Note moyenne
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Un film complètement fou, débordant dans tous les sens, parfois trop, mais c’est aussi pour ça qu’il emporte. Il y a des scènes hallucinantes, une énergie rare, un vrai vertige de cinéma. Tout n’est pas subtil, loin de là, mais franchement quel plaisir de voir un film aussi vivant, aussi excessif, aussi amoureux de son propre chaos.
Film éblouissant, farcesque et tragique, sur la naissance du cinéma hollywoodien et le passage du muet au parlant.
Le film s'ouvre sur les années 1920 et sur un désert qui s'appelle Bel Air, et j'imagine qu'il faut comprendre qu'il s'agit de l'endroit qui est devenu depuis un des quartiers les plus connus et huppés de Los Angeles. On est saisis par l'impact de l'industrie du cinéma sur ce bout de Californie et sur le monde entier.
En jargon américain de cinéma, le "money shot" est la scène qui a coûté le plus cher et qui doit marquer les esprits. Il est conseillé de ne pas placer cette scène au début du film, car alors, tout le reste parait fade. Dans Babylon, il y a plusieurs "money shots" qui sont autant de scènes d'anthologie : 1. l'ouverture du film, associant préparation d'une fête avec accessoires inattendus, la fête orgiaque elle-même ; 2. la scène suivante dans le désert avec divers tournages en même temps et diverses formations de musiciens sur place, car bien sûr, nous sommes en 1926, et c'est l'âge d'or du muet avec musique ; 3. Vers la fin du film, une scène de fête infernale dans ce qu'un personnage dégénéré joué par Tobey Mcguire appelle "le trou du cul de Los Angeles" et c'est un peu l'envers de la première fête, l'envers du décor.
La musique est extraordinaire. Nous entendons notamment des formations de jazz qui accompagnent la fête d'ouverture et divers spectacles. Les musiciens sont noirs et ce sont les seuls noirs de cet univers. La musique de la fête d'ouverture du film est susceptible de nous mettre en transe. Damien Chazelle aime la musique et il l'a déjà prouvé avec Lalaland et Whiplash.
Les actrices et acteurs sont phénoménaux : Margot Robbie crève l'écran, comme on dit ; Li Jun Li est une actrice chinoise magnétique ; Jean Smart (je crois) joue une journaliste de ragots de cinéma, ambigue ; et l'actrice qui joue une metteuse en scène est super aussi mais je ne sais pas qui c'est... Chez les garçons, nous avons Diego Calva, qui joue à merveille l'ingénu et le rôle du fil directeur à travers le temps ; Jovan Adepo, le musicien virtuose noir humilié et digne ; et bien sûr Brad Pitt, dans ce qui pourrait être en réalité son propre rôle, celui d'une super-star d'une époque du cinéma à qui tout ne réussit pas finalement.
J'ai aimé le côté farce assumé du film et j'ai franchement ri à plusieurs reprises lors de scènes outrancières que je ne décrirai pas car alors mon laïus sera bloqué pour cause de spoilage, et ça, on ne le veut pas.
J'ai admiré les scènes d'ampleur évoquées ci-dessus. J'ai apprécié l'hommage rendu au cinéma, à ses artisans, à ses branquignols, à ceux qui lui ont littéralement donné leur corps, et certainement à un personnage discret mais bien présent que nous appellerons "la magie du cinéma". C'est elle qui convoque le grandiose, la chance et l'émotion alors que l'acteur principal est complètement saoul et ne tient pas sur ses jambes, par exemple, ou encore qui fait briller comme des papillons devant la lumière des personnages éphémères et auto-destructeurs car complètement détruits par la vie. Et c'est tragique en fait, mais les spectateurs ne le savent pas, fascinés qu'ils sont eux aussi par la lumière qui les fait rêver.
Le film s'ouvre sur les années 1920 et sur un désert qui s'appelle Bel Air, et j'imagine qu'il faut comprendre qu'il s'agit de l'endroit qui est devenu depuis un des quartiers les plus connus et huppés de Los Angeles. On est saisis par l'impact de l'industrie du cinéma sur ce bout de Californie et sur le monde entier.
