et en avance sur son temps, pour éclairer les citoyens, le socle humain de la démocratie. Et malgré les tentatives de censure du film par certains sénateurs, son succès dans les salles américaines et européennes est incontestable. En France, il est même choisi pour être le dernier film de langue anglaise à être projeté dans les cinémas avant l'interdiction nazie.
Ce long-métrage est aujourd’hui considéré comme le premier « Dénonciateur à Washington », précurseur des lanceurs d'alerte de l'histoire américaine. A la cérémonie des Oscars 1940, Monsieur Smith au Sénat est nominé dans les catégories du meilleur acteur pour James Stewart et de la meilleure musique de film, et remporte le trophée du meilleur scénario original, saluant au passage le travail de Sidney Buchman. De plus, il est classé parmi les dix meilleurs films de l’année par le prestigieux New York Times.
Après la sortie du film, le contrat d'exclusivité liant Frank Capra à la Columbia arrivant à son terme, le réalisateur décide de préserver sa liberté artistique et de fonder sa propre entreprise de production, pour continuer à perpétuer sa mise en lumière des richesses et des travers de la société américaine qui l’a adopté. John Ford est peut-être celui qui parlait le mieux du cinéaste, le qualifiant de « grand homme » et de « grand Américain, une inspiration pour ceux qui croient dans le rêve américain ».
Redzing

1 457 abonnés 4 959 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 19 mars 2021
Frank Capra livre là une fable politique particulièrement acerbe. Certes, le ton est léger, et l’humour largement présent. Mais « Mr. Smith Goes to Washington » demeure un portrait au vitriol du monde politique américain, qui n’a rien perdu de sa force. A travers cette intrigue autour d’un sénateur naïf et idéaliste, embourbé dans une sinistre machination, Capra s’attaque en effet à tout un système. Les médias sont au mieux sensationnalistes et opportunistes, au pire à la botte d’hommes d’affaires. Les sénateurs sont au mieux de pompeux politicards, au pire des crapules véreuses. Et les assistants politiques sont désabusés par tout cela ! Le tout traité avec finesse et intelligence. Devant ceci, on ne s’étonne guère que le film fut mal reçu par les politiciens de l’époque, et carrément interdit dans certains pays. Pourtant, dans cet océan de corruption, surnage le personnage de James Stewart, qui incarne une forme d’espoir. Erudit et idéaliste, il s’émerveille de la simple vision du Capitole, mais encaisse avec difficulté les coups que le système lui porte. Il fera preuve d’une combativité hors normes pour défendre ses valeurs, avec cette fameuse séquence où il parvient à se lancer dans une obstruction mémorable, tenant la parole près de 24 heures (!). Une scène peut-être finalement un peu courte à l’écran, mais qui n’a rien perdu de son impact. Stewart est excellent dans ce rôle noble et attachant, qui lui permettra de décrocher une nomination pour l’Oscar du meilleur acteur, et ainsi de lancer sa carrière. A ses côtés, on appréciera les seconds rôles, tels que Jean Arthur en assistante parlementaire roublarde, qui va retrouver la foi grâce à notre héros. Et Claude Rains en mentor trompeur et corrompu, que la pureté du protagoniste va secouer. « Mr. Smith Goes to Washington » est donc une oeuvre de politique fiction très moderne, piquante mais finalement optimiste sur le fonctionnement de la démocratie.
Hotinhere

798 abonnés 5 507 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 25 octobre 2020
Franck Capra met en scène une comédie satirique brillante et jubilatoire qui critique habilement la corruption politique dans notre société, interprétée avec brio par James Stewart.
kibruk
kibruk

197 abonnés 2 767 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 5 juin 2025
La réalisation et l'interprétation de "Mr. Smith au sénat" montre encore une fois que la réputation d'un grand nombre de films très anciens est amplement méritée, mais c'est plus sur l'histoire et son traitement que le film m'a fortement déçu. Certes nous sommes en présence d'une fable morale sur la politique et ses travers qui est encore d'actualité aujourd'hui, mais c'est quand même très simpliste et beaucoup trop naïf.
Fabios Om
Fabios Om

