Petit Pays est l'adaptation du roman de Gael Faye, non autobiographique mais librement inspiré de son expérience, qui traduit bien toute l'horreur du génocide rwandais et ougandais, avec le regard naïf d'un enfant qui va grandir d'un coup, n'aura plus l'étincelle de vie et d'espoir dans les yeux face à son pays mis à feu et à sang pour une histoire d'appartenance ethnique. Ces peuples se ressemblent (même couleur de peau), ont une culture qui a tout à gagner à être partagée, et l'on ne comprend pas, tristes d'être si rêveurs, pourquoi une telle boucherie est advenue. On est un peu cet enfant qui résume si bien toute l'absurdité de la violence en cette question : "Papa, c'est quoi la différence entre Hutu et Tutsi ?" et le père, malin, de répondre : "Leur nez", on n'aurait pas mieux dit. On est tout aussi tristes face au personnage de la mère, qu'un passage passé sous silence (certainement une détention cauchemardesque et torture) a réduit à la folie pure... Même si la mise en scène, longue à la détente (on s'ennuie un peu), amoindrie parfois l'impact des images, on en retient un cours d'Histoire souvent méconnu en France (surtout si vous faites partie, comme nous, de la génération trop jeune pour l'avoir vue à la télévision), un casting intéressant (les jeunes s'en sortent bien, Jean-Paul Rouve en retrait assure tout de même un service correct dans le registre dramatique, dans lequel il pourrait briller facilement, on le devine) et une fin en explosion de violence qui fait mal au cœur tant pour la victime que pour le bourreau forcé. D'autant plus si l'on ne connaît pas ce conflit, Petit Pays nous l'apprend en même temps qu'au petit garçon, et la leçon cruelle rend bien tristes les rêveurs qu'on est...