Spider-Man : Brand New Day (2026) réussit plutôt bien le pari de proposer un nouveau chapitre pour le Spider-Man de Tom Holland. Il s’agit du quatrième film solo de Spider-Man au sein du MCU, mais surtout d’un véritable nouveau départ pour le personnage. Après la première trilogie réalisée par Jon Watts, c’est désormais Destin Daniel Cretton, surtout connu pour Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux (2021), qui prend les commandes. Et le changement de réalisateur se ressent : Cretton livre une mise en scène léchée, dynamique, accompagnée d’une photographie particulièrement sublime et d’un montage hyper rythmé.
Après les événements de Spider-Man : No Way Home, Peter Parker est désormais complètement seul. Le monde a oublié son existence et, surtout, il n’a plus personne pour l’accompagner dans sa vie de héros. Cette situation est probablement l’un des meilleurs choix narratifs du film. On retrouve un Spider-Man sans mentor, sans Tony Stark, sans Avengers derrière lui et sans cette technologie Stark qui avait parfois donné l’impression que le Peter Parker de Tom Holland était trop dépendant des autres héros du MCU.
Et, personnellement, je trouve que c’est une excellente chose.
Peter n’a plus accès à l’équipement Stark, mais il n’est évidemment pas devenu moins ingénieux pour autant. Il semble avoir développé lui-même une technologie extrêmement avancée, notamment autour de l’impression 3D et de l’intelligence artificielle. C’est une évolution intéressante : Peter Parker redevient progressivement ce qu’il est dans les comics, c’est-à-dire un jeune scientifique extrêmement brillant qui doit se débrouiller avec ses propres moyens.
Il reste cependant une petite incohérence qui m’a fait sourire : on ne sait toujours pas vraiment ce que Peter fait pour gagner sa vie et comment il peut financer tout ce matériel !
Ce qui fonctionne surtout, c’est que nous découvrons un Peter Parker différent. Il est plus âgé, plus expérimenté, plus puissant, mais également beaucoup plus marqué par ce qu’il a vécu. Brand New Day montre davantage sa solitude, sa souffrance et même une forme de dépression. Peter continue de sauver les habitants de New York, mais il le fait désormais dans un monde qui ne sait même plus qui il est réellement.
Cette dimension psychologique apporte une maturité nouvelle au personnage.
Les thèmes abordés sont d’ailleurs nettement plus adultes que dans les précédents films : la solitude, le deuil, l’identité, la culpabilité, la colère, la responsabilité, le traumatisme, mais aussi la difficulté de continuer à avancer lorsque l’on a perdu presque tous ses repères. Peter n’est plus simplement confronté au dilemme classique consistant à jongler entre sa vie d’adolescent et ses responsabilités de super-héros. Il doit désormais apprendre à vivre avec ses blessures.
Et c’est probablement ce qui fait de Brand New Day un film beaucoup plus personnel.
Après plusieurs années de multivers, d’incursions et de menaces cosmiques, j’ai également énormément apprécié le retour à un récit davantage street-level, recentré sur les rues de New York et sur les problèmes plus concrets de Peter Parker. C’est un registre qui correspond particulièrement bien à Spider-Man et qui permet de retrouver une proximité avec les comics.
Spider-Man, le Punisher et Daredevil semblent ainsi progressivement constituer le véritable trio des super-héros street-level du MCU. Et c’est une direction que j’apprécie énormément.
L’arrivée du Punisher est d’ailleurs l’une des grandes réussites du film. Jon Bernthal reprend le rôle de Frank Castle et forme avec Tom Holland un duo absolument extraordinaire. Les interactions entre les deux personnages fonctionnent particulièrement bien, notamment parce qu’ils poursuivent parfois un objectif similaire tout en ayant des conceptions totalement opposées de la justice.
Peter Parker veut sauver les gens.
Frank Castle veut éliminer ceux qu’il considère comme responsables.
L’un refuse de franchir certaines limites. L’autre les a franchies depuis longtemps.
Cette opposition morale est passionnante parce qu’elle permet de confronter deux visions radicalement différentes du héros. Et l’alchimie entre Tom Holland et Jon Bernthal est vraiment excellente. Leur complicité fonctionne d’autant mieux que les deux acteurs sont très proches dans la vie réelle, ce qui semble se ressentir à l’écran.
