C'est dans ses éclairs de lucidité, ses soubresauts, naviguant entre pulsations de vie et de mort que Babylon frappe le plus fort.
Une œuvre chorale, maîtrisée de bout en bout sur le plan formel, qui invoque toutes les obsessions de son metteur en scène, avec en premier plan, le cinéma, mais aussi la musique. Une musique qui tel un métronome rythme l'entièreté du métrage, une pulsation frénétique nous propulsant à des sommets d'exubérances pour ensuite nous aspirer dans les rouages d'une époque qui n'avait pas même l'illégalité ou la bienséance pour limite. Une époque où tout était à créer, dans laquelle les garde-fous n'existaient pas encore.
Une épopée Scorsesienne qui puise dans la douleur, la passion dévorante, mais aussi la noirceur et qui met en lumière le fait que d'une somme de visions contraires, de talents, désirs, réussites ou même d'avidité peut naître un instant de grâce, suspendu dans l'espace et le temps.
Ces étincelles de magie qui frappent de façon éparse et précieuse la vie. Où forces et fragilités se rencontrent quand une Nellie LaRoy nous explique de façon quasi-cathartique les raisons de son talent inné pour pleurer sur commande. Qu'un Jack Conrad rétrospectif s'évade seul, dans sa chambre. Qu'un Manny Torres se perd entre un amour impossible et l'envie de réussite sociale ou enfin qu'un Sidney Palmer retrouve son chemin après s'être abandonné aux sirènes d'un monde en totale ébullition.
Une grande messe officiant à la communion des âmes dans son lieu de culte dédié qu'est la salle de cinéma pour y catalyser les émotions d'un spectateur pris au piège dans ce voyage kaléidoscopique pendant 3h durant, où s'entrechoquent extravagances, démesures, outrances au service de quelque chose de plus grand, qui transcende les individualités.
Une narration plurielle qui jamais ne se perd et qui se bâtit autour d'un fil rouge didactique sur des étapes charnières du 7ème Art, prouvant au passage, la compréhension totale, passionnée, mais aussi critique d'un Damien Chazelle interpellant et inquisiteur face à son médium. Le point culminant étant son final épileptique, sorte d'orgasme référencé, un parcours halluciné dans l'histoire d'un art à la fois encore si jeune mais déjà âgé de plus d'un siècle, des frères Lumière à Avatar.
Le générique se lance, les lumières se rallument, et c'est complétement lessivé qu'il nous faut recoller les morceaux de cette mosaïque de rires, dégoûts, incompréhensions, stupéfactions, fascinations.
Un tour de force incroyable pour un 4ème métrage (seulement) et une profonde tristesse face au constat d'un public qui n'a pas su répondre présent en pareille mesure que pour un Barbie, à cette lettre ouverte, à vif, cette déclaration si généreuse d'un amoureux cinéphile à d'autres.