En jargon américain de cinéma, le "money shot" est la scène qui a coûté le plus cher et qui doit marquer les esprits. Il est conseillé de ne pas placer cette scène au début du film, car alors, tout le reste parait fade. Dans Babylon, il y a plusieurs "money shots" qui sont autant de scènes d'anthologie : 1. l'ouverture du film, associant préparation d'une fête avec accessoires inattendus, la fête orgiaque elle-même ; 2. la scène suivante dans le désert avec divers tournages en même temps et diverses formations de musiciens sur place, car bien sûr, nous sommes en 1926, et c'est l'âge d'or du muet avec musique ; 3. Vers la fin du film, une scène de fête infernale dans ce qu'un personnage dégénéré joué par Tobey Mcguire appelle "le trou du cul de Los Angeles" et c'est un peu l'envers de la première fête, l'envers du décor.
La musique est extraordinaire. Nous entendons notamment des formations de jazz qui accompagnent la fête d'ouverture et divers spectacles. Les musiciens sont noirs et ce sont les seuls noirs de cet univers. La musique de la fête d'ouverture du film est susceptible de nous mettre en transe. Damien Chazelle aime la musique et il l'a déjà prouvé avec Lalaland et Whiplash.
Les actrices et acteurs sont phénoménaux : Margot Robbie crève l'écran, comme on dit ; Li Jun Li est une actrice chinoise magnétique ; Jean Smart (je crois) joue une journaliste de ragots de cinéma, ambigue ; et l'actrice qui joue une metteuse en scène est super aussi mais je ne sais pas qui c'est... Chez les garçons, nous avons Diego Calva, qui joue à merveille l'ingénu et le rôle du fil directeur à travers le temps ; Jovan Adepo, le musicien virtuose noir humilié et digne ; et bien sûr Brad Pitt, dans ce qui pourrait être en réalité son propre rôle, celui d'une super-star d'une époque du cinéma à qui tout ne réussit pas finalement.
J'ai aimé le côté farce assumé du film et j'ai franchement ri à plusieurs reprises lors de scènes outrancières que je ne décrirai pas car alors mon laïus sera bloqué pour cause de spoilage, et ça, on ne le veut pas.
J'ai admiré les scènes d'ampleur évoquées ci-dessus. J'ai apprécié l'hommage rendu au cinéma, à ses artisans, à ses branquignols, à ceux qui lui ont littéralement donné leur corps, et certainement à un personnage discret mais bien présent que nous appellerons "la magie du cinéma". C'est elle qui convoque le grandiose, la chance et l'émotion alors que l'acteur principal est complètement saoul et ne tient pas sur ses jambes, par exemple, ou encore qui fait briller comme des papillons devant la lumière des personnages éphémères et auto-destructeurs car complètement détruits par la vie. Et c'est tragique en fait, mais les spectateurs ne le savent pas, fascinés qu'ils sont eux aussi par la lumière qui les fait rêver.
Comment se film peut-il avoir autant de bonnes notes avec un scénario et une réalisation aussi mauvaise !?
Ne cherchez rien dans ce film, il n'y a rien a trouvé. Ni amusement, ni histoire, ni intrigue.
Ne cherchez rien dans ce film, il n'y a rien a trouvé. Ni amusement, ni histoire, ni intrigue.
Rejet, attrait, le moins qu'on puisse dire, c'est que dans le grand huit qu'était Hollywood dans les années 20 charrie dans ce métrage ces deux sentiments contradictoires.
Rejet de par le choix de démesure de Chazelle avec sa caméra qui virevolte autour de personnages "bigger than life" malgré la trajectoire couru d'avance. Tous les autres postes techniques sont à l'unisson pour alimenter cette folie bien sûr.
Attrait car après tout, il y a une cohérence et une mise en scène comme on n'a pu trop l'occasion d'en voir souvent. Et parce que les 10 dernières minutes sont des plus somptueuses et met en évidence le pourquoi de ce qu'on a vu.
