La Zone d'intérêt
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Luuuuuuuuc
Luuuuuuuuc

27 abonnés 898 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 29 février 2024
« J’attire votre attention sur l’environnement merveilleux qu’Hedwig a su créer pour les enfants depuis qu’on s’y est installés. »

Démarrant sur un plan noir et une musique assourdissante, la bande son de La Zone d’Intérêt devient ensuite presque uniquement animée par des bruits, notamment le grondement incessant d’une espèce de soufflerie ou de chaudière, dont la provenance ne tarde pas à se faire connaître, et des dialogues rares et sans aucun intérêt si ce n’est celui du quotidien et de petites joies et petits tracas. Le but est de décrire la routine et les activités on ne peut plus prosaïques des jours qui passent.

Le sympathique papa qu’on voit au début du film jouer près de la rivière, avec ses enfants et son épouse, n’est autre que Rudolf Höss (Christian Friedel). Sa petite maison de campagne, vaste et proprette, au jardin impeccablement entretenu et fleuri avec goût par sa femme (Sandra Hüller), est accolée au camp où il part travailler chaque matin comme n’importe quel fonctionnaire. Monsieur Höss est en effet le commandant du camp d’extermination d'Auschwitz-Birkenau. spoiler: Les domestiques qui travaillent pour son épouse sont des prisonniers du camp, les colis qu’elle reçoit et les dents en or que collectionne le garçon plus âgé… on devine bien.


Le film est tourné quasi exclusivement en plans fixes à l’exception de travellings latéraux, pour ancrer la réalité des gestes du quotidien et éviter toute forme de subjectivité. L’absence de musique, à l’exception de celle obsédante de rares scènes absconses dont certaines filmées en négatif, poursuit le même but et rend chaque son plus prégnant, plus vrai. Si l’oeuvre est essentiellement descriptive, la narration est ponctuée d’appels téléphoniques et de lettres dictées ou lues qui permettent de situer le personnage principal au coeur des événements historiques. L’ensemble est ainsi d’une froideur mécanique, ce qui colle parfaitement au propos : ancrer l’exceptionnelle horreur de la situation dans la normalité des bourreaux et de leur environnement privé ou professionnel spoiler: , l’extermination des Juifs étant décrite comme une planification comptable effectuée par un conseil d’administration avec promotions, objectifs chiffrés à atteindre et félicitations à l’employé du mois
.

La Zone d’Intérêt s’adresse à la réflexion plus qu’à l’émotion à force de détails méthodiques et de gestes et dialogues banals, créant une dissonance cognitive bien plus poignante qu’un mélodrame, ce qui en fait une œuvre terriblement originale et incontournable.
Miami_Chorize
Miami_Chorize

23 abonnés 292 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 29 février 2024
Jonathan Glaser s'est lancé dans une périlleuse entreprise : réaliser un film sur la Shoah (un de plus, diront certains) qui soit aussi une œuvre ambitieuse sur le plan artistique et conceptuel.

C'est en ce sens qu'il faut comprendre spoiler: l'écran noir du début
. Le cinéaste, à la suite de bien d'autres, s'est demandé ce qu'il pouvait représenter du génocide des Juifs. Il rejette le rien, qui aboutit à repousser la Shoah dans l'oubli... mais se refuse aux images clinquantes ou tire-larmes. Du coup, il se place dans un entre-deux, spoiler: mais un entre-deux qui penche vers la non-représentation
.

Il choisit donc de miser sur les sons, le hors-champ et la suggestion. Le résultat est pour moi très fort. Ainsi, il n'est pas nécessaire d'expliquer d'où viennent les vêtements que l'épouse du commandant d'Auschwitz accepte de partager avec ses domestiques (elle-même s'étant réservé les plus coûteux). Il n'est pas non plus utile d'expliquer comment de curieux osselets sont arrivés dans les mains de l'un des fils de Rudolf Hoess. Enfin, tout le monde comprend pourquoi la belle-mère de Hoess, ravie d'être accueillie dans une belle maison avec piscine et jardin, finit par prendre la poudre d'escampette quand elle comprend spoiler: ce qu'il se passe vraiment de l'autre côté du mur lointain, entre bruits étouffés, convois de nuits et fumée nauséabonde
...

