Dans les premières minutes, on a simplement l’impression de se préparer à regarder un film de zombies tout pourri, un navet comme il en existe tant et comme le cinéma japonais s’en est fait une spécialité : en dépit de sa puissance économique, le Japon se montre singulièrement pingre avec ses cinéastes, hors cinéma d’animation, ce qui explique qu’aujourd’hui, le cinéma nippon exportable se partage entre drames minimalistes et films de genre à budget de clochard. Pourtant, on comprend vite que ce sera plus un peu fin que ça : c’est que dans le film, cette invasion de zombies constitue une chance pour un réalisateur frustré de contourner l’éternel problème des ressources insuffisantes, afin de tourner le film qu’il a en tête : vu qu’on regarde ce réalisateur tourner son film au milieu du chaos, on peut sans crainte parler de double mise en abîme. Au bout de vingt minutes, c’est la surprise ! Le “film”, sous-titré ‘One cut of the dead’ est fini et on retourne sans transition à la genèse du projet, lorsque le réalisateur se voit offrir le défi de tourner un film d’horreur, en une seule prise et en direct, pour l’ouverture d’une chaîne thématique sur les zombies. ‘Ne coupez pas’ se transforme alors quasiment en making-of, véritable dossier à charge contre la misère crasse du cinéma japonais d’exploitation, entre délais impossibles à tenir, moyens inexistants, acteurs approximatifs ou ingérables. Le récit du tournage en tant que tel est franchement drôle, et tout ce qu’on avait remarqué à la premuère vision comme raccords approximatifs, dialogues ineptes ou moment de flottement des acteurs trouve ici une explication “rationnelle”, vu la succession d’imprévus et de catastrophes qui surviennent au cours de ce tournage épique :
qu’il s’agisse de la destruction accidentelle du matériel, de cet acteur/cadreur qui apparaît et disparaît du cadre sans logique pour cause de diarrhée, de ce zombie en pleine intoxication alcoolique ou de cette remplaçante engagée au pied levé qui se prend trop au jeu et pête un plomb,
on finit par vouer une sincère admiration à ces metteurs en scène dotés d’une incroyable capacité d’improvisation et de rebond, qui, dans la réalité, se retrouvent sur un plateau de tournage et mènent leur projet façon guérilla pour qu’il ait une chance d’aboutir !