Quelques jours après l'avoir vu, il en reste quelque chose et on peut tenter l'expérience.
Rejet de par le choix de démesure de Chazelle avec sa caméra qui virevolte autour de personnages "bigger than life" malgré la trajectoire couru d'avance. Tous les autres postes techniques sont à l'unisson pour alimenter cette folie bien sûr.
Attrait car après tout, il y a une cohérence et une mise en scène comme on n'a pu trop l'occasion d'en voir souvent. Et parce que les 10 dernières minutes sont des plus somptueuses et met en évidence le pourquoi de ce qu'on a vu.
Quelques jours après l'avoir vu, il en reste quelque chose et on peut tenter l'expérience.
Ça part dans tous les sens, la fin est bancale au possible.
Jeu d’acteur au top par contre.
Cela semble bien dépeindre les débuts d’Hollywood mais certains diront que c’est un peu abusé…
Jeu d’acteur au top par contre.
Cela semble bien dépeindre les débuts d’Hollywood mais certains diront que c’est un peu abusé…
J’ai encore en mémoire ma réaction à la fin de la première séance. La bouche grande ouverte, la tête dans les mains, aucun mot pendant 20 minutes.
Mais encore aujourd’hui, Babylon c’est toujours aussi dingue, fait pour les gens du cinéma, par des gens de cinéma.
Dans mes veines jusqu’à très longtemps.
Mais encore aujourd’hui, Babylon c’est toujours aussi dingue, fait pour les gens du cinéma, par des gens de cinéma.
Dans mes veines jusqu’à très longtemps.
Tout est grandiose et flashy
Les ingrédients sont là, le résultat reste très superficiel et sans réelles émotions
Les ingrédients sont là, le résultat reste très superficiel et sans réelles émotions
Film très agréable à voir, qui nous montre le passage du cinéma muet au cinéma parlant. Ce film devrait plaire à tout passionné du cinéma comme il a pu me plaire
De plus on peut voir les difficultés que peuvent rencontrer toutes les personnes qui travail sur un film que ça soit les acteurs ou le staff dans les coulisses
De plus on peut voir les difficultés que peuvent rencontrer toutes les personnes qui travail sur un film que ça soit les acteurs ou le staff dans les coulisses
Peu subtil. Je n’ai pas aimé ce film.
Déjà les costumes sont anachroniques. Surtout ceux de Margot Robbie, loin des starlettes même les plus déjantées de l’époque, dans des tenues qui font plus actrice porno bas de gamme qu’autre chose.
Ensuite j’ai trouvé le propos simpliste. Le « message » nous est montré, dit par les personnages, et on appuie encore dessus à la toute fin avec les scènes dans le cinéma et devant les studios. « Vous avez souffert lài vous avez oeuvré pour quelque-chose de plus grand que vous : le cinéma. » OK.
Lisez plutôt « Hollywood Babylon » pour de vraies anecdotes sur ceux qui sont les personnages de ce film.
Déjà les costumes sont anachroniques. Surtout ceux de Margot Robbie, loin des starlettes même les plus déjantées de l’époque, dans des tenues qui font plus actrice porno bas de gamme qu’autre chose.
Ensuite j’ai trouvé le propos simpliste. Le « message » nous est montré, dit par les personnages, et on appuie encore dessus à la toute fin avec les scènes dans le cinéma et devant les studios. « Vous avez souffert lài vous avez oeuvré pour quelque-chose de plus grand que vous : le cinéma. » OK.
Lisez plutôt « Hollywood Babylon » pour de vraies anecdotes sur ceux qui sont les personnages de ce film.
Qui est le film ?
Si Chazelle avait jusqu’ici filmé la discipline, la trajectoire héroïque ou l’effort intime, il choisit ici la démesure, la coulée de boue et d’or. Il convoque l’âge d’or d’Hollywood pour la célébrer, autant que l’éprouver. Babylon est un film qui regarde la naissance du cinéma parlant, son système de valeurs, ses cadavres lumineux et ses survivants cabossés. Le spectateur n’y trouvera pas l’histoire du cinéma mais l’histoire chorégraphiée et extrapolée des corps qui l’ont alimenté.
