A l'heure des réseaux sociaux et avec l'emballement médiatique qu'il y a eu, on a tous plus ou moins une opinion concernant l'affaire Jacqueline Sauvage, cette femme battue durant des années qui a finalement tué son mari de trois balles dans le dos et qui a été condamnée à deux reprises à 10 ans de prison avant d'être gracié par François Hollande. C'est en essayant de faire abstraction de mon opinion sur la question que je me suis lancé dans mon visionnage de "Jacqueline Sauvage : C'était lui ou moi". De ce téléfilm, j'attendais surtout un éclairage nouveau de l'affaire, une nouvelle vision qui aurait pu bousculer mes idées.
Je ne vais pas dire ce que je pense de cette affaire et des différentes décisions qui ont suivies (je ne suis pas légitime sur le sujet) mais en me concentrant juste sur le film, je suis quand même un peu déçu. Le scénario écrit par Marie Deshaires, Catherine Touzet, Jean Falculete et Negar Djavadi, d’après le livre "Je voulais juste que ça s'arrête" de Jacqueline Sauvage m'a laissé sur ma faim.
En effet, même si il nous relate des choses que l'on a déjà pu voir, lire et/ou entendre dans les médias, je regrette que l'intrigue prenne partie. La cause que ce téléfilm veut défendre est noble mais je trouve que c'est une mauvaise idée d'avoir mis Jacqueline Sauvage comme martyr en ayant fait l'impasse sur toutes les nuances qu'il y a dans cette affaire. A ce titre, le documentaire qui était diffusé sur TF1 juste après m'a paru plus intéressant en laissant la place aux témoignages de Jacqueline Sauvage ainsi que de ses proches mais en donnant également la place aux enquêteurs et aux magistraux qui ont dû gérer cette affaire. Plutôt que d’écrire le scénario d’après le livre de Jacqueline Sauvage, et donc de sa vision, il aurait été plus fort de l’écrire en prenant en compte tous les protagonistes qui ont été acteur de ce procès.
Je ne cherche pas à dire qu'elle a eu raison ou non, que son acquittement est justifié ou non mais le gros point noir de ce récit à mes yeux, c'est ce parti pris qui nous pousse à avoir la larme à l’œil et avoir de la sympathie pour Jacqueline Sauvage, là où davantage de neutralité m'aurait paru plus judicieux afin que le spectateur puisse par lui-même développer ses idées.
Passé ce constat et la complexité de l'affaire, le téléfilm n'est pas mauvais pour autant. Il nous interroge malgré tout sur les violences conjugales et sur notre société qui n'est pas encore capable de bien protéger les victimes. J'ai trouvé ça intéressant la façon de voir comment on peut arriver à une telle escalade dans la violence et surtout intéressant de voir l'aveuglement assumé de ceux qui entoure les victimes. Tout le monde sait, tout le monde voit mais il faut un drame pour que les violences cessent... Comment protéger les victimes lorsqu'elles voient leurs paroles remises en question (la question "Qu'est-ce que vous appeler un viol?" fait rire jaune tellement elle apparaît absurde au moment où elle est posée...
Autre débat très intéressant que propose ce téléfilm, c'est le fameux cas de la légitime défense. Que peut-on qualifier de légitime défense ? Quarante années de violence et la goutte d'eau qui nous fait craquer, est-ce suffisant pour parler de légitime défense ? Quelle place pour la justice dans l'acte commis par Jacqueline Sauvage ? Sur ce point, on est invité à ce positionner et c'est intéressant même si j'aurais aimé que l'on aille un peu plus loin. Doit-on acquitter tout ceux qui tue leurs bourreaux ? A partir de combien d'années de violence, on a le droit de tuer pour être acquitter ? Est-ce la seule véritable solution pour les victimes ? Les questions paraissent facile, voire même réac, mais je pense qu'il aurait été intéressant d'aborder les faits sous cet angle là également.
