je vais défendre Wounds. Je l'ai trouvé excellent. Certes il y a ici et là quelques maladresses certainement liées au script de certaines scènes (notamment celles du couple, insuffisamment passionnées) ou au charisme d'huitre de Dakota Johnson (d'où ma première remarque, Armie Hammer rame à fond dans ces scènes là, comme par hasard). Mais il faut croire au cinéma, surtout quand il s'engage à créer une mythologie: dès le début, le film nous dit ce qu'il va décrire en convoquant Joseph Conrad et son "au coeur des ténèbres" (qui servit en son temps aussi de référence à Apocalypse Now" ou T.S. Eliot et ses "hommes creux". Le fil va décrire la trajectoire d'un "homme creux", vidé par la haine (de soi, des femmes sur lesquelles il cherche à avoir un ascendant permanent) et l'alcool. L'alcool est omniprésent. Il n'y a quasiment aucune scène où il n'est pas présent, posé ou bu, à volonté, pour se griser d'une vie non satisfaisante. Au delà du mythe du "passage par les plaies vers un monde supérieur", c'est l'alcool qui met le personnage principal dans la disposition pour devenir un vecteur. Les références s'en suivent: Conrad est le correcteur de la thèse écrite par l'amie du personnage principal (Will), laquelle porte sur les "hommes creux" de T.S. Eliot. Will porte la plupart du temps un TShirt de "Morgus le magnifique", scientfique fictionnel fou de la Nouvelle Orléans, prétendu inventeur d'Internet, qui réalise des expériences de folie, notamment avec un crâne humain, représenté par son ami Eric (Eric qui est aussi l'ami de Will sera celui qui subira la plaie qui permettra à Will de faire advenir un monde supérieur à lui) ... Beaucoup se plaignent de constater que le film finit là où il aurait dû commencer. Mais nullement, Anvari a voulu créer une mythologie (c'est suffisamment rare dans le cinéma américain, comme D Lynch en son temps avec Twin Peaks). Il n'y aucun intérêt alors à connaitre la suite. De toute façon nous connaissons la suite: les "jump scare" de l'histoire préfigurent le futur de Will et ce qu'il va faire: éliminer sa compagne, le prof de socio etc ...
Wounds ne manque pas de défaut de mise en scène, mais le scenario est intelligemment construit: chaque étape vers "the translation of the wounds", l'alcool, les cafards, la crasse (Will se lave de moins en moins), l'ambiance poisseuse de la Nouvelle Orléans, le vecteur technologique (Morgus), le machisme ...
Quant à la scène finale, elle est splendide car elle marque l'aopthéose de Will: la finalité, comment trouver le portail. La mise en scène est puissante et suffisamment mystérieuse pour laisser à ce moment là l'imaginaire faire son job. Et ce son lors de la scène finale !
Bref, prenons le temps de voir et revoir Wounds (en VOST, c'est mieux); faisons un peu abstraction de Dakota Johnson et soyons indulgent avec l'entreprise.
Sinon, ce film préfigura étrangement la descente aux enfers d'Armie Hammer !