Que cherche-t-il à dire ?
Chazelle semble poursuivre une intuition qu'Hollywood est une machine à fabriquer des rêves qui broient ceux qui les produisent. Le film, dans son chaos assumé, tente de cerner cette contradiction essentielle. La fête et son lendemain se confondent, l’ascension et l’effondrement partagent le même mouvement, comme si toute gloire contenait déjà sa chute. Le projet n’est donc pas de réhabiliter ou de condamner. Il est d’observer comment l’industrie du spectacle fait naître un monde en même temps qu’elle le dévore, comment elle transforme l’humain en icône, puis l’icône en oubli.
Par quels moyens ?
Après les premières séquences burlesques du transport de l'éléphant, le film s’ouvre dans une transe visuelle et sonore : foule, musique, sueur, drogue et folie. Ce déluge n’est pas une simple entrée tonitruante. Il fixe la grammaire du film. Babylon adopte une logique sensorielle qui dépasse la reconstitution historique pour toucher à une pulsation collective. En saturant l’image, il donne accès à ce que les archives n’expriment pas : le vertige, la puanteur, la chaleur, la confusion. Elle est la vérité nue d’un système où l’euphorie dévoile la hiérarchie, la compétition, la solitude. Les corps s'y consument dans un ballet où chacun tente de survivre symboliquement.
La fragmentation renforce l’idée d’une industrie qui avance par convulsions, jamais par logique continue. Le film refuse la progression classique. Il construit des micro-arches autour de personnages symboliques (acteurs montants, stars déclinantes, producteurs voraces, techniciens anonymes) et les met en miroir. Les personnages du film sont des figures-signes. La star déclinante, le jeune ambitieux, le musicien migrant, la comédienne autodidacte. Chazelle ne cherche pas la biographie complète. Il cherche le symbole incarné, le type humain qui condense un moment de l’histoire du cinéma. Ces figures permettent une lecture plus large : au-delà de leurs trajectoires individuelles, elles incarnent les forces qui traversent Hollywood, entre désir, opportunisme et effacement. Le récit s’orchestre en vignettes, fêtes et chutes, avec des ellipses qui tranchent l’histoire en événements-séquences. Cette structure reflète l’éphémérité même des succès : tout est acte, instant, headline. Chaque personnage existe comme une variation autour d’une même question : que reste-t-il de moi lorsque les projecteurs s’éteignent ou s'allument ?
La réussite la plus visible de Babylon est musicale : Hurwitz et Chazelle font de la bande sonore une colonne vertébrale (percussions, jazz, frénésie orchestrale) qui dicte le montage et la frénésie des acteurs. La caméra est chorégraphe, corps d’acolyte de la musique : travellings hédonistes, plans rapprochés qui claquent, inserts sur détails. Le son est souvent mixé en saturation volontaire : rires, claquements de verre, musique de fanfare se chevauchent pour produire une sensation de fête qui devient oppressante. Le montage, rapide et parfois brutal, crée des ruptures qui fonctionnent comme des saignées émotionnelles. La musique devient l’énergie qui fait tourner la machine Hollywood, comme si le cinéma se nourrissait du tempo qu’il impose.
Chazelle glisse régulièrement vers un registre grotesque, parfois burlesque, pour décrire la mécanique hollywoodienne. Un tournage dans le désert et le transport d'une bête tournent à la catastrophe, une scène de tournage se transforme en enfer sonore, un studio devient piège absurde. Cette comédie grinçante expose le décalage entre la production d’un rêve et la réalité de sa fabrication : un chaos perpétuel, parfois risible, parfois pathétique.
Babylon interroge frontalement la mémoire du cinéma. Les personnages qui ne passent pas au parlant disparaissent, ceux qui n’accèdent pas à la presse sont effacés, ceux qui perdent la faveur du public sont renvoyés dans les marges. Chazelle filme l’histoire comme une fabrique d’oublis. Les grands films sont célébrés mais leurs faiseurs sont oubliés. Le film montre clairement que la fête hollywoodienne s’appuie sur des mécanismes d’exploitation : corps vendus, carrières instrumentalises, humiliations déguisées en opportunités. La sexualité est marchandise et mise en spectacle.