73 abonnés 1 336 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 7 octobre 2024
F. Capra n'a définitivement pas son pareil pour sublimer ses personnages empreints de naïveté, de grandeur d'âme et d'idéaux humaniste, qui d'ordinaire devraient nous agacer par tant de bons sentiments. Classique du film politique américain, M. Smith au Sénat est un beau film plein d'optimisme purement américain. Cet aspect est le point le plus faible du film car on peut le qualifier d'utopiste. Un grand classique. Un grand réalisateur. Un très bon Capra qui dure deux heure au scénario écrit par Sidney Buchman sur une idée de Lewis R. Foster. Avec James Stewart, acteur des films de Capra puis acteur fétiche Hitchcock. On ne s'ennuie pas une seconde devant ce film avec pas mal de rebondissement inattendu. Capra mêle avec bonheur satire politique et comédie burlesque. Il témoigne de tout son savoir-faire pour rendre l'impossible,possible. Un chef-d'oeuvre signé Capra qui, comme nul autre, sait mélanger avec talent légèreté, humour, humanité et grandeur. Mr Smith au Sénat est tout ça et bien d'autres choses à la fois, une oeuvre majeure du cinéma américain d'avant-guerre, un film d'une modernité insolente à la maîtrise technique et virtuosité de la mise en scène étonnante. Et que dire de l'interprétation de James Stewart et de Jean Arthur. Un duo inoubliable qui marqua à jamais l'histoire du cinéma hollywoodien.
Kouto
Kouto

32 abonnés 4 782 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 30 août 2025
Une satire politique aussi corrosive de naïve qui voit un jeune sénateur idéaliste confronté à la corruption. Le film de Frank Capra est édifiant, car 70 ans après, il apparait toujours aussi juste dans sa représentation d’une classe politique qui ne répond qu’à ses propres intérêts, bien loin de la démocratie telle que voulue par un certain Abraham Lincoln.
maxime ...

311 abonnés 2 069 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 22 décembre 2022
Mr. Smith goes to Washington est de ses petites fables politiques ou l'idéalisme et la justice se rencontrent et crée de sacrée remous !

Allons tout de suite dans le vif, ce film est absolument passionnant. Frank Capra tisse ses histoires à mesure et trouve une rythmique au fond simple mais d'une efficacité démente. L'entrée au Sénat de ce jeune homme ( un BOYSCOUT ), et toutes les péripéties qui en ressurgissent sont fulgurantes de travail et de main mise sur une cadence que je trouve génial.

James Stewart, Jean Arthur, Claude Rains et consorts ont eux aussi à avoir avec la tournure de cette immense dénonciation en corruption. Ce dernier dans un chemin plus retors livre à mes yeux une succession de remords et d'avidité en perpétuel opposition, une lutte intérieure assez incroyable je trouve. Jean Arthur, elle aussi, réussit un sacrée coup de force. La démonstration d'abnégation et de connaissances de son sujet magnifie la révolte de Clarissa, sans doutes une bataille encore à promouvoir, mais il y'a là de sérieux jalons ! Jeff Smith quand à lui devient inoubliable, les traits de James Stewart sublime d'autant plus ses emballements, sa joie comme sa naïveté. Le courage qui l'assaille est digne des plus beaux faits de gloires du cinéma.

A titre personnel, ce long métrage est le troisième que je découvre de Capra après It's a Wonderful Life ( Chef d'Œuvre parmi les Chef d'Œuvres ! ) et It Happened One Night rétrospectivement vu en 2020 et 2021, à pareil époque. Le rendez-vous est je crois pris encore pour une autre découverte, une instauration d'une tradition qui à de quoi prendre encore un peu plus de poids en ces périodes de fêtes, non ?
Max Rss
Max Rss

