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Davidhem
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5,0
Publiée le 26 mars 2012
Instructif, le film de Francesco Rosi nous montre à quoi ressemblait l'Italie du sud à l'époque du fascisme contrôlé par Mussolini. Le long-métrage met en avant un homme, Carlo Levi, romancier de profession et possédant des connaissances en médecine. Ce dernier, exilé par le régime à cause de ses actions subversives est transféré à Eboli, village qui semblait encore être resté au stade du progrès du Moyen-Age. On assiste donc à la vie des paysans qui supportent la misère tant bien que mal, le régime de Mussolini les dédaignant, préférant les laisser à leur triste sort. On apprend que ces hommes ne se révoltaient jamais, ils se consolaient avec la religion, pensant qu'il s'avérait normal de souffrir sur Terre pour mieux vivre au paradis. L'archaïsme qui s'étendait dans cette région paraissait tellement énorme que l'on pouvait à peine croire que l'histoire se déroulait bel et bien au vingtième siècle. Le film nous montre également des médecins incompétents et cyniques à tel point que les habitants préféraient tenter de se guérir avec des prières. Carlo Levi ne juge personne bien qu'il pense que ces hommes et ces femmes ne choisissent pas la solution qui pourront les sauver de ce mode de vie qui les condamne à travailler longtemps pour très peu de rendement et à une mort prématurée en raison des maladies qui circulent et qui causent la mort de nombreux d'entre eux. Si les paysans vivaient de façon misérable, les fascistes eux menaient un train de vie très agréable grâce au pouvoir qui leur était conféré. Francesco Rosi montre un peuple soumis qui craint tellement les représailles qu'il accepte ces conditions insupportables. Carlo Levi ne tente pas de réveiller les esprits, il tente de les aider du mieux qu'il peut, lui-même avouant ne pas avoir trouvé le courage de rester dans cette région après sa libération, lui qui était devenu populaire en soignant les personnes gratuitement. Le film montre également que les communistes étaient traités comme des sous-hommes qui devaient se repentir de leurs pensées militantes en étant considérés comme des chiens. On apprend dans le même temps qu'une partie de ces Italiens quittaient le pays par bateau pour rejoindre le rêve américain. Pessimiste, sobre, glaciale, cette fresque historique dénonce le fascisme mais démontre que personne dans le lot ne voulait changer de régime. Un scénario riche, une réalisation sobre, ce film plonge le spectateur dans la mélancolie du début à la fin sans qu'aucun espoir ne semble apparaître. Au final, Francesco Rosi rédige et réalise un long-métrage réaliste, brillant, poignant, affichant la souffrance des hommes et leur résignation. Une grande réussite, un film phare et indispensable du cinéma italien.
Assigné à résidence pour ses positions anti-fascistes, l'intellectuel turinois Carlo Levi (Gian Maria Volonté - immense) s'installe dans un village de paysans de l'Italie du Sud. Docteur de son état, Carlo Levi observera et s'attachera aux moeurs et à la terre du pauvre Mezzogiorno, "oublié de Dieu". Une très grande interprétation de Gian Maria Volonté dans un film inoubliable. Une invitation à découvrir l'oeuvre littéraire et picturale de Carlo Levi.
Après un début un peu bavard, expliquant le titre, plantant un décor aride, l'atmosphère singulière de ce biopic (qui n'en est jamais un) s'épanouit grâce à une musique mélancolique, des paysages naturels bruts, des personnages aussi stéréotypés que vrais. A travers le regard curieux, sensible, profond, d’un impérial Gian Maria Volontè, nous découvrons les divergences absolues entre deux Italies, celle de la paysannerie, de la superstition, de la résignation, et celle du pouvoir, de la modernité, de l'administration. Or, l'amour de la patrie s'y exprime de deux manières opposées, l'une protectrice, l'autre conquérante, l'une infusée de traditions, l'autre tournée vers l'innovation, l'une isolée du monde, l'autre souhaitant s'y faire une place prépondérante. Sans manichéisme, le héros critique (au sens plein) ces deux facettes d'un pays à l'unité complexe. Malgré ce fond politique essentiel par l'exil originel du protagoniste, la narration s'attache également à peindre l'évolution personnelle d'un homme qui (re)découvre ses aspirations au fil de séquences malicieuses (lettre censurée), burlesques (conquête de l'Amérique) ou touchantes (collecteur des impôts mélomane). Quand une tendresse gracieuse se mêle à une rude simplicité...
Une belle réalisation avec un Gian Maria Volonte qui assure une véritable présence à peu de frais. Un témoignage autobiographique intéressant mais biensur il manque les développements qui auraient enrichi le scénario si le film avait été une vrai fiction.
Magnifique plongée dans l'Italie des années 30. Emmenné par un G.M.Volonte au sommet de son art, le voyage, pourtant si long, laisse briller la maîtrise émotionelle du réalisateur qui laisse son acteur fetiche s'immiscer peu à peu parmi ces gens à priori si étrangers. L'expérience est d'une beauté frappante.
Un homme, médecin, est exilé dans le sud italien, par les autorités fascistes de l'époque. Il est prisonnier, mais libre d'aller et venir dans le village, mais dans des limites définies. Assez vite, il est accepté par les habitants, et bien qu'intellectuel, il se met à la portée des villageois, et malgré les autorités, il les soigne. Il découvre alors la dure réalité de la vie des ces gens, dans cette région pauvre.
