Les Oscars se rapprochent de plus en plus, et on commence à sérieusement le sentir dans nos sorties cinéma. Après David O. Russell, c'est au tour de James Gray de s'inviter sur nos écrans, trois ans après un Ad Astra plutôt moyen. Avec Armageddon Time, il signe ici son film le plus personnel.
Le réalisateur nous offre plusieurs histoires dans ce long-métrage : celle de l'amitié entre deux enfants d'une catégorie sociale et d'une couleur de peau différentes, celle de l'Amérique des années 1980, celle d'un choix entre un rêve personnel et une famille, etc. Les personnages qui donnent vie à ces histoires sont admirablement bien interprétés. Je ne vais pas tous les cités, je retiendrai le protagoniste : Paul, un enfant insolent et naïf, deux caractéristiques qui en font un personnage unique. Encore jeune et frêle, ce gosse se pensant invincible fait face à une triste réalité, celle de l'Amérique des années 80. James Gray dépeint magnifiquement New York avec des teintes très froides et un ciel toujours couvert et gris, ce qui permet de bien faire ressortir le caractère comique plein de vie de notre duo de jeunes personnages accompagné par la géniale musique Rapper's Delight de Sugarhill Gang. J'aurai peut-être aimé plus de moments entre Paul et Johnny : je trouve qu'on ne les voient pas assez souvent ensemble pour qu'ils soient aussi solidaires. La vraie relation marquante du film reste celle entre Paul et son grand-père joué par Anthony Hopkins, puisqu'on y découvre le vrai visage de Paul : un enfant plein de questions et d'états d'âme. En outre, il y a certains choix de montage que j'ai adoré,
notamment quand Johnny est dans le magasin de l'informaticien : Paul, en observant son ami, s'imagine déjà en haut de l'affiche, lui dessinateur et Johnny astronaute. Le réalisateur nous partage spontanément l'espoir de ce jeune, ce qui va nous faire sentir d'autant plus mal quand cette espoir va être réduit en miette quelques secondes plus tard.
Pour conclure, j'émet un petit bémol sur le père de Paul, Irving, interprété par Jeremy Strong, qui au début du film
passe pour une victime lors du premier repas de famille et qui va devenir un père ultra-violent avec une scène digne de Kubrick dans Shining par la suite :
j'ai trouvé le changement de caractère beaucoup trop brutal pour y croire.
James Gray réalise sans aucun doute l'un de ses meilleurs films. Comme souvent, la période entre novembre et février au cinéma est celle que je préfère car on retrouve les long-métrages qui batailleront pour le titre ultime au mois de mars. J'attends désormais avec impatience ce que nous proposerons James Cameron, Damien Chazelle, Steven Spielberg et tous les autres.