Tout ceci, c'est sur le fond car après, au niveau de l'interprétation, j'ai trouvé la distribution plus convaincante à commencer par une Muriel Robin (Jacqueline Sauvage) excellente. On a de l'empathie pour elle, l'actrice dévoile bien la détresse de son personnage et elle m'ait apparu crédible dans son jeu. Elle porte bien le téléfilm sur ses épaules et nous livre une prestation très forte et très intéressante à mille lieues de l'humoriste que l'ont connaît. C'est un choix de casting surprenant mais un choix payant.
Olivier Marchal (Norbert Marot) est lui aussi convaincant dans son registre. Il fait un père de famille tyrannique à souhait qui vient encore plus appuyer une éventuelle empathie que l'on peut avoir pour Jacqueline Sauvage. Personnage vu à travers sa femme et ses enfants, on aurait pu aller plus loin en proposant un parallèle avec d’autres visions, celui de sa sœur étant un peu sous exploité même si Agnès Guignard (Christiane Marot) fait ce qu'il faut.
Pour le reste, tout le monde fait également son travail. Je n'ai pas ressenti de fausses notes particulières même si l'on sent que les acteurs mis en avant le sont surtout grâce au scénario. C'est ainsi que les enfants et les avocats de Jacqueline Sauvage sont bien mis en lumière tandis que les opposants sont vites sous exploités voire même parfois montré comme de simples méchants sans cœur à l'image d'un des maris d'une des avocates qui apparaît juste pour mettre encore plus sur un piédestal la cause que défends sa femme tandis que lui ne comprends rien... Cette scène est d'ailleurs un bel exemple de ce que je reproche à ce film. Il aurait pu y avoir ici une confrontation d'idées et c'est juste bâclé pour finir sur une image d'un homme sensé être à côté de la plaque et aux idées qui ne mérite pas d'être entendus...
Sur la forme, la réalisation d'Yves Rénier reste très bonne. Le metteur en scène vire un peu dans le pathos gratuit et appuie beaucoup trop sur les violons mais une fois que l'on a capté le parti pris, il respecte le cahier des charges. Dans son travail, on sent quand même cette volonté de mettre en avant le combat qu'il faut mener contre les violences conjugales et même si il n'y a pas de grandes originalités de mise en scène, Yves Rénier réussit cependant à remettre de nouveau le débat sur la scène médiatique ce qui est une bonne chose.
Niveau montage, je trouve que les flashbacks sont plutôt bien montés. Ils sont nombreux, ils servent surtout encore une fois à prendre partie pour Jacqueline Sauvage mais ils ne nous perdent pas pour autant dans le récit. Pour un téléfilm, c'est quand même de très bonne qualité avec de bonnes idées. On y retrouve les forces et les défauts que le support télévisuel peut apporter mais c'est loin d'être pompeux. J'avais même peur de m'ennuyer un peu mais au final pas du tout, c'est assez vite passé même avec la bande originale composée par Brice Davoli qui est anecdotique.
Pour résumer, même si il a fait couler beaucoup d'encre lors de sa diffusion, je reste sur ma faim concernant "Jacqueline Sauvage : C'était lui ou moi". Je voulais être bousculé et ce ne fut pas le cas. Ce téléfilm ne m'a pas fait changer d'opinion sur ce faits divers et à pour principal défauts de prendre partie en jouant de façon manichéenne sur les émotions. Pour voir davantage de nuances dans cette affaire, le documentaire diffusé juste après sur TF1 m'a semblé plus efficace. Reste que le thème des violences conjugales et de la légitime défense est mis en avant et permet de relancer un peu le débat à défaut d'être développé avec plus de justesse ici. Muriel Robin m'a bluffé, c'est bien filmé, cela reste intéressant mais il y a un goût de trop peu que je regrette vraiment. C'est un très bon téléfilm mais il lui manque trop de choses à mes yeux pour que je le place parmi mes téléfilms préférés.