258 abonnés 2 329 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 31 décembre 2020
Ce film, et l'on ne saurait nous en blâmer, on aurait vite fait de se moquer de lui. Et ce, pour trois raisons. La première étant que depuis 1939, les moyens de communication et d'information ont énormément évolué et il nous est plus facile d'être au fait quant aux diverses magouilles prenant racine dans les sphères politiques. Deuxième raison, on peut trouver l'évolution de Mr. Smith assez facile vis-à-vis de son métier. Prendre conscience des vices de la politique est une douloureuse expérience qui s'étale sur plusieurs années, on peut même chiffrer en décennies. Et, troisième raison : on pourrait aussi pointer du doigt la facilité du dénouement, ou plutôt, la facilité du déclencheur du dénouement. Mais, le plus judicieux, selon moi, est de se resituer dans le contexte de l'époque. Et là, c'est très clair, ce film est une oeuvre courageuse. Le peuple, à cette époque, ne soupçonnait pas une seconde que ses élus puissent s'adonner à des pratiques frauduleuses. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le film a d'un côté, été un gros succès public, mais a rencontré de l'autre une forte hostilité de la part de la presse et même ailleurs. Cela dit, je me suis toujours demandé une chose : qu'est-ce qui a vraiment intéressé Capra quand il a fait ce film ? Bien sûr, épingler la politique était dans ses intentions, sinon, il n'aurait jamais fait le film de la sorte, mais était-ce là son combat premier ? Moi, je pense que la politique est ici une toile de fond pour dépeindre le combat d'un homme seul face à une majorité qui a décidé d'avoir sa tête. Et là, franchement, c'est du tout beau. Voir ce sénateur naïf et idéaliste se battre jusqu'au bout pour des causes qu'il estime justes, quel que soit le prix à payer, c'est quelque chose que je trouve admirable. C'est David contre Goliath, mais il n'y a pas qu'un seul Goliath, il y en a des centaines. Et, dans ce rôle complexe, James Stewart est immense, il éclabousse tellement. À tel point que même si cela avait dû être le seul bon film de sa carrière (ce qui n'est évidemment pas le cas), il aurait suffit à faire de lui une légende du cinéma. J'aimerais conclure en disant ceci : à tous les jeunes cinéphiles, ceux qui sont plus jeunes que moi (et j'approche tout doucement des 28 ans), n'ayez pas peur de vous lancer à la conquête de ces vieux film. Certes, ils ne sont pas immunisés contre le vieillissement, ils peuvent aussi donner l'impression de ne plus rien avoir à offrir, ou si peu, mais les qualités qui ont fait d'eux des grands films résistent toujours. Les grands films ne meurent jamais.
tuco-ramirez
tuco-ramirez

