A la croisée des genres cinématogrophiques, Zemmeckis nous délivre ici son chef d'oeuvre incournable : Cast Away. Sorti en 2002, le film nous évoque l'épopée de Tom Hanks alias Chuck Noland, Robinson des temps
modernes malgré lui. Mais pas seulement. Noland est un maniaque des délais à respecter, et vit sous l'influence des chronomètres quotidiennement. Le montre particulièrement bien la scène du "tic tac tic tac, allez on s'bouge
!" lancé aux salariés qu'il dirige au sein de Fedex et la scène de l'ouverture du cadeau de sa femme : il ne prend pas le temps de dérouler les rubans et les coupe directement avec un cannif. Cadeau qui lui aussi sera un clin
d'oeil au temps puisqu'il s'agira d'une montre gousset. La première demi-heure du film nous présente ainsi, et de manière très juste, un cadre pressé mais amoureux, soucieux mais charismatique et social. Bref, un potentiel bon père de famille mais qui ne prend pas le temps de vivre, auquel on s'attache très rapidement. Un crash d'avion va cependant inverser le cour de sa vie, puisqu'il va se retrouver confronter à la nature, seul, pendant des
années, sur une petite île deserte. Véritable hymne à la survie, Zemmeckis pose la caméra à même le sable, capturant des plans parfaits (rarement fixes) pour nous faire partager le nouveau quotidien de Chuck Noland. Celui-ci hésitera à se suicider, se créera un ami imaginaire (le fameux Wilson) pour lequel on n'éprouvera également beaucoup de sympathie (qui ne partage pas la tristesse de Chuck lorsque Wilson, tombé à l'eau, s'éloigne irrémédiablement du
radeau ? - et ce accompagné par le magnifique thème d'Alan Silvestri). Chuck évoluera ainsi d'un homme desespéré, fatigué, blessé, à un quasi héros de la nature, un survivant compétent et appliqué dans son nouveau mode
de vie. Cependant, arrivera le moment où il réussira à s'échaper de sa prison insulaire, non sans verser de larme. Et ça c'est magnifique. Car, cet évènement terrible qui l'aura coupé du reste du monde pendant de longues et
tortueuses années, l'aura aussi transformé, comme si l'île, malgré ses rudesses, aura été une maison. L'île n'est pas montré comme un adversaire, mais comme un lieu de transition entre la vie surfaite d'avant, et l'après. Chuck,
vu comme un héros par les médias, est donc de retour dans le monde civilisé. Mais beaucoup de choses ont changé. Sa femme qui était tellement aimante, le croyant mort, a finit par se remarier, et a même eu un enfant.
Mais une scène montre qu'ils s'aiment encore. Et c'est poignant. A plusieurs reprises dans le film, des scènes lancent le grand jeu pour émouvoir le plus possible (musique triste, gros plan) et ce moment du film où ils
s'embrassent puis se quittent sous la pluie ne manque pas à la règle. Pour certains, le film sera un peu trop stéréotypé au niveau du scénario et des émotions présentées. Mais c'est si justement mis en scène qu'à aucun
moment je ne ressens un manque d'authenticité. Enfin, il faudra biensûr noter le fameux encadrement spatial du récit qui s'ouvre et se referme sur le même plan : un croisement perdu dans la campagne profonde des états-unis
très belle métaphore sur les différents chemins de vie que l'on peu prendre). Le plan final est d'ailleurs superbe : Chuck, qui a tout perdu, et comme désorienté face aux quatre destinations qui s'ouvrent devant lui. Il finit
pourtant par se retourner vers celle qui amène à une femme qu'il avait livré lorsqu'il travaillait à Fedex. Libre à chacun de penser qu'ensuite, après la fin du film, il retourne la voir, pour la connaître, et pourquoi pas refaire sa
vie avec ? Une fausse happy-end qui ne nous laisse pas sans amertume. Il y a sans doute beaucoup d'autres choses à évoquer, mais là est pour moi le principal, et je me devais de préciser tout ce qui m'a marqué. Mais le
très grois point fort de Seul au monde, et où Zemmekis frappe fort, c'est dans le fait que le film se repose sur plusieurs genres différents qui se succèdent: sentimental, aventure, drame. En résulte un film particulièrement
intense, riche en émotion, et tout simplement complet.
Je m'incline encore devant la prestation de Tom Hanks (et sa spectaculaire transformation physique pour le film) qui joue ici sans doute son plus grand rôle, également celle de Helen Hunt (irremplaçable et tellement juste dans son rôle !) mais aussi devant la bande-
son vraiment excellente, les décors dépaysants, la mise en scène, le scénario, l'histoire, et les diverses secondes lectures dont je n'ai pas encore fait le tour.
Visionné au minimum cinq fois me conernant - et je le verrai encore - , Seul au monde est l'un des films les plus émouvant que j'ai vu et correspond parfaitement à mes attentes cinématographiques, tant sur le plan technique
que sur le plan scénaristique et métaphorique. Un chef d'oeuvre que je recommande à tous.