C'est brillant, glaçant certes, mais, pour moi, c'est à la fois une leçon d'histoire et une œuvre remarquable au niveau de la mise en scène.
LCM PRODUCTION
LCM PRODUCTION

22 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 28 février 2024
Ennuyant au possible, le film est censé être " angoissant ". Je n'ai absolument rien ressentit malheureusement, joué sur le côté calme ne marche pas pour moi. Je n'arrivais pas à comprendre ou est-ce que je devais aller. C'est loin d'être aussi bouleversant que "La Liste de Schindler" ou "ONE LIFE". Ce film est vraiment surestimé.
Nathalie Lyon
Nathalie Lyon

3 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 28 février 2024
Une réalisation au cordeau, un habillage sonore exceptionnel qui crée le contre-point avec la vie quotidienne de cette famille conforme à l’idéal aryen qui plante des rosiers pour ne plus voir le haut des baraquements. Une seconde partie moins réussie où le propos est plus diffus (comment interpréter les images actuelles insérées ?).
Ced Prat
Ced Prat

2 abonnés 107 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 28 février 2024
"Des scènes caricaturalement sans intérêt de l'autre côté des murs d'Auschwitz". Excellent pitch pour un court-métrage de 3-4 minutes. Mais pourquoi diable vouloir étirer ça sur 1h45 à base de personnes qui spoiler: marchent dans les couloirs, décrivent toutes les fleurs du jardin ou regardent interminablement la rivière qui coule..
? On a compris le principe au bout de 6 minutes (et oui, on a perdu 3 minutes avec un écran noir et un seul son), c'est bon, ça suffit.

Sur le reste, l'image est belle. Le jeu d'acteur n'est ni bon ni mauvais : pas facile à évaluer vu que quasi personne n'a d'émotion. Du coup, nous non plus on n'a aucune émotion et c'est un exploit sur un sujet aussi fort
Licorice Pascale
Licorice Pascale

1 abonné 33 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 28 février 2024
Glaçant effroyable épouvantable horrifiant, chaque seconde est pire que la précédente, un concentré du pire de l humanité au milieu des fleurs et des enfants…
Cadreum
Cadreum

91 abonnés 853 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 10 septembre 2025
Qui est le film ?
Avec The Zone of Interest (2023), Jonathan Glazer signe son quatrième long-métrage après des œuvres très différentes comme Sexy Beast, Birth ou Under the Skin. Ici, il s’attaque à la question la plus périlleuse du cinéma sur la Shoah : comment représenter l’indicible sans en faire un spectacle ? Le film s’inspire librement du roman de Martin Amis mais en détourne la logique romanesque pour construire une expérience radicale. À la surface, l’histoire est simple : la vie quotidienne d’une famille, celle du commandant d’Auschwitz, dans une maison mitoyenne du camp. Derrière cette simplicité, la promesse est vertigineuse : déplacer le regard du crime vers ses coulisses domestiques.

Que cherche-t-il à dire ?
Glazer ne filme pas les victimes ni les corps suppliciés : il filme la table, le linge, les jeux d’enfants, le jardin. L’horreur n’est jamais frontalement représentée mais se devine, comme arrière-plan continu, dans les fumées, les bruits, les odeurs et la poussière. Le projet n’est pas de raconter « ce qui s’est passé », mais de faire sentir comment l’extermination s’articule à une quotidienneté banale. Le film ne cesse de rappeler que la barbarie n’est pas seulement le fait de monstres, mais qu’elle repose sur des gestes ordinaires dans un confort préservé. En somme, Le film explore l'irreprésentabilité de la Shoah, par un Éden adjacent à l'horreur.

Par quels moyens ?
L’audace (et la provocation) centrale du film est son point de vue : il s’installe à hauteur de la famille du commandant de camp, filme leur intimité et les rituels de la maison qui jouxtent l’usine de mort. Ce choix n’est pas apolitique ni complaisant, il vise au contraire à montrer comment la machine génocidaire suppose et normalise des registres de confort, de gestion et d’oubli. Ici, Glazer oblige le spectateur à partager le même espace mental que les bourreaux, à voir ce qu’ils voyaient, à habiter leur banalité, incitant le spectateur à traquer cette terreur dans l'invisible. Située, dans l'hors champs, dans l'intelligence du téléspectateur et dans le bruit ambiant omniprésent jusqu'à inonder l'image.

La mise en scène privilégie les cadrages picturaux et larges, la colorimétrie chatoyante et les textures minutieuses. La palette de couleurs est contrôlée, presque trop belle, et cette beauté devient glaçante. Car cette distance n’apaise pas : au contraire, elle révèle la co-présence du banal et du monstrueux. Les gros plans sur des objets (assiettes, couverts, jouets, fleurs) agissent comme des index ; la répétition de ces motifs transforme la surface en mémoire active. Le film n’use pas de gros effets dramatiques : il polit une intensité par accumulation de détails.