Où me situer ?
Babylon fait partie de ces œuvres dont la profusion déborde toute tentative de commentaire. Son architecture semble prise d’un vertige permanent, un tourbillon de sons, de corps et d’images qui dépasse les mots et les rend presque insuffisants. On pourra certes lui reprocher la surenchère, l’essoufflement, l’ivresse forcée, mais cette démesure n’est pas un défaut capricieux : c’est le prix d’entrée pour éprouver cette sidération que le film recherche, cette sensation d’être emporté par un monde qui ne connaît ni pause ni pudeur.
Ce qui me touche surtout, c’est la manière dont Chazelle fuit le confort du jugement moral. Il ne sanctifie pas Hollywood, il ne le crucifie pas non plus. Il observe, avec une curiosité, la manière dont cette industrie avale, transforme, régurgite les vies qu’elle magnifie un instant. Le film me paraît d’autant plus fort qu’il ose une forme qui déborde de tous côtés, consciente de ses risques, mais convaincue qu’aucune vérité sur ce milieu ne pouvait surgir autrement que par l’excès même qui le définit.
Quelle lecture en tirer ?
Babylon laisse une impression d’éblouissement fatigué. On sort du film comme d’une fête trop longue, conscient que ce qui fascinait contenait déjà les germes de son écœurement. Il unit l’humain et le détruit, il le magnifie et le consume. Babylon ne se contente pas de raconter l’âge d’or ; il invite à réfléchir au prix réel de toute image, à ce qu’elle exige, à ce qu’elle efface.
Si Chazelle avait jusqu’ici filmé la discipline, la trajectoire héroïque ou l’effort intime, il choisit ici la démesure, la coulée de boue et d’or. Il convoque l’âge d’or d’Hollywood pour la célébrer, autant que l’éprouver. Babylon est un film qui regarde la naissance du cinéma parlant, son système de valeurs, ses cadavres lumineux et ses survivants cabossés. Le spectateur n’y trouvera pas l’histoire du cinéma mais l’histoire chorégraphiée et extrapolée des corps qui l’ont alimenté.
Que cherche-t-il à dire ?
Chazelle semble poursuivre une intuition qu'Hollywood est une machine à fabriquer des rêves qui broient ceux qui les produisent. Le film, dans son chaos assumé, tente de cerner cette contradiction essentielle. La fête et son lendemain se confondent, l’ascension et l’effondrement partagent le même mouvement, comme si toute gloire contenait déjà sa chute. Le projet n’est donc pas de réhabiliter ou de condamner. Il est d’observer comment l’industrie du spectacle fait naître un monde en même temps qu’elle le dévore, comment elle transforme l’humain en icône, puis l’icône en oubli.
Par quels moyens ?
Après les premières séquences burlesques du transport de l'éléphant, le film s’ouvre dans une transe visuelle et sonore : foule, musique, sueur, drogue et folie. Ce déluge n’est pas une simple entrée tonitruante. Il fixe la grammaire du film. Babylon adopte une logique sensorielle qui dépasse la reconstitution historique pour toucher à une pulsation collective. En saturant l’image, il donne accès à ce que les archives n’expriment pas : le vertige, la puanteur, la chaleur, la confusion. Elle est la vérité nue d’un système où l’euphorie dévoile la hiérarchie, la compétition, la solitude. Les corps s'y consument dans un ballet où chacun tente de survivre symboliquement.
