« Suprêmes » est un très bon témoignage de son époque (fin des années 80, début des 90) et de tout ce que les banlieues et donc subséquemment la culture hip-hop (notamment le break dance, le rap et le graff) pouvaient inspirer de crainte et de suspicion de la part des politiciens, de l’opinion publique et des médias qui n'avaient pas tous compris que ces jeunes, en apparence révoltés, faisaient avant tout de la musique ! Mais c’est également un long-métrage en forme de biopic sur les pères fondateurs du rap dans l’hexagone, Kool Shen et JoeyStarr. Et c’est surtout à travers le portrait de ce dernier (connu à la ville sous le patronyme de Didier Morville) que l’on va suivre la genèse du groupe NTM, de leurs galères, leurs disputes, leurs tournées dans toute la France à la consécration dans les grandes métropoles. Ici, Joey est incandescent, provocateur, autodestructeur, mais c’est pour mieux attirer l’attention d’un père brutal qui ne l’a jamais reconnu à sa juste valeur. En revanche, on pourrait être un peu déçu que la réalisatrice n’explore pas plus le quotidien de Kool Shen, semblant plus en retrait, ce qui est un peu dommage, tout comme on pourrait déplorer la quasi absence du processus créatif du groupe, on aurait aimé en voir davantage ! Néanmoins, on retiendra forcément la prestation des deux principaux acteurs Théo Christine et Sandor Funtek (qui a de faux airs de Reda Kateb, jeune !) qui sont formidables de naturel, ne forçant jamais le trait, constituant l’atout numéro 1 d’un film, étant ainsi une bien belle réussite.