Le film nous présente également un nouveau visage majeur du MCU avec Jean Grey, interprétée par Sadie Sink. Et là encore, j’ai été agréablement surpris.
Jean Grey n’est pas seulement une mutante extrêmement puissante : elle est également l’une des figures majeures des X-Men dans les comics. Son introduction dans le MCU prend donc une dimension particulière puisqu’elle marque l’arrivée concrète d’une figure emblématique de l’univers mutant.
Le film tourne véritablement autour de Jean Grey, télépathe et membre des X-Men, et son personnage est beaucoup plus intéressant que ce que je pouvais imaginer. Sa psychologie est bien développée et l’on comprend parfaitement pourquoi elle agit comme elle le fait. Elle n’est pas simplement une méchante dont le seul objectif serait de détruire Spider-Man : elle est profondément traumatisée, animée par sa souffrance et par une quête personnelle qui donne du sens à ses décisions.
On ressent également toute la puissance de Jean Grey. Ses capacités télépathiques sont impressionnantes et permettent au film de montrer une facette des mutants particulièrement intéressante.
Le traitement réservé aux mutants est d’ailleurs très conforme à l’esprit des comics : ils sont marginalisés, craints, surveillés et même étudiés comme des animaux. Cette dimension apporte immédiatement une nouvelle problématique au MCU et donne l’impression que l’ère mutante commence enfin véritablement à prendre forme, après les premières graines semées avec Ms. Marvel et Namor.
Et si l’introduction de Jean Grey, membre emblématique des X-Men, représente effectivement l’un des grands points de départ de cette nouvelle ère, je dois surtout parler de Sadie Sink.
Elle est absolument merveilleuse.
On la connaît principalement pour son rôle de Max dans Stranger Things, mais elle démontre ici qu’elle est parfaitement capable de porter un personnage beaucoup plus complexe. Malgré son jeune âge, son interprétation est particulièrement convaincante. Elle parvient à transmettre la puissance de Jean Grey mais aussi sa fragilité, sa colère et sa souffrance.
Officiellement : j’adore cette actrice.
J’espère sincèrement que Marvel renouvellera sa confiance dans ce casting pour les prochains films consacrés aux mutants, parce que Sadie Sink possède énormément de potentiel dans ce rôle. Son interprétation est l’un des éléments que je retiendrai le plus de Brand New Day.
Le Scorpion et Tombstone, en revanche, ont des rôles beaucoup plus marginaux. Ils participent à l’ambiance street-level du film mais ne constituent clairement pas le cœur de l’histoire. Et ce n’est finalement pas très grave, car le véritable intérêt du scénario se situe ailleurs : dans Peter, Jean Grey et la confrontation entre Spider-Man et le Punisher.
Tom Holland mérite lui aussi d’être particulièrement souligné. Cela fait maintenant près de dix ans qu’il incarne Peter Parker et il continue de s’investir pleinement dans le personnage. Il conserve cette énergie qui le caractérise depuis Homecoming, mais son interprétation a progressivement gagné en maturité.
On sent que Tom Holland a grandi avec le personnage.
Et physiquement aussi, il semble avoir énormément évolué : il paraît beaucoup plus massif et athlétique que dans les premiers films. Cette évolution correspond parfaitement au Spider-Man que nous découvrons ici : un héros plus expérimenté, plus puissant et plus sûr de lui physiquement, mais paradoxalement beaucoup plus fragile émotionnellement.
Le fait qu’il soit également passé co-producteur du film me paraît intéressant. Après autant d’années dans le costume, il n’est plus seulement l’interprète de Peter Parker : il participe désormais davantage à la construction de cette nouvelle étape du personnage.
Et cela se ressent dans l’investissement qu’il apporte.
Le film contient par ailleurs de très belles chorégraphies de combat. Les affrontements sont dynamiques, lisibles et particulièrement physiques. Spider-Man utilise davantage son agilité, ses réflexes et ses capacités acrobatiques, ce qui permet de retrouver cette sensation de vitesse et de mobilité propre au personnage.
