Western d'excellente facture. Pearl, une métisse orpheline, est accueillie dans un ranch texan tenu par le rugueux "sénateur" Mc Canless et ses deux fils, Jesse et Lewton. Séduite par le sage Jesse, elle succombe toutefois à la brutalité affichée de Lewton, qui ne s'embarrasse pas de manières. Cette passion dévorante entre Pearl et Newton est magnifiquement interprétée par Gregory Peck et Jennifer Jones. Leur rapport amour/haine rythme le film jusqu'à l'ultime scène, poignante. Le mauvais rôle revient incontestablement au voyou Lewton, très épris de Pearl mais incapable de seulement concevoir une vie conjugale et les obligations que cela suppose. Sa jalousie maladive le fait abattre lâchement un rival, mais c'est pour disparaître aussitôt, fuyant tout autant un engagement avec Pearl que la justice qui le recherche. Ce couple électrique rend bien fade le reste de la distribution, même si Lionel Barrymore campe avec brio un propriétaire terrien impitoyable. La réalisation est assez classique mais sans fausse note et la musique accompagne agréablement ce western flamboyant.
Un western qui s’apparente plutôt à un drame sentimental qui bénéficie d’un magnifique Technicolor et de la puissance de ses acteurs malgré les sentiments des personnages qui demeurent très complexes. Jennifer Jones est extraordinaire en femme fatale tandis que Gregory Peck s’impose dans un rôle de mauvais garçon à contre-emploi, on pourra aussi noter la prestation de Lionel Barrymore en patriarche intraitable.
Avec Duel au soleil, King Vidor livre un western flamboyant qui emprunte autant au mélodrame passionnel qu’à la tragédie classique. La mise en scène exalte les désirs, les pulsions et les conflits de ses personnages avec une intensité rarement atteinte dans le cinéma hollywoodien de l’époque, faisant des paysages eux-mêmes le reflet de leurs tourments intérieurs. Jennifer Jones incarne une héroïne déchirée entre aspiration à l’émancipation et fatalité sociale, tandis que Gregory Peck compose un personnage d’une sensualité destructrice particulièrement marquante. Derrière son spectaculaire Technicolor et son souffle romanesque, le film interroge les tensions entre morale, désir et déterminisme dans une société profondément marquée par les rapports de domination. Malgré certains excès narratifs et son goût assumé pour l’emphase, Duel au soleil demeure une œuvre singulière et audacieuse.