On a le malheur d'adorer Joker (2018), mais aussi les comédies musicales, Joaquin Phoenix, Lady Gaga... Malheur, car ce Joker 2 s'en sert contre nous à chaque seconde de cette fumisterie qui massacre toutes nos attentes (pas bien grandes, étant dans le public-cible parfait : on cochait toutes les cases...), saccageant totalement le petit bijou qu'était le premier film. Alors, donc, par où commencer, puisque justement, le film ne commence jamais. Vous espériez voir un binôme de psychopathes enjoués mettre la pagaille dans Gotham, s'aimer au mépris des balles tirées par la police, s'éclater dans l'insolence d'un Bonnie et Clyde sortis d'un cartoon ? Fuyez, vous avez tout faux, absolument tout. Le Joker et Harley Quinn
ne sont pas souvent ensemble
(quelques minutes lors d'une
visite aux prisonniers, d'une chorale ou d'une évasion-éclair avortée immédiatement,
car ce qui nous intéresse, c'est le quotidien morne de la prison...), concrètement, ni le Joker ni Harley Quinn
ne font une seule victime (pas même une petite baffe), et toute l'intrigue se confine à la prison et au tribunal
où l'on répète ce qu'il s'est passé dans le premier film, en boucle (il radote carrément). Dans ce marasme d'inaction et de désintérêt pour ses personnages et son univers, nagent (coulent à pic) un Joaquin Phoenix qui fait la gueule 90% du temps, ouvre parfois les bras en penchant la tête en arrière et en jetant des coups de pieds pour dire "Voilà, vous l'avez votre Joker, z'êtes content ?", et sinon soupire en tirant nonchalamment sur ses clopes (il n'a clairement aucune envie d'être là, ni de rempiler), et Lady Gaga qui vient pour vendre un album sans qu'on ne lui ai donné d'infos sur son personnage (sans parler de son origin-story qui est changée - pourquoi pas, de toute façon les cuves de produits toxiques, sans sortir de la prison, c'est compliqué... - on ne voit jamais Harley, malgré les petites tentatives de folie de la Dame, on sent qu'elle n'est pas dirigée du tout). Bref, on s'ennuie comme des rats morts. Et l'aspect comédie musicale, nous direz-vous ? Oh, on nous balance bien çà et là quelques ballades du siècle dernier (parce que vous pensiez avoir une BO originale ? Mes chers amis : nous aussi, on s'est fait arnaquer puissance mille) insérées sans aucun naturel, chantées par une actrice qui essaie vraiment (il y a un album à vendre, après...) et au minima récitées par un acteur qui attend juste de claquer la porte (et ne s'en cache pas). Le montage est aussi étrange, avec des coupes grossières, comme s'il manquait des scènes (on nous introduit une scène
des douches qui promet d'être dure, choquante, tendue... Et cut, vous n'en verrez rien, on atterrit directement sur le retour d'Arthur en cellule. Idem lorsque la police arrive à la fin pour l'arrêter dans les escaliers, on espérait vainement une petite scène de lutte ou fuite dans les marches - on n'était pas à demander du John Wick 4, mais juste voir son arrestation, et là encore : cut. Ça reprend dans la voiture de police. Remboursez
). Et encore, l'ennui n'est pas votre seul ennemi, dans cette suite, car si vous aimiez un tant soit peu l'idée du Joker (2018) du sociopathe qui associe névrose et climat social anxiogène, prêt à exploser dans la violence et la folie (ce qu'aurait dû être ce 2), vous allez avoir mal au cœur dans le final. On a donc ce personnage qu'on croit enfin
sorti du tribunal, prêt à rejoindre les bandes du peuple qui l'approuvent (quelle que soit la moralité de leurs actions, ce qui aurait pu être discuté dans un 3)
, qui aurait pu s'éclater avec Harley Quinn à ranger Gotham avec un bazooka, mais non :
il se fait plaquer comme une vieille chaussette par Madame, et un gars inconnu (on l'a vu en arrière-plan, mais on ne nous l'a jamais présenté) arrive, le poignarde dans le ventre en deux secondes, et voilà, le Joker est mort... Ah oui, et au fait, c'était pas lui le Joker, depuis le début, ça sera le sombre inconnu au charisme d'huître qui vient de le dégommer.
Fin du film. Dans la salle, en-dehors des gens qui se sont ennuyés, on trouve surtout des gens horrifiés et outrés (on en fait partie), ne réalisant pas encore à quel point le film vient de leur faire un magnifique majeur dressé. Or donc, on pose sérieusement la question : à quoi sert cette suite ? Non vraiment, si l'exploration de l'univers de ce Joker ne l'intéresse pas, si le couple facétieux "Joker-Quinn" ne l'intéresse pas, si la comédie musicale en général (il ne faut pas aimer ce genre, pour pondre des resucées sans âmes de vieux tubes, balancés n'importe comment, et sans chorégraphie) ne l'intéresse pas, si la direction de ses acteurs (un qui attend juste de se barrer, et une qui meuble comme elle peut) ne l'intéresse pas, et si ce Joker-là ne l'intéresse pas plus que le
sort misérable
qu'il lui réserve, qu'est-ce qu'il peut bien nous apporter après le superbe premier film ? Vous l'aurez compris : on a plus que détesté, on s'est fait piétiner le cœur avec dédain par un film sans envie ni passion, qui n'en veut qu'au pognon. Si vous aimez Joker (2018), les comédies musicales, Joaquin Phoenix et Lady Gaga : sachez que vous n'êtes pas seul, si sur l'écran diffusant Joker 2, personne n'en a rien à faire, retournez-vous simplement pour voir des gens dépités car, eux, sont encore amoureux du cinéma.