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Frédéric P
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5,0
Publiée le 16 août 2019
Film magnifique. Dès le premier cadre on comprend qu'on est en présence d'un des réalisateurs majeurs. Tout au long des plus de deux heures de film chaque angle, cadre, profondeur de champ est sérieusement étudié. La trame : un gouverneur qui s'est rangé du côté des paysans en désobéissant à son supérieur est exilé et sa famille tombe dans un piège en essayant de fuir et se retrouve réduite en esclavage. Mais le père a réussi avant leur séparation à inculquer des valeurs morales de bienveillance envers les autres à ses enfants. Le sujet : splendeur et misère du refus de l'obéissance. Quelle compromissions faut-il accepter à court terme pour faire triompher ses idées à long terme ?
En 1954, Mizoguchi est dans sa décennie dorée qui sera malheureusement la dernière de sa riche carrière, le réalisateur mourant en 1956. "L'intendant Sansho" inspiré d'un roman d'Ogai Mori, adapté par le fidèle Yoshikata Yoda associé à Fuji Yahiro est certainement un de ses films les plus sombres au sein d'une œuvre qui l'est déjà majoritairement. Visuellement somptueux, "L'intendant Sansho" nous plonge dans le Japon du XIème siècle quand l'esclavage était encore la règle. Mizoguchi est le cinéaste de la condition féminine et "L'intendant Sansho" qui raconte le parcours d'une famille dévastée après que le père, intendant de la province de Putsu, est contraint à l'exil pour avoir pris le parti des esclaves, laisse de prime abord penser qu'il s'agit de son film le plus masculin du fait que le fils de l'intendant, le jeune Zushio (Yoshiaki Hatanayaga), y joue un rôle central. Or le sort de chacun des quatre membres de la famille (le père, la mère, le fils et la fille) montre que Mizoguchi n'a rien sacrifié des préoccupations qui constituent le cœur de son travail. Le père est certes condamné à l'exil mais celui-ci résulte d'un choix moral de sa part alors que Tamaki, sa femme, jouée par Kinuyo Tanaka finira courtisane sur l'île de Sado, conséquence indirecte de ce choix. Anju, la jeune sœur (Kyoko Kagawa) choisira de se suicider par noyade pour permettre à son frère Zushio de s'enfuir du camp d'esclaves où ils ont atterri suite à la capture de leur mère par des trafiquants. Rien n'y fait, Mizoguchi fait toujours le même constat terrible quelque soit l'époque où il situe ses films. Le sort de la femme japonaise dépend toujours des décisions de l'homme et les actions qu'elle peut entreprendre sont toujours intuitivement guidées par ce dernier. Le libre arbitre lui est donc inconnu. Le style visuel de "L'intendant Sansho" marque une évolution le rapprochant de Kurosawa, sans doute en concordance avec l'époque dont le réalisateur souhaite dépeindre l'aspect chaotique et les mœurs barbares. Autre fait nouveau, le geste sacrificiel qui scande habituellement les films de Mizoguchi n'est pour une fois pas l'apanage de la femme mais aussi celui de l'homme qui par l'intermédiaire de Zushio et de son père montre que les choses ne sont pas univoques. Sans doute Zushio libérant les esclaves après avoir été nommé intendant de la province de Putsu par le premier ministre figure le jeune Mizoguchi qui en 1915 à Köbe prenait part aux "émeutes du riz" et était roué de coups par la police locale. Enfin, comme toujours chez Mizoguchi, le finale somptueux est bouleversant. Après ce film important, le temps étant compté par la maladie, il ne restera plus que cinq films à réaliser pour Mizoguchi.