167 abonnés 1 789 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 31 décembre 2016
Un rythme fou fou fou, un portrait au vitriol de la démocratie américaine, une presse épinglée pour ses conflits d’intérêt avec les puissants… Un film puissant et d’actualité 80 ans plus tard : éloquent mais surtout courageux. Après on peut reprocher chez Capra de placer au centre de son dispositif un personnage d’une naïveté excessive confronté à la dureté du monde. Donc 80 ans mais pas une ride, quand c’est bon çà ne vieillit pas.
Pertinente et super juste la critique de Sébastien Chapuys, je vous la livre : « Aux yeux de beaucoup de cinéphiles, Frank Capra passe aujourd’hui pour un indécrottable optimiste, au point qu’on lui reproche parfois d’avoir abusé des bons sentiments pour prouver que la vie, décidément, était belle. C’est oublier que si certaines de ses fables (comme Horizons perdus) sont effectivement empreintes d’un humanisme touchant mais un peu nunuche, d’autres œuvres, telles L’Homme de la rue, L’Extravagant Mr Deeds ou ce Monsieur Smith au Sénat qui a fait l’objet d’une reprise en salles cet été, traduisent une vision très critique et courageuse de la société américaine, et ne semblent sacrifier qu’à contrecœur (et in extremis) à l’incontournable happy end.
Le sénateur d’un état de l’Ouest américain vient de mourir. Sam Taylor, homme d’affaires véreux et magnat de la presse locale, ordonne au gouverneur de nommer à sa place un homme de paille, « qui obéira aux ordres » – c’est-à-dire qui ne remettra pas en cause un projet de loi destiné à l’enrichir encore davantage. Le choix du gouverneur se porte sur Jefferson Smith, chef des scouts du coin, un idéaliste naïf et sans expérience que l’on pense pouvoir manipuler sans trop de difficulté. Mais Monsieur Smith, aidé par sa charmante secrétaire, finit par découvrir le complot, qu’il n’aura dès lors cesse de dénoncer et de faire échouer.
En face de Taylor et de ses affidés, Jefferson Smith ne semble pas pouvoir faire le poids. Il n’est pas à sa place à Washington (tous, y compris ses alliés, ne cessent de le lui répéter), où ses enthousiasmes et son provincialisme lui valent d’être la risée du Gotha et de la presse. Mais le film n’épouse pas le regard sarcastique des citadins cyniques, sophistiqués et cruels. Au contraire, ce sont ces derniers qui sont tournés en ridicule, tandis que le personnage principal est dépeint avec une réelle tendresse. Il y a bien sûr un soupçon de populisme dans l’opposition un rien schématique entre un représentant de l’Amérique profonde, porteur des vraies valeurs, et les intellectuels de la capitale, que leur culture et leur intelligence ont pervertis plutôt que rendus plus sages. Mais il y a aussi dans Monsieur Smith au Sénat (comme d’ailleurs dans toute l’œuvre de Capra) une nostalgie de la pureté et de l’innocence perdues dont la sincérité ne peut qu’émouvoir.
Le film épouse ainsi systématiquement le point de vue des enfants. Smith lui-même est un grand gamin brutalement plongé dans un monde d’adultes, mais sa candeur constitue moins une faiblesse qu’une marque de supériorité morale. Cet « homme décent » égaré parmi les loups est en réalité la figure de l’homme politique idéal tel que le conçoivent les auteurs : sincèrement habité par les principes qu’il est censé défendre, il apparaît comme le tout dernier fidèle d’une religion dévoyée. En ce sens, il ne se comporte pas tant en touriste, à son arrivée à Washington, qu’en véritable pèlerin visitant pieusement les lieux symboliques du culte démocratique – comme la statue de Lincoln, véritable idole à laquelle il viendra adresser ses prières et qui lui inspirera le courage de se dresser contre Taylor. À travers l’exemple de Jefferson Smith, on entend éduquer et éclairer le spectateur ; bien peu de films occidentaux ont autant fait preuve de cette foi dans la capacité du cinéma à édifier les masses et à rendre l’homme meilleur.
On peut d’ailleurs supposer que Monsieur Smith au Sénat a plus contribué à faire connaître aux citoyens américains le fonctionnement de leurs institutions que bien des programmes d’instruction civique. Quand sa secrétaire explique le long et complexe parcours d’une loi à Smith, c’est aux Américains qu’elle s’adresse, avec un didactisme jamais lourd tant il s’insère harmonieusement dans le récit. Même chose quand Smith découvre avec nous les rites spécifiques qui ont court au Sénat. Mais il ne faut pas pour autant considérer Monsieur Smith au Sénat comme une simple apologie de la démocratie américaine telle qu’elle se pratiquait à l’époque (et, par bien des aspects, telle qu’elle se pratique encore aujourd’hui). Car le film est loin d’être tendre avec la Chambre haute du Congrès américain. Ainsi, à Smith qui annonce qu’il n’interviendra pas pour sa première session mais se contentera d’écouter, le jeune page rétorquera du tac au tac qu’il s’agit là du « meilleur moyen pour se faire réélire » ! De même, il est clairement dit que les représentants du peuple américain confient à d’autres qu’eux le soin de rédiger des lois qu’ils voteront sans les comprendre ni même les relire…
Il faut également mesurer tout ce que le portrait de Sam Taylor, riche capitaliste sans scrupules achetant (littéralement) les représentants politiques et les journalistes, pouvait avoir de subversif en 1939 (et encore aujourd’hui, soit dit en passant – cette figure étant loin d’avoir perdu de son actualité). Interprété par Edward Arnold, acteur fétiche de Capra, ce personnage est tellement imbu du pouvoir que lui confère sa richesse, qu’il est persuadé que rien ne peut venir entraver ses projets. Mis à mal par la pugnacité de Smith, il n’hésite pas à recourir aux pires stratagèmes pour arriver à ses fins (« Achetez-le ou brisez-le ! ») : intimidation, tentative de subornation, diffamation, désinformation, musellement de la presse, répression de manifestations, fabrication de fausses preuves, voire recours à la bonne vieille violence physique, les hommes de main de Taylor allant jusqu’à malmener et blesser les enfants qui soutiennent Smith.
Bien sûr, le film fait mine de ne pointer que des déviances isolées (un seul état est montré comme corrompu sur les quarante-huit que comptait alors l’Union) et prend bien soin de ne pas remettre directement en cause un système électoral qui favorise l’oligarchie. La figure (inoubliable) du président du Sénat, homme bon dont les sourires communicatifs servent de relais émotionnels entre le spectateur et Smith, a ainsi été visiblement imaginée pour atténuer cette vision d’une institution dont les travers et les insuffisances sont par ailleurs impitoyablement mis en lumière. Les hommes politiques de l’époque ne s’y sont pas trompés : ils s’offusquèrent du miroir que leur tendait un film qu’ils jugèrent anti-américain – voire procommuniste ! Quant à la presse, malgré là aussi les précautions du scénario qui fait affirmer par une poignée de journalistes, le temps d’une scène, qu’ils œuvrent avant tout pour le bien du peuple américain, elle n’apprécia pas non plus de voir étalées au grand jour ses relations incestueuses avec les puissances de l’argent. Elle se montra donc très dure envers le film... ce qui n’empêcha pas ce dernier de rencontrer un énorme succès public.
Car pour dérangeante qu’elle puisse sembler, cette fable cherche moins à ébranler le système politique américain qu’à le revivifier, ce qui explique son impact aux États-Unis comme à l’étranger. L’ambassadeur des États-Unis à Londres, Joseph Kennedy (le père du futur président), craignant que la propagande des pays de l’Axe ne se serve de Monsieur Smith au Sénat pour discréditer la démocratie américaine, demanda à Harry Cohn, alors à la tête de la firme Columbia, d’interdire sa diffusion en Europe. Cohn refusa de céder, et il fit bien : le film, bien trop subversif, se retrouva interdit dans toutes les dictatures de l’époque (Allemagne, Russie, Italie, Espagne) et suscita l’admiration dans les nations alliées aux États-Unis. Il faut dire que ses dialogues sont sans ambiguïté, prenant bien soin de rappeler la supériorité du système démocratique (s’agissant des émissaires de deux dictatures venus assister aux débats : « Ils sont venus voir la démocratie en action ») et plus précisément du système démocratique américain : « cette démocratie que de grands hommes ont donné à la race humaine ! » On peut sourire (ou s’énerver) face à cette prétention messianique que l’on retrouve encore de nos jours outre-Atlantique, mais force est de constater que Monsieur Smith au Sénatconstitue une machine de guerre d’une efficacité redoutable en faveur du modèle américain……
….. La visite de Washington multiplie ainsi les collages et les surimpressions, dans un montage éblouissant qui représente sans doute ce que le cinéma américain a produit de plus magnifiquement propagandiste, au sens le moins péjoratif du terme.
Il y aurait encore bien des choses à dire sur un film décidément très en avance sur son époque. On pourrait notamment signaler sa clairvoyance, quand il constate que l’opinion publique s’achète, ou que séduire les enfants, c’est manipuler leurs parents. On pourrait également noter que les arguments que le sénateur corrompu interprété par Claude Rains emploie pour défendre ses choix sont encore employés de nos jours par certains hommes politiques surpris la main dans le pot de confiture (« Mes compromis ont servi le peuple américain, grâce à eux notre État présente le plus faible taux de chômage et obtient le plus de subventions »). On pourrait enfin louer son féminisme (le personnage de Saunders, femme émancipée, active et rouée qui connaît mieux la politique que les hommes pour lesquels elle travaille, est admirable) ou encore son antiracisme : le vieux Noir levant les yeux sur la statue de Lincoln qui le baigne d’une lumière céleste au moment où la voix off assène le mot « Liberté » ; les trois bagagistes qui abandonnent les lourdes valises du Blanc exaspéré ; le petit scout présenté à égalité avec les autres enfants. C’est à ce genre de détails que se jaugent l’humanisme et le courage d’une œuvre qui n’a rien d’une leçon de morale un peu mièvre et qui ne peut se réduire à une simple entreprise de prosélytisme idéologique. »
En cette période électorale… A voir… Mais çà ne va pas vous encourager à aller aux urnes.
inspecteur morvandieu
inspecteur morvandieu