Beau film de Rosi. Un sujet qui peut paraître ardu : un intellectuel politisé de gauche chez le vrai peuple. Mais ici, pas de manichéisme ni de caricature, et par la force de son acteur principal (Volonte), le film, bien qu'un peu lent, est toujours intéressant, par ses dialogues de qualité, et par une réalisation de très bonne tenue. Une belle oeuvre.
le film est lent ,peu événementiel et anti spectaculaire . Des défauts qui sont en fait des qualités dans ce film.... S'interdisant tout effet de dramatisation, le film raconte la lente découverte par un intellectuel exilé politique ( carlo levi ) de ce qu'on pourrait appeler aujourd'hui les invisibles ou les oubliés ( en l'occurrence des paysans d'une province déshéritée ) Cette découverte de gens d'un village perdu par un habitué des villes et des conversations intellectuelles ne peut se faire que progressivement et une grande partie du film repose sur des scènes d'exposition montrant le personnage à la découverte de son nouvel environnement sans que cela déclenche des évènements particuliers. Cela pourrait être très chiant mais heureusement Francesco Rosi fait partie des grands cinéastes italiens qui nous procure un plaisir d'ordre contemplatif et esthétique notamment avec la superbe scène de l'éclipse ( pour être parfaitement honnête on sent quand même un peu le temps passer même si cela est en raccord avec le temps long que pouvait ressentir un assigné en résidence exilé dans un village du bout du monde ) Gian Maria Volonté nous offre aussi dans son interprétation une "belle tranquillité" faite d'une écoute sans jugement face à des gens très éloigné de ce qu'il est (lui permettant à terme de nourrir son œuvre future qui n'aurait pu être créée s'il était resté confiné dans son milieu intellectuel) A noter aussi la présence du fils de Michel Simon, François Simon qui est un acteur véritablement habité et injustement oublié. Un beau film tout simplement qui ne recherche pas l'émotion facile et nous fait revivre un monde révolu..
Rosi se passionne pour ce que l’individu révèle de l’Histoire qui virevolte autour de lui. À travers Gian Maria Volontè, il ne fait pas seulement ici le récit d’un exilé politique du temps du Duce, mais aussi celui d’une Lucanie antique qui n’a pas changé beaucoup de visage. Pendant que la société s’écroule autour du fascisme belliqueux et impérialiste, c’est la bourgade de Gagliano qui, dans les yeux de Carlo Levi, l’exilé, s’effrite sur son socle d’argile... comme déjà des siècles auparavant.
Que cette région d’Italie fût considérée comme une terre d’exil pour les Italiens eux-mêmes, ça en dit déjà long sur le sort vécu par ses habitants. Exilés depuis toujours au point que l’Histoire a fini par les rendre absurdement plus proches de New York que de Rome, ils vivent peut-être dans l’euphémisme d’un enfer terrestre mais surtout en un lieu unique où l’on ne s’étonne pas que des marginaux comme Levi, puis Rosi qui en a fait l’histoire, y puisent en fait davantage d’inspiration que de rancœur. Le premier écrira un roman, le second fera le film : dans ce dernier en tout cas, l’image d’une Gagliano hantée par son passé et isolée du mussolinisme par le mépris dont elle est l’objet est d’un romantisme rare. Perle historique auréolée d’un charme effrayant et surnaturel, l’œuvre pose question : un peu de la Lucanie de Strabon n’est-elle finalement pas parvenue jusqu’à nos jours ?
Considéré comme subversif par le régime mussolinien, le docteur Carlo Levi est exilé dans un village perdu du sud de l'Italie. En résidence surveillée, Levi arpente les rues du village à la découverte des habitants et des idées, en particulier politiques, que lui inspirent ceux-ci. Francesco Rosi filme comme une flânerie cette rencontre entre l'intellectuel de Turin et une population de paysans frustes, isolés géographiquement autant que tenue à l'écart du pouvoir central. Alors que la radio italienne s'enthousiasme des conquêtes en Ethiopie, les paysans d'Eboli continuent de vivre chichement d'une terre sèche et rocailleuse. Les rêves de grandeur de Mussolini ne les concernent pas, eux qui pensent plus à l'Amérique qu'à une grande Italie... C'est le sens principal de la réflexion qu'inspire au discret et intelligent docteur la mentalité de la population La mise en scène naturaliste de Rosi épouse parfaitement le dénuement des décors et des gens d'Eboli; elle reproduit aussi cette sensation de temps suspendu, par le dépouillement et par la lenteur, qu'induit l'existence loin des métropoles agitées. En revanche, l'attachement réciproque entre Levi et les habitants est insuffisamment démontré et justifié; de sorte que le spectateur ne ressent pas forcément -c'est la lacune majeure de ce film tout en impressions indicibles- les émotions du personnage de Gian-Maria Volonte.
C'est un très beau film ! Francesco Rosi nous donne un film plein de poésie et de dignité. Gian Maria Volonte incarne à merveille Carlo Lévy. C'est aussi,outre le récit d'un monde paysan révolu, une critique sociale de la bourgeoisie et de l'Etat central. Car à Ebolie Rome est si loin et Dieu est si haut.. Carlo Lévy regrette en repartant à Turin, après sa libération, le fait de se séparer de ce peuple oublié de tous. C'est exactement se qu'on éprouve à la fin de ce film. Un film attachant et pour plein de bonnes raisons.
Un film assez à part sur l'Italie pré-fasciste. Le côté autobiographique ajoute de la crédibilité à l'histoire. Ce qui rend ce film touchant c'est l'évolution des rapports rugueux puis chaleureux entre un homme de condition élevée et une population villageoise rurale et peu instruite. Les divergences entre l'église et les croyances païennes, les a priori sur les intentions des hommes vis à vis des femmes sont autant de sujets traités sur fond de consignes données par le pouvoir pour aliéner les populations. La musique et le rythme donnent un espace de réflexion qui permet d'apprécier les images d'un village abandonné par l'administration italienne et de découvrir les tâches accomplies par les femmes et les paysans. Le séjour du personnage principal me semble secondaire au regard de la peinture du monde rural italien avant la seconde guerre mondiale.