Monstrueux !
Je n’ai pas vu le 1er film de Gabriele Mainetti, On l’appelle Jeeg Robot, qui faisait déjà dans le fantastique et le surnaturel. Mais les 141 minutes – qu’on ne voit pas passer, tant le film est dense -, d’aventures entre drame et fantastique sont tout à fait formidables. Rome, 1943, sous occupation nazie, la Ville éternelle accueille le cirque où travaillent Matilde, Cencio, Fulvio et Mario comme phénomènes de foire. Israel, le propriétaire du cirque et figure paternelle de cette petite famille, tente d'organiser leur fuite vers l’Amérique, mais il disparaît. Privés de foyer et de protection, dans une société où ils n’ont plus leur place, les quatre « Freaks » vont tenter de survivre dans un monde en guerre… On peut traduire le titre par « les monstres sont lâchés », mais, surtout, le pur talent est au rendez-vous. Incontournable.
Au centre du scénario, l’ambition de vouloir raconter une aventure, une histoire de passage à l’âge adulte, tout en menant une réflexion sur la diversité, avec pour fond l’une des périodes les plus sombres du XXe siècle. J’ai bien dit « ambitieux » et j’ajoute totalement réussi. Avec de l’émotion, du respect, mais aussi une fantaisie sans limites, ce jeune réalisateur de 45 ans nous offre un pur chef d’œuvre du genre. Deux grande nouveautés dans cette fresque, les 4 super-héros sont fragiles, et doutent de leurs propres pouvoirs et on a tenu à donner une véritable épaisseur au « méchant », largement aussi tourmenté – et le mot est faible – que ses victimes. L’ensemble est d’une intelligence rare, d’une virtuosité rarement atteinte tout en respectant tous les codes du grand cinéma italien qui nous manque tant. Une tentative inouïe de faire un savant mélange entre le blockbuster et le cinéma d’Art et d’Essai. Casse gueule, mais ça frise la perfection.
Les 4 Freaks, Claudio Santamaria, Aurora Giovinazzo, - une vraie découverte, quelle présence ! -, Pietro Castellitto, Giancarlo, Martini, dont extraordinaires. Face à eux, Franz Rogowski incarne un personnage ahurissant de méchanceté mais d’une rare complexité. – je ne vous dévoilerai pas pourquoi -. Véritable déclaration d’amour aux anonymes, aux plus humbles et aux marginaux, sans temps mort, jalonnée de trouvailles visuelles à chaque instant, et d’une poésie bouleversante, ce film est digne du grand Guillermo del Toro.