Fable politique et humaniste, "L'Intendant Sansho" est un film déchirant, l'un des plus beaux du monde. Et pourtant, un grand nombre de cinéastes seraient tombés dans le misérabilisme et la cruauté complaisante devant une telle histoire, dont le tragique est annoncé d'emblée, comme pour signaler au spectateur que l'humour n'aura pas sa place lors des deux heures qui vont suivre et que l'issue risque d'être terrible. Mais si "L'Intendant Sansho" est aussi immense, c'est parce que le regard que porte Mizoguchi sur ses personnages est noble et respectueux et parce que le cinéaste leur accorde toujours cette liberté d'espérer et de croire en leurs valeurs, celles d'un père exilé qui aura inculqué à son fils la morale suivante : "Sois dur avec toi même, généreux envers autrui". Ces mots, Zushio et sa sœur Anju ne les oublieront jamais, même si une fois esclaves, l'impitoyable Sansho tentera de les déshumaniser. Le film adopte essentiellement le point de vue des enfants afin de nourrir le hors-champ, qui dit l'incertitude qu'ils ont d'échapper à leur condition et de rejoindre une mère peut-être déjà morte. C'est ce combat-là que le film raconte, de même qu'il affirme sans cesse la nécessité de rester digne et de sauvegarder la morale devant les ignominies politiques (entre le ministre et Sansho); il dit tout cela à travers une mise en scène aérienne qui fait valoir sa pleine maîtrise du montage parallèle et une affolante légèreté des mouvements de caméra. Rageur, insoumis et toujours luttant contre la fatalité, "L'Intendant Sansho" est un moment de cinéma époustouflant, qui échappe au simplisme pour se mettre à la hauteur de la complexité des enjeux politiques et moraux; il nous met enfin dans deux états contradictoires : en effet, on reste inconsolable devant cette histoire d'une tristesse infinie, au bord des larmes et la gorge serrée, et en même temps heureux d'avoir vu un film d'une telle ampleur.
J'avoue avoir craqué avant la fin, c'est lent, c'est long, c'est pénible, des dizaines de scènes consistent à voir marcher, en procession, pas après pas, les protagonistes dans les paysqages pendant de looooongues minutes, la lenteur et le nombre de scènes inutiles dépassent l'entendement, le tout parsemé d'un politiquement correct et de bien pensance qui n'existait certainement pas à cette époque médiévale. Du japonais pur style des années 50 quand le japon voulait copier l'occident.
Avec L’Intendant Sansho, Kenji Mizoguchi nous plonge au cœur du Japon du XIᵉ siècle pour raconter le destin déchirant d’une mère et de ses deux enfants réduits en esclavage par un intendant tyrannique.
Derrière cette fresque historique se joue un drame profondément humain, où la cruauté des hommes se heurte à la dignité et à la compassion.
Mizoguchi filme avec une sobriété bouleversante la souffrance et la résistance, sans jamais forcer l’émotion. Chaque plan, chaque mouvement de caméra semble guidé par une rigueur morale autant qu’esthétique. Il capte la beauté fragile d’un monde injuste, où la bonté survit malgré la violence et l’humiliation. À travers le parcours des personnages, le cinéaste dénonce l’exploitation et l’indifférence d’une société hiérarchisée, mais surtout, il interroge ce qui fait l’humanité même.
Les acteurs, d’une grande justesse, incarnent cette tragédie avec retenue et sensibilité. Lillian Gish chez Griffith ou Setsuko Hara chez Ozu ont cette même lumière intérieure que Mizoguchi fait rayonner ici : une émotion pure, jamais surjouée. La mise en scène, d’une précision presque chorégraphique, confère au récit une dimension universelle.
La puissance de L’Intendant Sansho tient à cette alliance rare entre lyrisme et dépouillement. C’est un film sur la perte, la foi en la compassion, et sur la douleur de ceux qui refusent d’abandonner leur humanité. Mizoguchi y atteint une forme d’épure bouleversante, celle d’un cinéma qui ne cherche plus à impressionner, mais à toucher ce qu’il y a de plus vrai en nous.
À la vue des 20 premières minutes, on pourrait s'attendre avec cet Intendant Sansho à un film froid, mais ce n'est pas le cas. Il ressort de l'oeuvre de Mizoguchi une grande intensité émotionnelle, due à des personnages bien écrits et une histoire déchirante, permettant de vivement dresser une critique des régimes autoritaires. La réalisation est très belle : la composition des plans est sublime. Point négatif par contre : la musique, et surtout les sifflements suraiguës dans celle-ci sont assez insupportables et "tuent" certaines scènes pourtant très fortes. Ça reste un très bon classique japonais.
Kenji Mizoguchi signe une oeuvre sublime avec une histoire tragique et intéressante. Beaucoup de choses sont critiquées, comme la condition des femmes, l'esclavage, la violence etc. La photographie et la réalisation sont soignées, et le noir et blanc renforce encore plus le propos. Les acteurs sont d'ailleurs excellents et les 30 dernières minutes du film sont déchirantes. Inoubliable!