Le montage refuse la causalité classique. Il n’y a pas de progression dramatique mais une coexistence forcée. Plutôt que de dramatiser la causalité, le film fait sentir la simultanéité : la vie « normale » et la gestion industrielle de la mort sont des couches du même présent. Cette stratégie temporelle empêche l’expiation par la distance historique : nous n’avons pas affaire à un passé clos mais à une machine qui fonctionnait à côté des tasses de thé.

Le travail sonore est sans doute l’élément le plus insoutenable. Le film fait entendre les bruits de la maison (verres qui s’entrechoquent, rires étouffés, pas sur le parquet) en les superposant à un lointain grondement industriel : sifflets, moteurs, klaxons de train, bruit de cheminée. Le mixage ne cherche pas le contraste spectaculaire mais la mise en tension persistante. Le premier plan lui-même devient significatif de toute la démarche du film : l'horreur fera pression sur l'image, et sans interruption.

Les personnages ne sont pas des monstres caricaturaux mais des êtres ordinaires, attachés à leurs enfants, à leur confort, à leurs habitudes. Montrer la famille riant, jouant, soignant son jardin n’est pas « minimiser » la violence : c’est montrer la manière dont la violence s’insinue dans le quotidien. Les personnages y apparaissent moins comme des monstres que comme des sujets normalisés : cet effet d’évidence « ils paraissent tout à fait normaux » est précisément l’arme la plus efficace du film.

Le film prend frontalement la question éthique qui hante toute représentation cinématographique de l’Holocauste : montrer signifie-t-on réduire les victimes à l’objet d’un spectacle ? Glazer choisit la tactique inverse : il nie au voyeur la jouissance fantastique de l’horreur en la déplaçant vers la normalité complice. Ce geste comporte ses propres risques (accusations de proximité ou de mise en beauté), mais sa force critique est de rendre impossible le confort moral. Le film met en abyme le regard du spectateur : il nous oblige à remarquer que notre capacité à « regarder » est la même que celle des voisins de la maison.

Intellectuellement, le film dialoguera naturellement avec la notion arendtienne de la « banalité du mal » (la possibilité que des individus ordinaires commettent ou tolèrent l’inhumain) avec la thématique agambenienne de l’« état d’exception » (la suspension de la norme). The Zone of Interest illustre ces analyses non par des discours mais par des formes : il montre comment la bureaucratie, le confort et la domestication mentale travaillent ensemble à produire l’inimaginable.

Le film interroge aussi la façon dont les sociétés construisent la mémoire : en séparant trop strictement « mémoire » et « vie courante », on se prive d’un outil critique. En filmant la maison, Glazer oblige à penser la responsabilité comme ancrée dans les routines. Cela résonne avec les débats contemporains sur la mémoire : comment éviter la neutralisation historique par la mise à distance ? Le film propose une méthode : rapprocher, rendre palpable, forcer le regard.

Où me situer ?
Je place ce film au rang des expériences cinématographiques les plus rigoureuses de ces dernières années. J’admire la précision avec laquelle Glazer tient sa ligne : ne jamais céder à la tentation du spectaculaire, assumer une froideur qui devient une arme critique. Je reconnais aussi le risque : le parti pris d’éviter la représentation explicite des victimes peut être interprété comme une forme d’esthétique froide qui « politise » la douleur à distance ; certains peuvent reprocher que la beauté formelle rende trop « lisible » ou trop « savourable » ce qu’elle dénonce. Mais le film met justement le spectateur face à cette tension : la beauté visuelle devient instrument de jugement, pas d’admiration.

Quelle lecture en tirer ?
The Zone of Interest n’est pas un film qui raconte : c’est un film qui expose. Il met côte à côte la vie et la mort, l’intimité et l’extermination, le rire d’un enfant et la fumée d’une cheminée. Le cinéma devient ici une machine à mémoire non pas parce qu’il reconstruit un passé, mais parce qu’il force la coexistence. Le film ne tente ni l’exhibition horrifique ni l’éloignement commode : il invente une troisième voie : la mise en évidence de la continuité matérielle entre vie domestique et mécanisme de mort. Par un cinéma d’observation clinique, tamisé, strict, Glazer transforme la proximité en accusation. Le film pose une question simple et terrible : que devient la conscience quand le crime est organisé à côté de la table du dîner ?
Pierre-Louis Piffre
Pierre-Louis Piffre

1 abonné 23 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 5 septembre 2024
A fuir absolument ! 1h45 à m’ennuyer, à me demander quel est le sens du film, qu’est-ce que ça peut bien raconter. Pour finalement rester complètement sur ma faim.