J’ai également beaucoup aimé le montage hyper dynamique et le rythme général du film. Cretton sait quand accélérer et quand laisser respirer ses personnages. La réalisation est particulièrement soignée et certaines scènes sont franchement magnifiques.
J’ai cependant un petit regret : il manque, selon moi, une véritable grande séquence de Spider-Man se balançant dans New York à la manière des films de Sam Raimi. C’est quelque chose qui manque un peu à ce Spider-Man. Marvel Studios et Sony disposent évidemment des moyens nécessaires pour proposer une séquence de voltige absolument phénoménale, et j’aurais vraiment aimé avoir ce moment iconique où l’on voit simplement Spider-Man traverser New York en se balançant entre les immeubles.
Cela aurait été particulièrement pertinent avec ce retour à un Spider-Man plus street-level.
Mais malgré cette petite déception, je considère Brand New Day comme une réussite.
Le film donne surtout l’impression de nous présenter un tout nouveau Peter Parker et un tout nouveau Spider-Man. Et paradoxalement, c’est peut-être celui qui se rapproche le plus de l’esprit des comics parmi les versions de Tom Holland.
Un Spider-Man intelligent, autonome, solitaire, profondément humain, vivant à New York, confronté à des problèmes beaucoup plus personnels et capable de se retrouver face à des personnages comme le Punisher ou Daredevil.
C’est exactement le genre de direction que j’espérais voir prendre le personnage.
La grande qualité de Brand New Day réside finalement dans cette refonte des personnages dans un registre plus adulte. Peter n’est plus le gamin qui cherche à devenir un Avenger. Il est devenu Spider-Man. Il maîtrise désormais parfaitement son rôle de héros, au point qu’aucune menace réellement street-level ne semble être à la hauteur de son expérience.
Et c’est justement ce qui rend ses problèmes personnels beaucoup plus intéressants que ses combats.
Alors que la Saga du Multivers approche de sa conclusion, Spider-Man : Brand New Day arrive à un moment particulièrement stratégique pour le MCU. Le film se situe juste avant les deux énormes événements que seront Avengers : Doomsday (2026) et Avengers : Secret Wars (2027), tout en réussissant à raconter une histoire qui fonctionne avant tout comme une aventure personnelle de Spider-Man.
C’est, à mes yeux, l’un des meilleurs choix du film : il ne cherche pas constamment à rappeler que nous sommes dans un immense univers partagé. Il raconte avant tout l’histoire d’un homme qui a tout perdu et qui doit reconstruire sa vie.
Et c’est précisément ce qui rend le titre Brand New Day particulièrement approprié.
Peter Parker a véritablement droit à une nouvelle vie.
Un nouveau costume.
Une nouvelle manière d’être Spider-Man.
De nouveaux alliés.
De nouveaux ennemis.
Et surtout, une nouvelle maturité.
Au final, c’est tout simplement mon film préféré avec Tom Holland dans le rôle de Spider-Man. Il conserve l’humour, l’énergie et le spectacle des précédents volets, mais y ajoute une dimension beaucoup plus sombre, plus mature et plus proche de l’essence du personnage.
Tom Holland et Jon Bernthal forment un excellent duo, Sadie Sink est une véritable révélation en Jean Grey, Destin Daniel Cretton impose une réalisation dynamique et élégante, et le retour à un Spider-Man plus street-level fait énormément de bien.
Tout n’est pas parfait, notamment certains personnages secondaires trop peu exploités et l’absence regrettable d’une grande séquence de balancement à travers New York. Mais ces défauts restent secondaires face à ce que le film réussit.
Un Spider-Man sans mentor.
Un Spider-Man sans Avengers.
Un Spider-Man sans technologie Stark.
Un Spider-Man seul face à lui-même.
Et finalement, peut-être le Spider-Man de Tom Holland le plus inspiré des comics que nous ayons eu jusqu’à présent.
Une excellente surprise, un très bon film de super-héros et surtout une formidable nouvelle étape pour Peter Parker. J’ai maintenant vraiment hâte de voir ce que Marvel va faire de ce personnage dans la suite de la Saga du Multivers… et surtout de voir jusqu’où cette nouvelle génération de mutants, désormais incarnée notamment par une X-Men aussi emblématique que Jean Grey, va pouvoir aller.