Quel film étonnant et sombre ! Une fois de plus on trouve ici un film qui peut être vu à des regards différents : une projection exotique dans l'univers du Japon médiéval, une histoire éprouvante, un hymne à l'humanisme. L'intendant Sansho est un vieux film à la qualité visuelle et sonore un peu dépassée (même pour l'époque) mais son contenu est puissant et captivant. C'est à connaître pour les plus curieux.
Les vertus humaines, probablement le segment phare de la filmographie de Kenji Mizoguchi, grand réalisateur japonais et grand poète du cinéma dont le raffinement des films pourrait donner des vertiges à ses collègues de l’époque. Un univers où le réalisme prend place dans la douceur et la force du contexte, un univers vivant ou la claque visuelle se marie souvent à une réflexion sur la condition humaine.
Dans « L’intendant Sansho », incontestablement l’une des œuvres majeures du réalisateur, tous ces thèmes de prédilection sont amenés avec une justesse folle et un sens de l’art peu commun qui fait du classique pour le réinventer. Immersif et intense dès son départ, le film se révèle incroyablement construit, alliant la force de son caractère à la pure émotion. « L’intendant Sansho », c’est surtout l’histoire d'une famille, une famille divisée, crucifiée par l’esclavage qui l’emmène dans les tréfonds de l’horreur et du désespoir qui s’incarne à lui seul sur le visage du cruel intendant, mieux vu comme une bête que comme un homme.
On retrouve également toutes les thématiques chères à Kenji Mizoguchi, la tolérance, le courage, la dignité… « L’intendant Sansho » résonne comme un cri humain dont la subtilité demeure bouleversante et dont la spiritualité reste imparable, donnant à ces choses une réalité, une réalité tragique, forte, terrifiante, barbare, mais dont se dégage une délicatesse des plus belles et des plus triomphantes. Mettant en parallèle la brutalité, la douceur, la dureté et la poésie mais surtout un raffinement des images absolu, majestueux, qui offre une composition saisissante, plan par plan, comme lors de ce suicide au fond des arbres où le reflet de l’eau semble représenter l’autre monde qui attend une jeune femme.
Dans « L’intendant Sansho », on retrouve les trois facteurs qui font du cinéma de Kenji Mizoguchi une merveille, sa passion pour les images, sa maitrise du récit et sa sensibilité, harmonieuse, féminine. Un film qui a le sang froid !
Ce film est un chef d’œuvre absolu. Kenji Mizoguchi est un immense cinéaste dont un des mérites, et pas des moindres, est d'avoir sans relâche dénoncé la condition des femmes. Injustice, violence, pouvoir…Il y a beaucoup d'humanité chez ce cinéaste, et ce film est l'un des plus bouleversants qui nous soit parvenu. Et d'une beauté formelle incroyable.
Kenji Mizoguchi livre, avec "L'Intendant Sansho", une oeuvre intense et poignante dont le propos se veut principalement humaniste. Riche en émotion, ce mélodrame est subjugué par une musique poignante et une photographie somptueuse. Il n'y pas grand chose à repprocher à ce grand film.
Ça doit être la quatrième oeuvre de Kenji Mizoguchi que je visionne, bon certes moins bon que sa bombe tragique "Les Contes de la Lune Vague après la Pluie", mais tout aussi tragique, triste et aussi assez violent et déchirant. Une famille de noble est réduite à l'esclavage, et toute l'humanité est partie, disparue. Le grand frère ce transforme en monstre, et commence à torturer aussi bien mentalement que physiquement ses "collègues". "Sansho Dayu" est une ode moyenâgeuse pour l'humanité, pour l'égalité de l'être humain (le film date de 1954 ce qui parlait pas mal pour l'époque). Par contre je me demande, si ça aurait vraiment pu ce produire, mais cette descente en enfer est sûrement possible. Les acteurs sont criant de réalisme, tout comme la photographie et les paysages superbes! J'étais bluffé! Tout comme la mise en scène, les mouvements de caméra, très moderne pour l'époque (Akira Kurosawa?). Enfin, ce film est un chef-d'oeuvre malheureusement, pas assez connu... Bravo !
Ce film est un vrai chef d'oeuvre du cinéma japonais et mondial. Le film touche au sublime dans sa mise en scène et cette histoire déchirante digne des plus beaux romans est un vrai bijou dramatique. On sent que Mizogushi ne laisse aucun plan au hasard, dans ce film tous les plans sont travaillés, de même que la direction d'acteurs et la reconstitution d'époque. On ne peut que se taire et admirer.