Je lis une critique qui affirme qu'on n'apprend rien et qu'on n'y réfléchit à rien, dans ce film, comme si le but de l'art était d'instruire ou d'être un prétexte à la réflexion. Si vous voulez vous instruire sur la révolution qu'a été le parlant, lisez un bon ouvrage sur la question, il n'en manque pas.
Ce film-là nous montre la fin d'un monde et cherche à créer une émotion esthétique. On peut ne pas y être sensible, mais il ne faut pas accuser le film de ne pas être un ouvrage documentaire ou théorique. Les tableaux qu'il nous offre à considérer sont tous excessifs, démesurés. Il cherche à nous infuser la passion du cinéma comme La La Land cherchait à nous infuser la passion du jazz. Recherche des plans, des couleurs, du mouvement, du rythme, Damien Chazelle semble vouloir étourdir son spectateur. Évidemment, il y a quelque chose d'adolescent, qui touche au ridicule, comme à chaque fois qu'on cherche à toucher au sublime.
On y voit ainsi le carnavalesque des années 20 mis sous le tapis. Avec le parlant, le cinéma s'offre une respectabilité de façade. Son Moi terrible, dans le blockhaus, est l'image de l'enfer, un freak show,
où tout le spectacle se résume à un homme qui mange des rats vivants
. Symbole cauchemardesque de l'hypocrisie.
C'est un film puéril, débraillé, facile, comme le sont les grandes œuvres. Mais l'émotion est là, ça fonctionne. Ce mélange shakespearien de farce grotesque et de tragique est ce qui ressemble le plus à la vie, et donc ce qui donne le plus l'impression d'assister à une métaphore de notre propre vie, de notre mortalité.
En ce sens, Babylon est une vanité, comme les tableaux que l'on nomme ainsi parce qu'ils expriment la vanité de notre vie. Mais c'est aussi un hommage à l'art en ce qu'il nous sauve, en ce qu'il offre une forme d'immortalité. Son titre l'annonce. Des mondes ensevelis, il ne restera que des images. Tout est factice, tout est simulé pour les produire, et pourtant il y a transcendance.