Avis : Dans un jardin qu'on dirait éternel - Page 6
Dans un jardin qu'on dirait éternel
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Un visiteur
4,5
Publiée le 24 septembre 2020
Quel bonheur de participer à ce cérémonial du thé. Quel beau film pour qui veulent admirer cet art jouet avec beaucoup de finesse. Ce n'est certes pas un film d'action mais la beauté des gestes et la réflexion sur le sens de cet art permet de passer un magnifique moment.
Le film est souvent décrit comme une oeuvre ayant peu d'inter narratif mais célébrant les saisons et le wabi subi japonais. Il est vrai qu'il est d'une grande beauté visuelle et sonore, que les acteurs sont talentueux, mais derrière le "chaque jour est un beau jour" se tient une pensée profonde quant à la perte et aux choix que l'on fait dans l'existence. Magnifique.
Fan de cinéma japonais, j'appréhendais la sortie de ce film au vu de la bande annonce et du sujet. Il est vrai qu'on peut craindre le pire : on comprend assez vite que le film sera rythmé par les séances de cours de thé. Heureusement, même si le dispositif est usé jusqu'à la corde au terme du film, on ne note aucune répétition. En effet, le réalisateur déjoue la monotonie propice au sujet et sait alterner scènes drôles, scènes tendues et scènes riches en émotion dans la même pièce et pour les mêmes circonstances. Le film se veut une chronique de vie et s'étale ainsi sur deux décennies. Certes, il y a un petit problème de maquillage pour voir le temps passer sur le visage des trois héroïnes et on peine à croire que Maître Takeda vive aussi longtemps quand on voit ce qui arrive au père de l'héroïne. En choisissant de ne pas se reposer sur un scénario en béton mais d'étudier une société et une tranche de vie, Tatsushi Ômori n'évite pas certaines longueurs, surtout un passage assez mou et vain avant les scènes qui clôturent le film.
Néanmoins, Ômori réussit de nombreux paris. Le premier consiste à nous intéresser à ces traditions de cérémonie de thé, en partie grâce aux trois héroïnes. On se prend à rire aussi bien de la maladresse de départ des deux jeunes élèves que du caractère strict de l'enseignement avec des règles absolument grotesques et peu pratiques. Les réactions de Maitre Takeda face aux erreurs des deux jeunes femmes sont imprévisibles tant les gestes que font les élèves nous sont inconnus. Il y a donc une vraie attention demandée au spectateur par rapport aux gestes des élèves et aux réactions de l'enseignante. On est alors captivé par la précision des gestes, on ressent aisément la tension. Ômori a d'ailleurs la bonne idée de filmer ses scènes en coupant toute musique, tout son extérieur. Le spectateur est ainsi pleinement concentré sur la cérémonie de thé. L'absurdité de la rigueur de cette cérémonie est mentionnée lors de scènes anodines mais savoureuses (utilisation des bols une fois tous les douze ans, place de l'invitée) qui donnent lieu à quelques rires. C'est d'ailleurs la force du film : réussir à nous captiver pour des gestes en apparence peu intéressants si bien que le spectateur vers la fin du film devine les erreurs et précède les remarques de Maitre Takeda mais aussi infuser de l'humour dans une situation très sérieuse.
Le film questionne subtilement les traditions à travers un conflit léger de génération : les deux élèves veulent comprendre pourquoi la cérémonie se déroule de telle manière tandis que leur enseignante ne s'est jamais posée la question et parait toute embarrassée. Le réalisateur a le recul nécessaire pour décrire et en même temps faire réagir le spectateur sur des détails quelque peu ridicules : comment plier une serviette ou la déplier, la ranger dans telle partie de son vêtement... Les rires nerveux fusent dans la salle. Ômori opte pour une mise en scène qu'on peut qualifier "japonaise" : il y a une infinie douceur dans le cadrage, l’enchaînement des plans, les choix de lumière. Les costumes varient souvent et sont tout bonnement magnifiques. La précision apportée au son est remarquable et intensifie la tension lors des cérémonies de thé. Ômori s'adapte très bien à son environnement et sait filmer le lieu quasiment unique de l'action. Sa caméra occupe très bien cet espace sans pour autant nous faire ressentir être en face d'un huis clos.