Des oppressions difficilement compréhensible quand on fini par savoir que l’on ne verra jamais les camps de concentration

En bref, totalement déçu !
gvnm73
gvnm73

8 abonnés 189 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 27 février 2024
Quel coup de poing. On prend profondément conscience de l’holocaust dans toute son horreur, de son absence d’humanité, à travers cette vie quotidienne rendue impossible à ceux-là même qui y participent. Aucune morale humaine ne peut accepter ce massacre, ignorer son indicible monstruosité. En même temps ce film nous interroge sur notre propre morale, après ne sommes nous pas toujours du bon côté du mur?
Lady Lucille
Lady Lucille

1 critique Suivre son activité

2,0
Publiée le 27 février 2024
Très déçue par ce film, je me suis demandée tout au long du film à quel moment j'allais enfin ressentir un début d'émotion, rien de rien !! Je me suis même sentie mal de ne rien ressentir au vu de la gravité du sujet. Après les 15 premières minutes, on a l'impression d'avoir déjà vu tout le film, le reste n'est que du remplissage...
Même Sandra Hüller, que j'avais adoré dans Anatomie d'une Chute, ne sauve pas ce film à mes yeux. J'ai résisté pour ne pas sortir avant la fin, ce qui ne m'arrive jamais. Bref, je suis peut-être passée complètement à côté, mais je me suis profondément ennuyée !
Pertinjp
Pertinjp

1 abonné 72 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 27 février 2024
Maman s'occupe des enfants et du jardin, les enfants à l''école et papa au boulot, une famille normale sauf que...Dérangeant, gênant ce film..
.
Marie Breton
Marie Breton

83 abonnés 268 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 27 février 2024
On entre dans ce grand film de la même façon que dans un cauchemar : un long moment d’écran noir, accompagné d’une musique tétanisante à laquelle viennent se mêler des gazouillements d’oiseaux qui ne trompent pas la très mauvaise intuition qui nous gagne lorsque le premier plan apparaît.
Rien dans la première scène ne trompe nos sens en alerte. C’est le jour, mais cette lumière diaphane est trop aveuglante pour être familière, sa façon de briller n’a rien de chaleureux. Il y a bien de la végétation, des êtres humains en famille, une belle rivière, mais rien de tout cela n’a l’air accueillant : on croirait les couleurs empruntées à une morgue. Il manque de la vie. Des fantômes seraient plus rassurants que ces personnages qu’on nous force à observer.
Et la suite confirme le malaise qui ne nous quittera plus avant le réveil.

Sans jamais rien montrer, Jonathan Glazer parvient à glacer. Par sa maîtrise incontestable de la mise en scène (mais quel travail sur l’éclairage, sur le développement de la photographie, et sur le son !).
C’est un film effrayant parce que le monstre est partout sans n’être pourtant jamais défini par le regard.
Horny8
Horny8

31 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 27 février 2024
Un film « mémoire ». Qui restera dans l’histoire du cinéma pour avoir su suggérer l’innommable sans le montrer. Il n’existe quasiment plus de témoin vivant de ce qu’a été Auschwitz… ce film nous le rappelle en quelque sorte en ne nous montrant jamais ce qu’aucun de nous ne pourra plus voir. Mais en choisissant de suggérer le mal du point de vue de ceux qui l’ont banalisé et industrialisé, ce film véhicule un message qui va bien au delà que n’importe quelle image.
Pourlaroute
Pourlaroute

1 abonné 5 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 27 février 2024
Excellent. dérangeant a souhait. La banalité de la vie décrite met en relief l'horeur du voisinage caché. La bande son, en arrière plan, et certains dialogues ajoutent de l'intensité.
Davy Dvn
Davy Dvn

2 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 27 février 2024
Alors un film sur l'holocauste, avec mention Prix du jury, je dis ''on fonce''!! Et puis on redescend vite, on attend qu'il se passe quelque chose.. on long écran noir d'entrée de jeu, des scènes tournées en négatif.. un écran rouge survenu de nulle part, à se demander si ce n'est pas une erreur du projectionniste.. certes l'idée de base est bonne, mais la force du sujet ne traverse pas l'écran.. un film plat et ennuyeux
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