Quel trio, outre un petit rôle marquant pour Serrault, le film est porté par le trio Depardieu-Blier-Carmet dans un polar de l'absurde, un thriller surréaliste qui ose le meurtre gratuit de A à Z, c'est-à-dire que ce soit sur le fond ou la forme rien n'explique réellement les passages à l'acte. Blier fils signe un polar OFNI (Objet Filmé Non Identifié) nihiliste et délirant qui confère au film une liberté anarchiste inédit et unique. C'est bien là sa force, une sorte de thriller aussi jouissif qu'inattendu, à la fois complètement con et d'une écriture redoutable. Car derrière ce semblant de délire gratuit il y a aussi une réflexion sur la peur et la solitude, symbolisé aussi par cet atmosphère déshumanisé et froid. Il y a donc une certaine tristesse omniprésente juste compensée par un humour noir, très noir, servi par des dialogues épatants, ciselés et inspirés. Mais cette singularité est aussi un risque, celui de surprendre, de déstabiliser, de déboussoler, de par cette immersion digne d'un cauchemar, où la drôlerie reste si sombre qu'il faut accepter de prendre le tout avec le bon degré. Site : Selenie
Un film assez étrange et farfelu. Humour noir, décalé, sans but, surréaliste. "Je vous présente l'assassin de ma femme" dit Depardieu au commissaire. Certains dialogues sont drôles tellement ils sont absurdes. Pas une musique, froid comme le béton des villes nouvelles "c'est le béton qui nous rend marteau". En vérité la folie des hommes sans oxygène et sans arbres.
Bertrand Blier décédé en 2025 a été pendant une grosse quinzaine d’années considéré comme le chef de file du cinéma intellectuel français. Réalisateur, scénariste, il occupe alors la place bien à part de l’iconoclaste qui innove tout en bousculant toutes les convenances et qui surtout ne respecte rien. Digne fils de son père et héritier post-moderne de Michel Audiard, l’ex-jeune assistant-réalisateur s’accomplit pleinement dans l’après-mai 68 où avec ses deux compagnons d’armes Gérard Depardieu et Patrick Dewaere, il s’empare goulûment de la libération des mœurs dont il semble nous promettre dans « Les Valseuses » (1974) suivi de « Préparez vos mouchoirs » (1978) qu’elle est loin d’être achevée. Débarquant dans une France qui s’encanaille timidement avec l’arrivée du cinéma pornographique dans les salles traditionnelles tout d’abord puis dans d’autres spécialisées, le cinéma de Bertrand Blier est en totale phase avec son époque. « Les Valseuses » sera un énorme succès populaire et surtout un phénomène de société précédant de quelques mois le raz-de-marée « Emmanuelle » de Just Jaeckin. Bertrand Blier et ses deux complices deviennent alors incontournables. Quatre ans plus tard, « Préparez vos mouchoirs » qui une nouvelle fois interroge le plaisir de la femme vu par le regard d’un homme est couronné de l’Oscar du meilleur film étranger. Bertrand Blier est désormais à son sommet de popularité. Ses outrances narratives portées par des dialogues souvent vulgaires font mouche car on l’a dit plus haut parfaitement dans l’humeur du moment mais aussi savamment écrits et déclamés avec brio par les deux nouvelles coqueluches que sont Depardieu et Dewaere. C’est à ce moment que sans doute mu par la fièvre créative qui l’habite encore, Blier se laisse porter par un rêve récurrent qui l’obsède dans lequel il se voit poursuivi par des policiers sans raison explicite. Avec Gérard Depardieu en tête, il rédige en deux semaines le scénario de ce qui sera son chef d’œuvre intemporel avec « Buffet froid ». Comédie noire, macabre et grinçante mais aussi petit joyau de l’absurde souvent comparé dans sa folie narrative au « Charme discret de la bourgeoisie » du grand Luis Bunuel sorti sur les écrans sept ans plus tôt (une influence revendiquée par Bertrand Blier), « Buffet froid » demeure encore aujourd’hui un objet unique, certains diront non identifié au sein du cinéma français. Bertrand Blier qui lui-même avoue ne jamais avoir réellement compris comment il avait pu enfanter une telle bizarrerie regrette de n’avoir jamais su emprunter à nouveau un tel chemin créatif même s’il a souvent tenté par la suite de s’en approcher sans jamais en retranscrire la même noirceur ou la même atmosphère glaciale et désenchantée. On ne peut qu’être d’accord avec lui car après avoir vu « Buffet froid » lors de sa sortie, le revoir près de cinquante ans plus tard intrigue toujours autant même si avec le recul d’une filmographie désormais achevée on peut y détecter