The Menu est un thriller psychologique brillant, superbement réalisé et d'une profondeur inattendue. Avec des plans minutieusement conçus, chaque détail visuel semble réfléchi à la perfection, ce qui témoigne d’une maîtrise totale de la réalisation. Le film se démarque par sa capacité à capter l’attention sans jamais se laisser emporter par les artifices, créant une atmosphère tendue et intrigante du début à la fin.
L’histoire, qui tourne autour d’un dîner gastronomique exclusif, propose une critique acerbe de la société contemporaine, notamment à travers la lutte des classes. Mais au-delà de cela, le film explore des thèmes plus profonds, comme le mensonge de soi-même et la destruction de la beauté de la nature et de l'art
. Chaque personnage est obnubilé par quelque chose : le chef par la perfection, ses employés par l’idéal qu’il incarne.C’est une sorte de secte qui se forme autour de lui, et cette obsession collective est une métaphore de la manière dont l'humanité, aveuglée par ses propres désirs, détruit ce qui la dépasse.
Un aspect fascinant du film est la dynamique entre les personnages,
particulièrement le rôle de l'accompagnant de l'héroïne, un personnage totalement déjanté. Cet homme semble se moquer de tout, sauf de profiter du festin offert par le chef, même si cela implique de vivre des scènes grotesques, comme celle où il mange alors qu'un homme se fait couper un doigt. Il est venu au restaurant tout en sachant que tout le monde, même lui, aller mourir impliquant un degrés d folie très important. Ce personnage, avec sa folie et son cynisme, devient le miroir de cette société déconnectée, obsédée par ses besoins immédiats et sans souci des conséquences.
Le film, en dépit de son aspect thriller, se distingue par sa structure
. Au lieu de jouer sur le suspense de ce que les personnages cachent, il nous laisse rapidement savoir que tout le monde va mourir. L’enjeu n'est pas qui va mourir, mais comment et pourquoi. Cette sincérité vis-à-vis du spectateur est rafraîchissante et rend le film d’autant plus percutant. Des scènes comme le suicide du sous-chef arrivent de manière totalement inattendue, sans cri ni grandiose, mais frappent d'autant plus fort pour leur simplicité et leur vérité brute.
Un des grands atouts de The Menu est la qualité de ses acteurs. Chacun d'eux joue son rôle à la perfection, apportant une dimension supplémentaire à un film déjà riche en sous-entendus. Cela permet que l'évolution des personnages soient acceptés et pertinents
notamment à la fin où les clients ne s'opposant quasiment plus à la fatalité et répondant "oui chef" qui n'auraient pas eu le même impact avec des acteurs médiocres.
La musique et la réalisation complètent parfaitement l’atmosphère. La bande-son est choisie avec soin, soutenant le suspense et la tension croissante tout au long du film. La réalisation, quant à elle, est certes très millimétrée, parfois presque trop classique dans sa forme, mais elle sert parfaitement l’histoire, avec une gestion des plans qui rend chaque scène importante et significative.
Cependant, il y a quelques moments où l’on pourrait trouver certains passages un peu trop longs, mais ces petites longueurs n'altèrent en rien l'impact général du film. Le côté très méthodique de la réalisation peut, par moments, paraître un peu figé, mais cela reste dans la logique du film, qui aime jouer sur le contraste entre l'apparente tranquillité et la tension qui monte en silence.
Un aspect intéressant que le film aborde
est le lien entre la prostitution et la cuisine. L’héroïne, une prostituée, est un choix audacieux et rare qui invite à une réflexion sur les rôles sociaux et les rapports de pouvoir. Les personnages sont également présentés comme des "donneurs" et des "receveurs", ce qui ajoute une dimension supplémentaire à la critique sociale du film.
Le message final du film, bien qu’il soit cynique, pousse à la réflexion. La perte du plaisir de faire son art, comme dans le cas du chef qui se coupe de son propre processus créatif, est décrite comme une forme de mort de l’artiste, plus tragique que toute critique extérieure (le chef se pose la question "Qu'est qu'un artiste qui ne cherche plus à développer la beauté de son art ?). Ce thème est d’une grande pertinence dans un monde où l’art, la passion et l’humanité semblent de plus en plus remplacés par des impératifs de rentabilité et de perfection.
Enfin, la critique des « tueurs de la magie culinaire » – ceux qui connaissent la théorie mais pas la pratique – est violente, mais je ne suis pas d’accord avec ce point. La théorie et la pratique doivent pas être vues comme opposées, mais néanmoins, ce sont deux choses différentes impliquant des plaisirs différents. On peut aimer pratiquer quelques choses sans aimer la théorisée et inverse. Cependant, cela reste un angle de critique intéressant, qui pousse le spectateur à interroger ses propres rapports à l'art et à la créativité.
En conclusion, The Menu est un thriller percutant, surprenant et d’une grande richesse. La critique sociale est habilement tissée à travers un humour noir et des scènes choquantes, le tout soutenu par une réalisation impeccable et des performances exceptionnelles. Bien que parfois classique dans sa structure, le film parvient à surprendre et à captiver, et offre une réflexion profonde sur l’humanité, la création et la société. Un excellent film, que j’aurais aimé voir sur grand écran, et qui mérite amplement d’être vu.