La fragmentation renforce l’idée d’une industrie qui avance par convulsions, jamais par logique continue. Le film refuse la progression classique. Il construit des micro-arches autour de personnages symboliques (acteurs montants, stars déclinantes, producteurs voraces, techniciens anonymes) et les met en miroir. Les personnages du film sont des figures-signes. La star déclinante, le jeune ambitieux, le musicien migrant, la comédienne autodidacte. Chazelle ne cherche pas la biographie complète. Il cherche le symbole incarné, le type humain qui condense un moment de l’histoire du cinéma. Ces figures permettent une lecture plus large : au-delà de leurs trajectoires individuelles, elles incarnent les forces qui traversent Hollywood, entre désir, opportunisme et effacement. Le récit s’orchestre en vignettes, fêtes et chutes, avec des ellipses qui tranchent l’histoire en événements-séquences. Cette structure reflète l’éphémérité même des succès : tout est acte, instant, headline. Chaque personnage existe comme une variation autour d’une même question : que reste-t-il de moi lorsque les projecteurs s’éteignent ou s'allument ?
La réussite la plus visible de Babylon est musicale : Hurwitz et Chazelle font de la bande sonore une colonne vertébrale (percussions, jazz, frénésie orchestrale) qui dicte le montage et la frénésie des acteurs. La caméra est chorégraphe, corps d’acolyte de la musique : travellings hédonistes, plans rapprochés qui claquent, inserts sur détails. Le son est souvent mixé en saturation volontaire : rires, claquements de verre, musique de fanfare se chevauchent pour produire une sensation de fête qui devient oppressante. Le montage, rapide et parfois brutal, crée des ruptures qui fonctionnent comme des saignées émotionnelles. La musique devient l’énergie qui fait tourner la machine Hollywood, comme si le cinéma se nourrissait du tempo qu’il impose.
Chazelle glisse régulièrement vers un registre grotesque, parfois burlesque, pour décrire la mécanique hollywoodienne. Un tournage dans le désert et le transport d'une bête tournent à la catastrophe, une scène de tournage se transforme en enfer sonore, un studio devient piège absurde. Cette comédie grinçante expose le décalage entre la production d’un rêve et la réalité de sa fabrication : un chaos perpétuel, parfois risible, parfois pathétique.
Babylon interroge frontalement la mémoire du cinéma. Les personnages qui ne passent pas au parlant disparaissent, ceux qui n’accèdent pas à la presse sont effacés, ceux qui perdent la faveur du public sont renvoyés dans les marges. Chazelle filme l’histoire comme une fabrique d’oublis. Les grands films sont célébrés mais leurs faiseurs sont oubliés. Le film montre clairement que la fête hollywoodienne s’appuie sur des mécanismes d’exploitation : corps vendus, carrières instrumentalises, humiliations déguisées en opportunités. La sexualité est marchandise et mise en spectacle.
Où me situer ?
Babylon fait partie de ces œuvres dont la profusion déborde toute tentative de commentaire. Son architecture semble prise d’un vertige permanent, un tourbillon de sons, de corps et d’images qui dépasse les mots et les rend presque insuffisants. On pourra certes lui reprocher la surenchère, l’essoufflement, l’ivresse forcée, mais cette démesure n’est pas un défaut capricieux : c’est le prix d’entrée pour éprouver cette sidération que le film recherche, cette sensation d’être emporté par un monde qui ne connaît ni pause ni pudeur.
Ce qui me touche surtout, c’est la manière dont Chazelle fuit le confort du jugement moral. Il ne sanctifie pas Hollywood, il ne le crucifie pas non plus. Il observe, avec une curiosité, la manière dont cette industrie avale, transforme, régurgite les vies qu’elle magnifie un instant. Le film me paraît d’autant plus fort qu’il ose une forme qui déborde de tous côtés, consciente de ses risques, mais convaincue qu’aucune vérité sur ce milieu ne pouvait surgir autrement que par l’excès même qui le définit.
Quelle lecture en tirer ?
Babylon laisse une impression d’éblouissement fatigué. On sort du film comme d’une fête trop longue, conscient que ce qui fascinait contenait déjà les germes de son écœurement. Il unit l’humain et le détruit, il le magnifie et le consume. Babylon ne se contente pas de raconter l’âge d’or ; il invite à réfléchir au prix réel de toute image, à ce qu’elle exige, à ce qu’elle efface.