96 abonnés 4 408 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 22 juillet 2025
La (fausse) naïveté du propos de Capra rejoint souvent celle de son personnage principal. "Monsieur Smith au Sénat" est une apologie de la liberté et de l'intégrité ; elle est par moments un rien démonstrative, voire emphatique. Toutefois, Capra, dénonçant l'altération, pour le moins, de l'esprit de la Constitution américaine, attaque si ouvertement une certaine classe politique que l'on peut parler sans excès de pamphlet.
Jefferson Smith, incarnation pure des valeurs républicaines de l'Amérique profonde, est l'agneau égaré parmi les loups d'un parlementarisme corrompu. Au coeur des institutions, le Sénat en particulier, on découvre avec lui, mais bien moins candide que lui, la puissance de l'affairisme et lobbying, l'action d'une presse complaisante ou diffamatoire, ou bien encore l'opportunisme douillet des élus.
L'intrigue, où Smith est calomnié parce qu'il dérange les consciences, est le récit d'une magouille politico-financière qui se conclut dans les travées du Sénat par un discours magistral par lequel éclatent la vérité en même temps que la profession de foi de Capra, généreuse...et vaine sans doute. Ces dernières scènes -le spoiler: long monologue
de Smith imposé à ses collègues- pathétiques, sont un grand moment de cinéma engagé.
au-dela-des-nuages
au-dela-des-nuages

