Film éblouissant, farcesque et tragique, sur la naissance du cinéma hollywoodien et le passage du muet au parlant.
Le film s'ouvre sur les années 1920 et sur un désert qui s'appelle Bel Air, et j'imagine qu'il faut comprendre qu'il s'agit de l'endroit qui est devenu depuis un des quartiers les plus connus et huppés de Los Angeles. On est saisis par l'impact de l'industrie du cinéma sur ce bout de Californie et sur le monde entier.
En jargon américain de cinéma, le "money shot" est la scène qui a coûté le plus cher et qui doit marquer les esprits. Il est conseillé de ne pas placer cette scène au début du film, car alors, tout le reste parait fade. Dans Babylon, il y a plusieurs "money shots" qui sont autant de scènes d'anthologie : 1. l'ouverture du film, associant préparation d'une fête avec accessoires inattendus, la fête orgiaque elle-même ; 2. la scène suivante dans le désert avec divers tournages en même temps et diverses formations de musiciens sur place, car bien sûr, nous sommes en 1926, et c'est l'âge d'or du muet avec musique ; 3. Vers la fin du film, une scène de fête infernale dans ce qu'un personnage dégénéré joué par Tobey Mcguire appelle "le trou du cul de Los Angeles" et c'est un peu l'envers de la première fête, l'envers du décor.
La musique est extraordinaire. Nous entendons notamment des formations de jazz qui accompagnent la fête d'ouverture et divers spectacles. Les musiciens sont noirs et ce sont les seuls noirs de cet univers. La musique de la fête d'ouverture du film est susceptible de nous mettre en transe. Damien Chazelle aime la musique et il l'a déjà prouvé avec Lalaland et Whiplash.
Les actrices et acteurs sont phénoménaux : Margot Robbie crève l'écran, comme on dit ; Li Jun Li est une actrice chinoise magnétique ; Jean Smart (je crois) joue une journaliste de ragots de cinéma, ambigue ; et l'actrice qui joue une metteuse en scène est super aussi mais je ne sais pas qui c'est... Chez les garçons, nous avons Diego Calva, qui joue à merveille l'ingénu et le rôle du fil directeur à travers le temps ; Jovan Adepo, le musicien virtuose noir humilié et digne ; et bien sûr Brad Pitt, dans ce qui pourrait être en réalité son propre rôle, celui d'une super-star d'une époque du cinéma à qui tout ne réussit pas finalement.
J'ai aimé le côté farce assumé du film et j'ai franchement ri à plusieurs reprises lors de scènes outrancières que je ne décrirai pas car alors mon laïus sera bloqué pour cause de spoilage, et ça, on ne le veut pas.
J'ai admiré les scènes d'ampleur évoquées ci-dessus. J'ai apprécié l'hommage rendu au cinéma, à ses artisans, à ses branquignols, à ceux qui lui ont littéralement donné leur corps, et certainement à un personnage discret mais bien présent que nous appellerons "la magie du cinéma". C'est elle qui convoque le grandiose, la chance et l'émotion alors que l'acteur principal est complètement saoul et ne tient pas sur ses jambes, par exemple, ou encore qui fait briller comme des papillons devant la lumière des personnages éphémères et auto-destructeurs car complètement détruits par la vie. Et c'est tragique en fait, mais les spectateurs ne le savent pas, fascinés qu'ils sont eux aussi par la lumière qui les fait rêver.