Après plusieurs aventures centrées sur l'apprentissage du héros, Spider-Man : Brand New Day ouvre une nouvelle étape dans le parcours de Peter Parker. Le film abandonne progressivement la dynamique adolescente des précédents volets pour s'intéresser davantage aux conséquences psychologiques de ses choix. L'action demeure spectaculaire, mais elle accompagne désormais un récit où l'identité, la mémoire et le rapport aux autres deviennent les véritables moteurs dramatiques.
L'oubli qui entoure Peter ne constitue jamais un simple ressort scénaristique. Il agit comme une expérience profondément humaine. Le personnage découvre qu'il est possible d'avoir sauvé le monde tout en perdant sa place dans la vie de ceux qu'il aime. Cette idée nourrit une réflexion étonnamment universelle sur le passage à l'âge adulte, lorsque les groupes d'amis se dispersent, que chacun construit son existence et que certaines relations changent sans qu'aucun conflit n'en soit responsable.
On connaît l'adage : « Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités », mais là, Tante May change la formulation pour une plaidoyer sur l'amour. « Les gens qui nous aiment réellement le font pour la personne que l'on est au fond ». C'est dans cette faille qu'on doit apprendre à rester quelqu'un de bien, même s'il est difficile extérieurement de juger ce qui est bon de ce qui est mal. On ne connait jamais intimement les personnes que l'on croise, leur passé et leur motivation. On les juge à travers nos propres constructions du bien et du mal. Mais «qui aide une personne, aide l'humanité », devient une forme de maxime intense et existentialiste.
Cette réflexion irrigue tout le film. Les personnages ne sont jamais réduits à leur fonction héroïque ou antagoniste. Chacun porte sa propre manière de répondre à la violence, au traumatisme ou à la responsabilité. Cette diversité nourrit un véritable débat moral sans chercher à désigner une réponse unique. Le spectateur est invité à s'interroger autant sur ses propres jugements que sur ceux des personnages.
Une photographie chaude avec des tons doux rappelant l'esthétique des pellicules. On a plusieurs séquences où Tom Holland reproduit des poses cultes de l'homme araignée. Le rythme est bon, les scènes d'action efficaces. Ce film est enfin celui de la maturité pour la série avec cet acteur.
Cette évolution explique sans doute pourquoi le film évoque parfois la sensibilité de la trilogie de Sam Raimi. Non pas parce qu'il cherche à l'imiter, mais parce qu'il retrouve un équilibre où les scènes d'action existent avant tout pour accompagner les émotions. Les silences, les regards et les hésitations prennent autant d'importance que les affrontements eux-mêmes.
Sans révolutionner les codes du Marvel Cinematic Universe, Spider-Man : Brand New Day réussit surtout à faire évoluer son héros. Peter Parker n'apprend plus simplement à devenir Spider-Man. Il apprend à devenir un adulte, avec tout ce que cela implique de renoncements, d'incertitudes et de responsabilités. C'est probablement cette dimension profondément humaine qui constitue la plus belle réussite du film.