Tous les assassinats liés à la politique sont condamnés à éternellement rester flous. Mais pour ce qui est de celui d'Enrico Mattei, si j'ose dire, on bat des records. Le magnat des hydrocarbures italien est mort en 1962, des dizaines de questions demeurent encore. Quelle est la cause de l'accident d'avion ? On parle d'une bombe qui était placée dedans, mais rien ne l'a jamais prouvé. On peut alors penser à un sabotage des commandes, mais rien n'a été prouvé non plus. Et surtout, pourquoi cet assassinat, et par qui ? Tant d'hypothèses ont circulé pendant de nombreuses années. De par sa politique, Mattei portait atteinte aux intérêts pétroliers de certains pays autrement plus puissants que l'Italie à cette époque. Sans oublier ses accointances avec certains ennemis d'État. Raisons pour lesquelles 4 potentiels exécutants ont été ciblés : la Cosa Nostra américaine, la CIA, l'OAS et les Services Secrets Français. Tout ceci est didactique, j'en conviens, mais le cas Mattei est un truc tellement énorme qu'il convient de faire des rappels. Palme d'Or en 1972, pour un film hautement politique. En ce qui me concerne, je n'ai aucun souci avec le cinéma politiquement engagé (au contraire, il me fascine) ce que je n'aime pas, c'est lorsqu'il sombre dans un discours extrémiste de droite ou de gauche et qu'il ne l'assume pas. Pour ce qui est de cette "Affaire Mattei", Francesco Rosi oblige, on penche à gauche. Mais sans extrémisme, justement. Ce qui est important n'est pas de savoir comment tout cela va se terminer, puisqu'on le sait déjà à l'avance. Ce qui compte, c'est de dresser un portrait du mec à qui on a à faire. Et là, c'est très fort. Parce que tu sens tout de suite que Rosi a vraiment bûché sur les informations dont il disposait. Il lui manquait forcément les plus importantes, c'est notre lot à tous, mais ce qu'il avait sous la main permettait déjà de voir nettement plus clair. Il est aussi bien aidé dans sa tache par le grand Gian Maria Volonté qui, comme à son habitude, ne fait qu'un avec le personnage qu'il a à jouer. On aurait vite fait de le confondre avec le vrai Mattei. Ce qui est aussi intéressant, c'est que parfois, le film prend carrément des allures de documentaire, lorsque sont recueillis les témoignages de fermiers, de policiers, de journalistes ou autres. Ça n'est que mon point de vue bien sûr, mais je le défends depuis longtemps : je reste persuadé dur comme fer que seules les années 70 ont été en mesure d'offrir au public un cinéma politique de qualité, quel que fut son engagement.