certaines obsessions et marottes narratives annonciatrices d’un déclin qui voit aujourd’hui le réalisateur un peu déclassé et même relativement oublié. Le thème récurrent de Blier est celui du rapport entre l’homme et la femme abordé majoritairement sous l’angle de la sexualité qui détermine un rapport de domination alternatif indépassable qui fait penser que jamais homme et femme ne pourront réellement se comprendre. Face à cette interrogation vieille comme le monde, Bertrand Blier n’est en réalité pas très loin de Michel Audiard qui à l’image de Depardieu avec Bertrand Blier avait trouvé en Blier père un de ses meilleurs « diseurs ». Ne voulant jamais s’abaisser à se frotter au film de genre qui lui aurait peut-être permis de se ressourcer, le réalisateur encore installé sur son piédestal va figer sa création dans un mode narratif déstructuré et nonsensique un peu répétitif devenu progressivement sans saveur, ne parvenant plus à tirer le meilleur des prestigieux acteurs de toutes générations se bousculant pour évoluer devant une caméra qui n’a plus désormais grand-chose de sulfureux. Des scénarios le plus souvent désincarnés et parfois abscons montrent un Bertrand Blier un peu amer de ne jamais avoir pu renouveler le coup de génie de « Buffet froid » qui sera certes suivi de quelques réussites comme « Beau-père », « La femme de mon pote » ou « Tenue de soirée » mais surtout d’une dizaine de films sans souffle pour autant d’échecs publics à force d’être ennuyeux. « Buffet froid » est lui bizarrement parfaitement cohérent et même prémonitoire d’une France à venir qui ne semble pas rassurer son réalisateur. Huit ans plus tôt « Le Chat » de Pierre Granier-Deferre, adaptation d’un roman de Georges Simenon expose le drame d’un couple de retraités à la dérive dans un Courbevoie en pleine démolition juste avant de devenir le quartier de La Défense, exactement là où « Buffet froid » va déployer son nihilisme sans retour. C’est dans les tours immenses qui ont remplacé le petit pavillon de Jean (Jean Gabin) et de Clémence (Simone Signoret) Bouin qu’évoluera le trio infernal formé par Gérard Depardieu, Bernard Blier et Jean Carmet. spoiler: Une immense tour dont Alphonse Tram (Gérard Depardieu) et l’inspecteur Morvandiau (Bernard Blier) sont les seuls occupants . Une métaphore utilisée à dessein pour rappeler que dans ce type d’habitat déshumanisé où cohabitent jusqu’à mille personnes, l’anonymat et la solitude sont la triste règle. spoiler: Dans la scène d’ouverture grandiose qui donne d’emblée le la, un Alphonse Tram chevelu trainant sa forte carrure dans un pardessus qu’il ne quittera plus et un petit comptable fatigué (Michel Serrault) sont seuls présents dans une station RER déserte. Les deux hommes qui symbolisent le nouveau et l’ancien monde n’ont pas grand-chose à se dire même si le plus jeune veut à toute force engager un dialogue qui sera forcément de sourds. Le premier cadavre n’est pas loin !
En à peine trois minutes le spectateur médusé comprend qu’il est invité à un drôle de voyage. spoiler: Dès lors le non-sens devient la règle, les personnages faisant systématiquement le contraire de ce qui semble être le bon sens. Cette règle non dite semble aller de soi pour tout ce qui va suivre . Blier dont on sait qu’il n’était pas un optimiste forcené voulait peut-être nous indiquer que bientôt les règles bien établies n’auraient plus cours, chacun obéissant à son propre instinct. Les scènes toutes décalées s’enchaînent écrites de main de maître par un Bertrand Blier sur le fil du rasoir qui savait toutefois qu’avec son père, Gérard Depardieu, Jean Carmet, Michel Serrault, Geneviève Page et Jean Rougerie à ses côtés, il ne risquait pas grand chose, ces six-là ayant démontré par ailleurs que l’étrangeté et le pas de côté faisaient partie de leur univers. Quelques années plus tard Blier dira : « Ce genre de dialogues, il n’y a que des monstres sacrés qui peuvent les interpréter. Autrement cela perd tout son sens. Mais il y a peu de monstres sacrés en France, alors quand on les tient, on ne les lâche plus ». Dans ce désordre narratif qui se conclut dans une campagne guère plus rassurante, Blier décidemment en état de grâce réussit en introduisant la toute jeune Carole Bouquet (qui venait juste d’œuvrer chez Luis Bunuel cité plus haut) à livrer une fin cohérente à cette accumulation de cadavres. Un film à voir pour apprécier tout le talent sans doute un peu gâché par la suite de Bertrand Blier.
