Pas forcément tout compris dans la mesure où je l'ai vu en VO. Ce n'est pas bien grave tant c'est un film et pas une fiction radiophonique avec images superfétatoires telles qu’on en fait en Autriche. J'ai par exemple compris sans spoiler la bande-son que
la sœur du personnage principal avait tué ses parents et s'était suicidée (pas bien saisi pourquoi sauf que la demoiselle avait l'air pas net).
Mais cette séquence très bien menée avec le personnage principal,
l'autre fille du couple de parents décédés s'inquiétant entre son téléphone et sa messagerie électronique
, n'est qu'une entrée en matière n'ayant guère plus de rapport avec ce qui va suivre que toute la première partie de Psychose de Hitchcock avec la femme et son amant, ou le début de Pulsions de Brian de Palma quand l’épouse infidèle découvre affolée le test séropositif du sien (elle n’avait vraiment pas à s'inquiéter pour si peu vu ce qui l'attend dans l'ascenseur : surprise!). Je reverrais quand même bien le film en VF ou en VOST...
Tout commence vraiment vers la 23e minute quand l'héroïne qui sort des toilettes devenues celles d'un avion par la magie du cinéma (elle est entrée dans la salle de bain de son appartement avec un plan en plongée totale qui suggérait déjà que l'on passait une porte).
Désormais l'héroïne avance dans l'allée centrale de l'avion tandis que la caméra, qui devrait être fixe ou bien reculer puisqu’on avance vers elle, se dirige vers la jeune femme qui vient, ce qui n'est pas normal: ils vont se rentrer dedans? mais la femme tourne à gauche et s'assoit à sa place près du hublot, la caméra l'a suivie en tournant à droite dans la ruelle devant le siège de son compagnon et le sien, et continue par le hublot jusqu'à un plan sur ce qui doit être des fjords au-dessous d'épais nuages. Tout s'explique: la jeune femme n'était pas le sujet à suivre.
La suite confirme que l'on est passé de l'autre côté du miroir quand la caméra suit la voiture des aventuriers depuis le ciel (un drone, il y a plusieurs plans en plongée verticale depuis des drones), passe devant cette voiture et se retourne vers elle en un seul plan de telle manière qu'elle se retrouve la tête en bas. La route et la terre sont désormais en haut et le ciel en bas. Tout est sens dessus dessous. Vient l'arrivée sur les lieux même avec un plan séquence (à la steadicam? mais en caméra subjective: la caméra avance, ce qui contraste avec les plans du ciel et renversés jusqu’au raz du sol précédant, à la vitesse et à la hauteur d’une personne qui marche), cela vient vers la voiture arrêtée et va jusqu'au milieu du champ. C’est le narthex avant, vers la 35e minute, de pénétrer dans le lieu sacré lui-même par une procession champêtre vue du ciel sur une musique de tubas wagnériens et flûtes qui ne manque pas d’évoquer le thème du Walhalla dans la tétralogie de l’Anneau du Nibelung.
Avec Into the Wild, il était question d'un utopique retour à la nature de l'animal culturel et cela se terminait comme cela se doit en cauchemar. Avec Midsommar (solstice d'été), il est en quelque sorte question du retour à des traditions censées avoir été celles de toujours du sapiens domestiqué de la civilisation occidentale au cours d'une fête célébrée une fois par siècle. Les candidats ethnologues sont une bande de touristes venus se ressourcer en admirant avec naïveté l’homme primitif. (Cela se passe dans le nord de la Suède mais il ne faut guère y voir, hormis le fait que la nuit ne vient jamais, que l’intérêt de ne pas permettre d’opposer sur un plan racial – on ne peut pas ici comme dans King Kong imaginer une seconde qu’il y a une différence de ce côté entre les touristes et les indigènes – mais bien en termes de "primitifs" et de société moderne.) Les indigènes censés être suédois sont d’ailleurs dépeints dans un décor de style très Amish mêlant rusticité et technologie moderne.
L’héroïne
désormais orpheline de père et de mère
va fêter ici en même temps que le solstice d’été son anniversaire. Il va y avoir pour elle une translation de son ancien monde moderne à ce nouveau monde archaïque au cours de ces fêtes concomitantes.
Cela va se matérialiser par une bougie d’anniversaire venant de l’ancien monde qui ne veut pas s’allumer avant que
la danse transforme la jeune moderne en une Scandinave de toujours. La danse c’est l’imitation de Gabriel Tarde, la mimesis de René Girard, cela consiste à se copier les uns les autres en produisant tous les mêmes gestes sur un même rythme
et la jeune orpheline va exceller à imiter les danseuses indigènes au point de devenir comme elles – jusqu’à comprendre leur langue. Comme tout processus d’intégration à la communauté réussi, cela exige d’être sacralisé par le sacrifice d’une victime émissaire, ici cousue dans la peau d’un ours, l’héroïne se solidarisant avec le groupe en partageant la culpabilité de la mort de l’innocent.