C’est une fresque aussi éblouissante qu’exténuante que livre le réalisateur Damien Chazelle évoquant la fin du cinéma muet et début du parlant au travers la trajectoire d’un acteur confirmé et d’une jeune actrice débutante dans le milieu. Sa réalisation étincelle, faisant tout feu tout bois au point de parfois saturer la rétine du spectateur par cette explosion kaléidoscopique de lumière et de son. Pour autant, le soin apporté à la photographie, le détail de la reconstitution et surtout l’hommage rendu aux créateurs et faiseurs d’histoires est tel que l’on pardonne les imperfections et les errances d’un récit fleuve de 3 heures un peu trop long. Excessif à l’image de sa folle première heure faisant vibrer ce vieil Hollywood, puits de décadence autant qu’ode à la créativité débordante. Enfin, il faut évoquer la qualité de l’interprétation, porté par les compositions décalées de Margot Robbie et de Brad Pitt dans des trajectoires opposées mais qui se rejoignent dans leur quête de jeu.
Babylon...
Alors moi, j'ai beaucoup aimé (quelques horreurs un peu inutiles...).
Mais...
Des acteurs magnifiques, notamment Brad Pitt avec un rôle en or...
Une fresque exubérante du Hollywood de l'Histoire parfaitement restitué...
Alors moi, j'ai beaucoup aimé (quelques horreurs un peu inutiles...).
Mais...
Des acteurs magnifiques, notamment Brad Pitt avec un rôle en or...
Une fresque exubérante du Hollywood de l'Histoire parfaitement restitué...
Une fresque totalement déjantée, véritable feu d’artifice qui part dans tous les sens. La réalisation est éblouissante et l’interprétation, géniale : Margot Robbie y est tout simplement fabuleuse.
Ce film est une véritable déclaration d’amour au septième art.
Chazelle plonge le spectateur dans un tourbillon de folie, de bruit et d’excès, où chaque plan transpire la passion du cinéma.
Entre euphorie et désillusion, Babylon capture la naissance et la chute d’Hollywood avec une énergie débordante et une mise en scène vertigineuse.
Margot Robbie, sûrement dans sa meilleure prestation, incarne à la perfection cette démesure : flamboyante, fragile et tragique à la fois.
Trois heures de cinéma pur, démentiel, parfois épuisant, mais terriblement sincère.
Chazelle plonge le spectateur dans un tourbillon de folie, de bruit et d’excès, où chaque plan transpire la passion du cinéma.
Entre euphorie et désillusion, Babylon capture la naissance et la chute d’Hollywood avec une énergie débordante et une mise en scène vertigineuse.
Margot Robbie, sûrement dans sa meilleure prestation, incarne à la perfection cette démesure : flamboyante, fragile et tragique à la fois.
Trois heures de cinéma pur, démentiel, parfois épuisant, mais terriblement sincère.
Si certains spectateurs y voient un chef-d’œuvre flamboyant sur l’excès d’Hollywood, d’autres le trouvent justement… trop excessif, presque hystérique.
Le jeu d’acteur (notamment Margot Robbie et Diego Calva) est volontairement poussé vers l’extravagance, tout comme la mise en scène, saturée de bruit, de mouvement et d’images chocs. Pour beaucoup, ça illustre l’idée que le cinéma naît du chaos et du démesuré.
Mais pour d’autres (dont je fais partie), même s’ils reconnaissent les nombreuses qualités de l’œuvre, ça tourne à la démonstration un peu arrogante, où Chazelle semble vouloir constamment prouver son talent.
Le jeu d’acteur (notamment Margot Robbie et Diego Calva) est volontairement poussé vers l’extravagance, tout comme la mise en scène, saturée de bruit, de mouvement et d’images chocs. Pour beaucoup, ça illustre l’idée que le cinéma naît du chaos et du démesuré.
Mais pour d’autres (dont je fais partie), même s’ils reconnaissent les nombreuses qualités de l’œuvre, ça tourne à la démonstration un peu arrogante, où Chazelle semble vouloir constamment prouver son talent.
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