Ce que Ômori cherche à faire c'est aussi étudier le temps qui passe : les errances de l'héroïne en termes romantiques et professionnels sont bien retranscrites et on ressent très bien le soulagement qu'elle peut éprouver à l'idée qu'elle peut se rattacher à ce cours tel un rituel. Ce cours l'empêche de mûrir et en même temps la fait grandir. On la sent stagner en dehors de ces cours et pourtant elle évolue bien. La parte d'un être cher au milieu du film va avoir des conséquences : peur de perdre Maître Takeda à son tour, peur de ne plus avoir cette bouée de secours que sont les cours de thé. Le réalisateur a la bonne idée de changer de regard : l'héroïne va peu à peu passer d'élève à maîtresse ou en tout cas conseillère. Ainsi, on rit d'elle au début du film, on rit avec elle vers la fin face à des élèves d'une maladresse incroyable. Les fous rires sont alors garantis. Puis vient le temps où elle se remet à faire des erreurs voire à les accumuler. La relation entre les deux cousines est aussi très belle et doit beaucoup aux deux actrices toujours justes et au jeu très riche.
Un jardin qu'on dirait éternel est un Paradis, où le Temps est un cycle répétitif de saisons, où les gestes sont répétitifs, où les questions ne trouvent pas de réponse. Jardin "suspendu" et utopique, contenant d'éléments poétiques en équilibre entre eux, rassurants. Un moment fraîche suivi d'un moment tendre, suivi d'un moment où même le rire est léger. A vivre comme un temps de repos mentale, comme une méditation, comme un ressourcement...apportez des bonbons, ce sera encore plus doux!
Dans un jardin que l’on dirait éternel : on aurait difficilement trouvé un meilleur titre pour ce film de Tatsushi Ōmori d’après le livre de Noriko Morishita.
On se sent bien dans cette maison et ce jardin hors du temps. Très vite la vue des pylônes et le bruit de la ville nous devient insupportable et on aspire à retourner dans ce havre de paix où chaque geste, anodin au premier abord, devient essentiel, où l’on prend plaisir à écouter la pluie tomber et à voir l’eau qui coule.
On s’attache fortement et facilement au personnage de Noriko (Haru Kuroki), on partage avec elle ses peines et ses frustrations dans l’apprentissage de cet art complexe mais aussi sa fierté et sa quiétude dans la réussite. Les remarques de Maitre Takeda (Kirin Kiki) nous touchent personnellement et son approbation nous fait du bien. Ces émotions on les retrouvera dans sa relation à ses parents et à sa cousine Michiko (Mikako Tabe) et plus généralement dans sa vie en dehors de son apprentissage.
On finit par sortir de la salle apaisé, tranquille, en ayant envie de prendre le temps de regarder tomber les feuilles des arbres, état qui durera jusqu’à devoir esquiver un scooter uber sur le trottoir.
Une véritable célébration du thé. Ce film japonais nous transporte, à travers une réalisation simple, une musique envoûtante et une Kirin Kiki pleine de sagesse, dans la célébration de la vie. La vie n'est qu'éphémère, mais belle, et le moment présent est à vivre pleinement, constamment. Chaque chose est un commencement, la vie est un long cheminement. Voilà ce que nous apprend ce film, simple, mais beau, et doté d'une profonde sagesse.
Ce film est splendide! Au delà de la cérémonie du thé, c'est une leçon de vie que nous offre ce film, qui n'ayons pas peur des mots, est un chef d'œuvre.
Loin du tumulte et de l'agitation, voici un film qui se déguste comme une tasse de thé brûlante ! Il faut accepter de prendre son temps et de se laisser porter par ce film qui se déroule comme un long poème. Un poème qui donne tout son sens à la vie et qui nous remplit de sagesse. Un film rare porté par des actrices magnifiques
Attention, merveille ! Le cérémonial du thé dans toute sa lenteur, tous ses rituels, et finalement sa densité, sa profondeur. Ce cérémonial que l'on met des années à intégrer, et qui peut nous sembler si réglé, si conventionnel, qu'il en deviendrait presque vide. Et bien non, ici, c'est le plein qui nous est offert ! Apprendre des gestes, des règles et des routines pour finalement s'en affranchir et savoir s'inscrire pleinement dans cet instant présent. Un morceau d'éternité. À ne pas manquer !
Un très beau film, sur le temps, la patience, la vie et le sens de la vie. Tout cela en ne nous parlant que de l’apprentissage de la cérémonie du thé. Et du coup je pense avoir compris ce que représente cette cérémonie que l’on peut appliquer à tous les actes de la vie quotidienne, cette approche qui est totalement celle de la philosophie zen me semble-t-il, et qui imprègne l’art japonais que j’ai eu l’occasion de voir. On comprend aussi ce qu’est le véritable apprentissage quand, sans prétention intellectuelle, on ne cherche pas à comprendre mais qu’on fait confiance aux mains pour agir. Un film donc hors du commun montrant un chemin spirituel qui ne dit jamais son nom. On fait confiance à l’esprit pour apprécier !
Un vrai moment de sérénité et de simplicité. Très belle interprétation, on en sort grandi, si toutefois on adhère à cette philosophie. Mais peut on faire autrement ?