Un homme tue sa maitresse et maquille le crime en accident. Il est blanchi par la justice, mais Ancelin, le mari (Lino Ventura) se venge. Un chauffeur de taxi l’a hélas aperçu. Ancelin n’aura de cesse de faire taire ce témoin, mais l’affaire tourne mal, et il sera victime d’une chasse à l’homme. Trois parties donc dans ce film : les crimes, filmés efficacement et avec concision, la quête du témoin, longue et laborieuse, et la chasse à l’homme, haletante, fascinante. La mise en scène est au niveau des meilleurs films noirs américains, avec une recherche de cadrage, d’effets de noir et blanc, et une bande son jazzy où le saxophone produit le même effet que la trompette de Miles Davis dans « ascenseur pour l’échafaud », presque contemporain. Des moments forts donc, une prestation de Ventura mémorable, surtout dans son contremploi de dernière partie, et une utilisation des radio-taxis comme chiens de meute étonnante et très réussie. La partie centrale ne manque pas de qualités : les filatures se regardent avec intérêt, le milieu des chauffeurs de taxi de nuit est décrit avec réalisme et chaleur, mais dieu que cela traîne en longueur, donnant l’impression d’un spectacle de grande ampleur, alors qu’il dure moins d’une heure et demie. Ce travers empêche d’être pleinement satisfait par cette production malgré tout remarquable.
Alors que Lino Ventura nétait véritablement connu du grand public que depuis une année, grâce notamment, au Gorille vous salue bien et au Fauve est lâché, certains critiques craignaient pour lacteur quil ne quitte plus jamais ses personnages de « brute dégénérée ». Heureusement, lacteur dirigea ensuite sa carrière de manière exemplaire, devenant parfaitement éclectique.
Dans un Témoin dans la ville, Ventura campe un homme ayant loupé de justesse un crime parfait, seul un taximen (Franco Fabrizi, vu dans I Vitelloni, Le Petit baigneur et Lhomme-orchestre) apparaissant comme lunique témoin de sa culpabilité. Prisonnier de cette situation, il sobstine à retrouver cet homme, qui songe plus à conquérir sa standardiste (Sandra Milo). Sen suit alors une chasse à lhomme classique, mais dont on ne se lasse jamais. Loccasion se présente alors de découvrir la vie nocture parisienne de la fin des années cinquante, si captivante.
Voitures, taxis, métro, le Jardin dAcclimatation: cet ensemble documentaliste régénère et offre un nouvel intérêt à cette histoire finalement simple. Si lon saperçoit que rien na fondamentalement changé dans le métro en un siècle, les premiers radio-taxi poussèrent à cette époque-là aux oubliettes les vieux (mais si charmants) indépendants fonctionnant encore au pifomètre, comme lun deux le précise si poétiquement dans le film.
Un parfum noir, nostalgique et agréable plane tout au long cette fiction, signée Edouard Molinaro, qui retrouvera Lino quatorze ans plus tard, dans Lemmerdeur.