Wheel good movie
Il faut le dire d’emblée : Mission Paradis fait plaisir. Il fait du bien. Il fait sourire, et il se permet quelques moments franchement drôles, voir improbables. Et surtout… il se moque.
Il se moque des handicapés - pardon, des personnes à mobilité réduite (parfois très réduite, pour l’un de nos trois héros) - mais jamais de leur handicap. Nuance essentielle, et grande réussite du film. Ici, on ne regarde pas des clichés, on regarde des personnes. - Qu'est-ce qu'on a fait au bon dieu ? si tu m'entends - Des personnes avec des désirs, des frustrations, des failles, et surtout une envie qui leur semble refusée depuis trop longtemps : le sexe.
Le film fait echo à un autre film, belge cette fois : Hasta la Vista (2011) de Geoffrey Enthoven car les deux s'inspirent de l’histoire vraie d’Asta Philpot, militant britannique handicapé, qui s’est battu pour le droit à la sexualité des personnes en situation de handicap et a raconté son propre voyage initiatique.
Sur ce postulat de départ, le film ose quelque chose de délicat : montrer que ces personnages peuvent aussi être des cons, des losers magnifiques, parfois odieux entre eux - et que oui, ils peuvent même se moquer du handicap de l’autre sans que cela ne déclenche un tribunal moral. Et ça aussi, ça fait du bien. Ca fait du bien de ne pas plaire à tout le monde, d’être imparfait, désagréable, ridicule, moqueur ou mesquin, sans être sanctuarisé.
Les trois acteurs se donnent la réplique avec une vraie complicité, mais mention spéciale à Grant Rosenmeyer, qui incarne Scotty. C’est le personnage le plus intéressant, le plus ambivalent, le plus travaillé. À la fois moteur du voyage, figure maladroite, parfois agaçante, parfois profondément émouvante. Jamais confortable, il est aussi irritant et drôle que mal dans sa peau.
Le réalisateur Richard Wong reste constamment juste, peut-être même un poil trop gentil au début. Le premier acte penche franchement vers la comédie, ce qui donne envie d’un peu plus d’acidité, d’un humour encore plus grinçant.
Mais progressivement, le film glisse. Il fait un autre choix. Là où l’on s’attend à une simple comédie potache, il bascule vers la comédie dramatique, sans forcer, sans appuyer. Les apparences tombent, les émotions refoulées émergent, les non-dits prennent de la place et le fantasme devient fragile, humain, parfois douloureux.
Et c’est là que Mission Paradis devient le plus touchant. Il réussit alors à être un feel-good movie sans misérabilisme, capable de nous emmener vers une conclusion qui mélange naturellement le rire, la gêne et l'émotion. La dernière scène, sans en dire trop, réussit cet équilibre parfait entre comédie et drame qui rappelle celle un peu similaire de Thunder Road de (et avec) Jim Cummings
Mission Paradis n’est pas révolutionnaire mais il est sincère, attachant, bienveillant sans être lisse, et surtout, il regarde ses personnages droit dans les yeux (surtout Mo). Un film qu’on regarde sans déplaisir, qui fait du bien, sans être creux et qui nous rappelle qu’on peut parler de sujets sensibles sans marcher sur des œufs, et que parfois, rire où il y a de la gêne, est une petite victoire.