Multi-récompensé, La Zone d'intérêt est un film intéressant à bien des égards. Cette 'zone d'intérêt' autour du camp pourrait sembler se résumer à l'espace extérieur où se trouve la maison des Höss, mais en réalité elle englobe bien davantage. Cette zone ne m'a d'ailleurs paru être qu'un prétexte pour donner son titre au film.
On suit le quotidien de la famille Höss et de ses cinq enfants: une existence presque calme et paisible, rythmée par de petits événements domestiques. Hedwig, l'épouse de Rudolf Höss, est interprétée par Sandra Hüller, que l'on a notamment vue dans Anatomie d'une chute. Le film s'intéresse autant à elle qu'à son mari, commandant du camp.
Car le camp, justement, on ne le voit presque jamais. Il est pourtant omniprésent. Plus qu'on ne le voit, on l'entend. Il semble respirer à travers les bruits qu'il produit, et ces sons constituent une présence constante tout au long du film. Ce fond sonore permanent est d'abord déroutant, presque étrange.
Rudolf se rend parfois à cheval au camp, où il doit certainement disposer d'un bureau, mais on le voit aussi travailler depuis son domicile. De son côté, Hedwig gère la maison et les nombreuses domestiques qui l'aident au quotidien, peut-être des prisonnières juives du camp. Elle paraît heureuse, pleinement consciente des privilèges que lui procure son statut social.
Le film est lent et il ne s'y passe finalement pas grand-chose. Pourtant, une atmosphère profondément malsaine s'installe peu à peu. Le réalisateur décrit l'horreur des camps et l'extermination des Juifs par petites touches, avec beaucoup de subtilité. Rien n'est montré frontalement, mais tout est suggéré.
Le film possède également une dimension poétique, presque celle d'un conte par moments. Par exemple, lorsque Rudolf raconte une histoire à sa famille, le récit est entrecoupé d'images en noir et blanc montrant une petite fille à l'extérieur. On ne comprend pas immédiatement qui elle est ni quel est son rôle dans le récit. Est-ce un rêve de l'une des filles Höss ? Une figure symbolique ? Le film recèle plusieurs subtilités narratives qu'il n'est pas toujours facile de saisir.
Enfin, la fin laisse elle aussi quelque peu perplexe. Elle semble porteuse de sens, mais demeure suffisamment énigmatique pour susciter l'interrogation longtemps après le générique.