J'adore. Des comédiens énormes, des situations totalement wtf, des dialogues aux petits oignons. C'est vrai que la froideur de l'image et de la colorimétrie peut repousser, mais je trouve que ça apporte justement un plus dans l'ambiance décalée de ce film. Content d'avoir enfin vu ce film iconique.
Une comédie macabre à l’humour noir et absurde typique de Bertrand Blier, mais comme souvent aussi chez lui, l’intrigue décousue est pas super captivante, en dépit du plaisir à voir ce casting alléchant !
Un film culte qui n'a pas vieillit, sommet de l'art de Bertrand Slier . De l'humour ,de l'absurde , on est dans un surréalisme réactualisé, des répliques cultes, et des acteurs au summun. Un film qui dégage aussi beaucoup de nostalgie.
Une sorte de haut lieu de l'absurde de Bertrand Blier où tout est permis et où l'humain n'a plus vraiment sa place. Si l'intrigue est décousue au possible le grand intérêt de ce métrage hors norme réside dans ses dialogues ciselés et souvent hilarants. Fans d'humour noir vous serez comblés, et si l'envie vous en prend, trouvez le sens dont vous avez envie à cette farce sans foi, marque d'un cinéma qui n'existe plus aujourd'hui sauf à la marge. À voir au moins une fois pour sa culture.
Un chef-d’œuvre d’humour noir, comédie surréaliste et inquiétante qui nous plonge dans notre univers déshumanisé, entre tours de la Défense et campagne désertée. Elle nous renvoie à nos peurs et nos solitudes de citadins modernes, avec légereté mais acuité. Un festival de réflexions hilarantes, dans un monde de tueries, énoncées avec génie par une brochette d’acteurs fantastiques.
un film qui vaut par la jolie brochette d'acteurs qui s'y donnent impeccablement des répliques bien léchées, une mise en scène rigoureuse et des images superbement cadrées. Le scénario qui se résume à un enchaînement d'assassinats sans raison ni mobile, joue sur l'absurdité des situations. C'est assumé, mais finit par lasser, car c'est un carburant bien faible. En filigrane, la dénonciation de l'urbanisme moderne de la défense de la fin des années 70 avec ses tours vides, ses immenses parking, son RER déserté la nuit. Peut-être est-ce là le véritable objet du film ?
J’ai adoré ce voyage macabre en absurdie . Ma première réaction : « ils ont dû se marrer à tourner ce truc ». Un numéro d’acteurs désopilant, avec des dialogues truculents ( par exemple dans la bouche d’un inspecteur : « il faut arrêter le moins possible les coupables, ils sont plus dangereux enfermés, car ils contaminent les innocents »). Un propos vraiment jubilatoire, une œuvre injustement boudée à sa sortie, les Français n’aimant pas trop le second degré. En plus, une actrice époustouflante de beauté à ses débuts : Carole Bouquet. Un cinéma d’auteur de grande classe. N’en jetez plus !
"Buffet froid" est un film complètement absurde de Bertrand Blier, beaucoup de dialogues sont drôles, aucun fil conducteur vraiment sérieux, il faut se laisser porter par l'imagination du réalisateur nous emmenant dans des immeubles vides de Créteil, dans le métro parisien. Débrancher le cerveau pour visionner "Buffet froid", vous n'en serez que plus satisfait! Malgré tout, l'absurde a ses limites et parfois j'ai un peu décroché. Le film ne serait pas ce qu'il est sans les acteurs haut de gamme que sont Depardieu, Bernard Blier, Gérard Carmet, Michel Serrault ou Carole Bouquet. Un film français à voir c'est culte.
Bof, un film loufoque, mais c'est du Blier aussi. De bons acteurs qui surjouent comme dans une pièce de théatre. De bons dialogues, amusants. Le couteau comme fil rouge. Carole Bouquet est jeune comme Depardieu. On reconnait le lac du Castillon.
Whaou !!! Film hallucinant et surréaliste !!! Une montée crescendo dans un monde complètement incongru avec une plastique froide, des situations cocasses, des dialogues très travaillés et des acteurs au sommet de leur art, sublime et captivant du début à la fin !!!
Situations surréalistes mais tellement drôles ! Humour noir et déjanté, ambiance très sombre, tout se passe la nuit. Dialogues décalés, personnages timbrés, dépressifs... Le film respire la folie de ses personnages, j'ai passé un excellent moment devant cette comédie aux dialogues savoureux et originaux ! Génial !