54 abonnés 91 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 27 novembre 2010
Vu quand j'avais une dizaine d'années il ma fortement impressionné, 40 ans plus tard je viens de le louer et je pense qu'il est responsable de mon engagement pour la justice, l'égalité.
riri2
riri2

30 abonnés 263 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 14 novembre 2016
"Mr Smith au Sénat" vaut pour ses qualités cinématographiques, de la prestation de ses acteurs - autant du personnage principal, James Stewart (interprétant Jefferson Smith), que des seconds rôle (Jean Arthur en secrétaire désabusé, Thomas Michell en journaliste, Claude Rains en sénateur corrompu mais empathique) - et d'une mise en scène implacable, le tout soutenu par une excellente photographie et une bonne écriture des répliques. Malgré l'ode à la patrie américaine et aux valeurs des Pères Fondateurs que nous offre le réalisateur Franck Capra, "Mr Smith au Sénat" séduit tant par sa visite symbolique des lieux de pouvoirs (Maison Blanche, Capitole) et de mémoires de Washington (Abraham Lincoln) que de sa dénonciation de la corruption des institutions politiques (quand l'économie impose sa loi au politique qui y trouve son compte). Moderne dans son discours de dénonciation (nous sommes en 1939, bien que les Etats-Unis ne soient pas en guerre et éloigné de la dichotomie démocratie / totalitarisme qui secoue l'Europe...), "Mr Smith au Sénat" est intemporel dans son regard sur le politique et la place néfaste du lobby industriel-médiatique qui contrôle l'économie et l'opinion. Cependant, on peut regretter que Franck Capra construit son scénario pour confirmer sa démonstration, celle de sa croyance - naïve - qu'un homme seul peu changer le système (alors que l'Histoire démontre que ce sont les rapports de force, les Révolutions, la lutte des classes et d'intérêts entre les groupes sociaux qui modifient ou détruisent un système). Par exemple, il manque de finesse dans la transformation brutale du personnage principal, Jefferson Smith, naïf à son arrivée à Washington se transformant en un un être rusé et capable par son éloquence de convaincre (ou de faire plier son adversaire).
Alolfer
Alolfer

184 abonnés 1 814 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 1 mai 2024
Il est impossible de croire, que ce film soit sorti en 1939 tellement il est d'actualité. Par la puissance d'un scénario puissant et d'un jeu d'acteur exceptionnel du grand James Stewart, Monsieur Smith au Sénat est un monument. Un film divisé en deux parties, basculant entre la comédie et le drame. Une première partie, où le personnage de James Stewart, découvre un monde le passionnant, avant que la seconde partie change drastiquement pour les tournures qui vont suivre. En film politique, il s'agit probablement du meilleur film de sa catégorie. A voir absolument, et malgré son âge, c est un film qui n'a pas vieilli !
belo28
belo28

87 abonnés 1 130 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 30 avril 2012
Un chef d'oeuvre! Ni plus ni moins! D'un rythme parfaitement adapté à la mise en scène à couper le souffle de Capra! James Stewart jeune assure plus que de mesure dans ce rôle de David contre goliath! Une fable dans laquelle Capra croit en l'Homme et démontre que "la vie est belle" quand on s'en donne la peine! Un beau film plein d'espoir, de joie, et de répliques savoureuses!
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