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JoCOU
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4,5
Publiée le 30 juin 2022
Tout est dit dans les différents commentaires. ( par contre,si lesdits commentateurs pouvait juste nous épargner de nous présenter systématiquement le synopsis, chacun rivalisant dans des styles littéraires + ou - moins ampoulés façon Le Masque et La Plume, que l'on peut lire par nous-mêmes partout ). Venons-en aux faits: la délicatesse avec laquelle le sujet est traité, la délicatesse des personnages, même les personnages masculins, les deux seuls dans le film, Fran et Santiago, ne sont pas présentés comme les habituels archétypes machos prédateurs sexuels abusant de la faiblesse féminine. Tout a donc été dit dans les autres comm. Juste un commentaire pour le plaisir d'attribuer 4,5 étoiles à cette première oeuvre, dont la grâce nous extrait l'espace d'1h45 hors du temps.
Cette proposition venue du Costa Rica offre une itération pourtant inédite de la question du poids des conventions sociale ou religieuses qui peuvent plomber destins individuels ou progressions collectives. Mais grâce à son approche singulière, il parvient à mon sens à poser un regard neuf sur ce thème maintes fois abordé dans le cinéma ou la littérature.
Dans une région reculée du Costa Rica, vit dans une petite communauté rurale Clara Sola, cette femme nous apparait très vite comme une femme qui est atteinte de troubles, qui s'ils ne sont jamais clairement identifiés, sont définitivement inscrits dans la sphère des troubles autistiques. Elle a du mal à établir des relations sociales normées, elle développe des sensibilités particulières vis à vis des animaux ou de la nature, son quotidien est réglé avec par exemple des rubans violets accrochés aux arbres autour de chez elle, par les membres de sa famille sensés lui indiquer les limites, les frontières qu'elle ne doit pas dépasser.
Cette différence, que le film ne cherche jamais à inscrire dans une volonté de susciter la compassion, est traitée via les autres membres de cette communauté, dont le noyau familial se compose exclusivement des autres femmes de la famille de Clara, sa grand-mère, une cousine et le petit ami de cette dernière. Comment cet handicap est il perçu et accepté dans un milieu rural, peu lettré, pétri de croyances qui dans syncrétisme mêlent foi chrétienne et dogme païens.
La grand-mère de Clara est persuadée que sa petite fille est différente parce qu'elle a été touchée par la grâce divine et qu'elle peut accomplir des miracles, à condition cependant de rester vierge. Elle organise donc chez elle, des cérémonies, des rituels où viennent prier guérisons et autres miracles les voisins persuadés eux aussi que cette femme étrange incarne une transfiguration divine et miraculeuse, la vierge Marie redescendue sur terre, dans ce village, pour eux et leur salut.
Evidemment cette situation s'accompagne d'une suite de règles que Clara doit suivre, j'ai déjà évoqué les limites qui lui sont posées par les rubans violets, mais on peut aussi évoquer le fait qu'il lui est interdit de se baigner dans la rivière voisine, au dessus des genoux. Pourquoi ? On ne sait pas. Le film ne tranche jamais entre l'idée que le handicap de Clara oblige sa grand-mère à fixer ces restrictions pour sa sécurité ou si ces restrictions obéissent aux rituels qu'elle a imaginé pour organiser, marchander les capacités prétendument miraculeuses de Clara. Toujours ce mélange systémique propre aux communautés latino américaines où beaucoup de rites empruntent à la chrétienté et aux anciennes religions précolombiennes.
Pour le spectateur qui est invité à suivre la vie de cette femme s'installe une sensation d'embarras, de gène. On ressent la chape de plomb sous laquelle est maintenue Clara par ses proches et l'absence des hommes questionne sur la notion de sororité ou sur cette idée pourtant répandue en occident d'une forme de solidarité féminine. Ici cette solidarité et ce soutien est tous simplement absent, pire ce sont les femmes qui reproduisent, consciemment ou pas, les entraves du patriarcat. Ce retournement des stigmates ouvre à la réflexion et répond de façon assez troublante à l'idée que ce patriarcat n'est pas l'apanage de l'homme mais le résultat et la somme de siècles d'habitus sociétaux. J'ai trouvé ça vertigineux et l'intelligence du film réside dans le fait que malgré ce positionnement le film reste fondamentalement féministe, mais un féminisme qui n'absout pas toutes les femmes et ne condamne pas tous les hommes.
La figure de l'homme va ici s'incarner dans le personnage de Santiago, le petit ami de la cousine de Clara. Un lien fort se crée entre eux, Santiago ressent que cette femme a besoin d'une forme d'émancipation, et il va l'y aider, l'accompagner dans ses relations aux autres, lui faire découvrir les notions de plaisir, l'inciter à outrepasser les limites fixées, lui apprendre la vie des gens normaux et cette relation très émouvante n'est basée que sur le respect de Santiago. Jamais il ne profite de la situation, toujours il sait poser les limites à Clara entre ce qu'elle peut faire et ne pas faire, notamment quand apparaissent les questions de la sexualité de Clara, qui agissant sans les filtres habituels des personnes normales, a un comportement qui aurait pu pousser cet homme à en profiter de façon odieuse.
C'est un film extrêmement sensitif, dont l'action aux plus proches d'une nature, vient l'inscrire dans un rythme à la fois contemplatif mais aussi d'une violence latente. Tout comme les plantes vénéneuses distillent leurs poisons sans bruits, ni fureur, l'oppression qui préside à la vie de Clara se fait dans le calme des cérémonies, des croyances des diktats sociétaux.
Une très bonne surprise qui regorge de biens d'autres qualités que je vous enjoins à découvrir de vous même.
Film absolument bouleversant et magnifique.Il m'a retourné par sa force,son immensité.A voir ! Ce film qui est du pur art, c'est une véritable expérience de le voir.
Film surprenant, loin du film du monde social, emprunté de réalisme magique, Clara Sola s'attarde sur le parcours d'une femme prise en étau entre la religion et son désir qu'on lui interdit. L'histoire d'une rébellion, poétique, magique. Un pur moment de cinéma, venu tout droit du Costa Rica.
C’était pas mal mais franchement pas plus que ça. Je n’ai pas très bien compris la fin et le déroulement de l’histoire était assez monotone. Il aurait fallu une fin plus captivante !
Magnifique film : ressourçant, et poignant. Une force de la nature. L'actrice principale dans son premier rôle est grandiose ! À voir absolument. Eco féminisme, quête spirituelle et sexuelle.