Film très réussi tant dans l'intrigue (tirée d'un roman qui visiblement est bon) que dans la réalisation. On savait que Dominik Moll savait instaurer des ambiances étranges et inquiétantes, mais là, on retrouve sa patte de faiseur de mystère, voire de malaise, tout en livrant une narration dynamique et claire. La construction en 4 chapitres , 4 prénoms, 4 points de vue, est particulièrement efficace. Cela permet de résoudre le mystère tout en enrichissant l'histoire par l'imbrication entre les personnages, tous intéressants. Bonne performance des acteurs : un casting efficace. Et les décors sont magnifiques : notamment le plateau du Méjean en hiver. Et la partie à Youpogon est dépaysante, avec notamment ces accents et mots africains. De la Lozère à Abidjan, on découvre aussi des réalités sociales singulières où la misère n'est jamais loin.
L'histoire ne consiste pas uniquement en la résolution du mystère-faits divers de base : disparition d'une femme, et découverte
de ce qu'elle est advenue
(résolu à la mi-film à la fin de l'histoire du deuxième personnage) et
de qui l'a assassinée
(résolu au cours de la dernière histoire, mais qui, elle-même, nous a déjà emportée sur d'autres horizons, centres d'intérêt).
Le grand thème de l'histoire est en effet
comment le hasard peut imbriquer les destins, tout en créant du tragique. J'ai d'ailleurs tout à fait adhéré à cette série de coïncidences, en m'attachant moins à leur improbabilité, comme certains, mais plutôt à
la cohérence du message délivré.
L'autre élément de cohérence du récit, c'est que chacun des 4 segments traite d'histoires d'amour singulières, voire extrêmes :
une assistante sociale qui tombe amoureux très fort d'un cas social pourtant peu réactif, une histoire d'amour nécrophile, la passion folle d'une belle jeune fille pour une femme plus âgée qu'elle, et la relation mensongère, mais reflétant en fait un besoin l'un de l'autre, entre un brouteur et son pigeon.