Je reviens du cinéma après avoir vu un chef-d'œuvre, littéralement, aussi intellectuel, profond qu'absurde. Paradoxe quand tu nous tiens! Et c'est cela la force d'un produit créatif qui offre une bouffée d'oxygène à un Septième art souffrant de plus en plus d'apoplexie, de porosité réflexive et de frilosité quant aux initiatives venant des studios de plus en plus soumis à l'homogénéité culturelle.
Tout comme un voyage multidimensionnel à travers les univers parallèles, "Everything Everywhere All at Once" des Daniels, est un tourbillon cinématographique brillant et génial qui transporte le spectateur dans une aventure existentielle inoubliable, offrant un regard vif et singulier au cadre hollywoodien. Avec leur film précédent, "Swiss Army Man", le duo de réalisateurs avait montré leur capacité à naviguer sur les eaux tumultueuses de la complexité narrative avec un mélange savamment dosé de folie, d'humour et de cœur, et ils ont récidivé avec "Everything Everywhere All at Once", créant une expérience cinématographique riche et émouvante.
Au cœur de ce film se trouve l'Amour injecté avec une dose généreuse d'émotions authentiques, d'originalité et de "pas-vu" qui alimentent le récit sans faille pendant près de deux heures et demie. Les Daniels ont évité le piège de la surenchère intellectuelle, bien que cela soit un film intello avec des effets spéciaux à couper le souffle. Ce choix a été fait en faveur d'une approche plus humaine et plus poétique de leur sujet. Bien qu'il y ait des éléments de science-fiction dans le scénario, le film va bien au-delà des poncifs de genre, explorant la vie et la mort, l'amour et la perte, la famille et l'identité à travers des univers multiples. Les événements, les rebondissements et les possibilités se télescopent constamment dans un gigantesque feu d'artifice filmique, livrant au passage une belle leçon de montage et d'inventivité narrative.
Le film offre une expérience unique en son genre, mélangeant des éléments de satire sociale, de film d'arts martiaux, de comédie romantique, de fresque familiale, d'humour absurde et de SF pétaradante, créant un univers aussi burlesque que cohérent, où chaque idée folle est exécutée avec une maîtrise visuelle et narrative évidente. Les Daniels réussissent à naviguer avec aisance entre les différents univers, créant des personnages attachants, identifiables et des moments mémorables, le tout donnant vie à un récit puissant et captivant.
Le casting du film est tout simplement remarquable, et chaque membre rivalise d'excellence pour tirer parti de rôles bien écrits et nuancés. Ke Huy Quan est touchant dans son rôle de mari dépassé, mais déterminé à affronter le monde avec une bonté à toute épreuve, et Stephanie Hsu trouve un premier grand rôle pour prouver son potentiel. James Hong et Jenny Slate sont savoureux, respectivement en grand père sénile et en petite garce insignifiante.
Mais la vraie star du film est l'actrice méritoire Michelle Yeoh, qui offre une performance phénoménale dans le rôle de la matriarche du multivers, une figure charismatique et complexe qui guide le personnage principal dans sa quête existentielle, voire holistique. Yeoh est tout simplement brillante, apportant une profondeur et une émotion à son personnage qui illuminent chaque scène dans laquelle elle apparaît.
Véritablement, "Everything Everywhere All at Once" est un chef-d'œuvre du cinéma, un film qui transcende les limites du genre et de la narration. Les scènes s'enchainent avec une fluidité et une rapidité sans pareilles, créant une toile de fond d'images époustouflantes qui ne cessent jamais de surprendre le spectateur. Les transitions sont si habilement tournées que celui-ci est emporté dans une sorte de spirale hypnotique.
La trame narrative est tout aussi étonnante, car tout part de rien vu que nous suivons l'histoire de la modeste et discrète Madame Wong qui découvre l'existence de multiples dimensions parallèles, chacune d'elles contenant une version différente d'elle-même. Nous la suivons alors dans une aventure à travers ces dimensions, qui sont toutes en danger d'être anéanties par une force inconnue.
Le film regorge de symboles et de métaphores qui sont savamment intégrés dans l'histoire pour créer un sens profond et protéiforme. La juxtaposition de différentes versions/itérations de Madame Wong dans différentes dimensions crée une réflexion intéressante sur l'identité, la perception de soi et la nature du temps. Les symboles récurrents, comme le trou noir/bagel, ajoutent une dimension supplémentaire à l'intrigue et laissent au spectateur une impression durable.
Le jeu d'acteur est exceptionnel, je le répète et j'insiste dessus - car c'est rare vu les daubes qui sortent maintenant comme des Quantumania, par exemple - avec une performance générale sans faille. Les acteurs secondaires, notamment James Hong et Ke Huy Quan, ajoutent une touche d'humour (à l'anglaise) et de légèreté à l'ensemble.
Ainsi, pour résumer mon impression sur ce film qui trace tellement de grilles de lecture différentes, notamment philosophiques avec une série de potentialités exploitées et en suspens à l'instar du véritable multivers quantique, "Everything Everywhere All At Once" est un bijou, un pur produit de l'art et de la technique, créant une expérience qui s'encre et s'ancre de manière indélébile dans les esprits, et qui ne peut être décrite avec des mots seuls. Le film est un éloge à l'exploration de soi, la découverte et la rédemption. C'est un véritable hommage laudatif au pouvoir de l'imagination et de la créativité humaine, qui ouvre de nouvelles perspectives pour le cinéma en tant qu'objet cathartique.
Un film à voir en précisant qu'il est très très spécial ! C'est rare qu'un film du genre me fasse un tel effet. Seules les Wachowsky et Jaco Van Dormael avaient réussi à faire cette prouesse dans mon esprit.