"That's Life".
Alors qu'il se suffisait amplement à lui-même, devenant ce qui est sans nul doute la meilleure adaptation "hors-série" de l'univers DC au cinéma (comme un run de comics à part de la ligne officielle, disons) et une des plus intéressantes relectures sociétales des origines du Joker, le succès inattendu du film de Todd Phillips tourna à un tel phénomène populaire et critique que l'idée d'une suite se mit forcément à germer chez ses producteurs, d'autant que le réalisateur et son acteur Joaquin Phoenix (à la suite d'un rêve autour de son Joker dansant pour ce dernier) se sont montrés de plus en plus ouverts à un prolongement de l'aventure.
"For Once in My Life".
Et l'on se retrouve donc, aujourd'hui, devant un film défiant les attentes que l'on pouvait en avoir par son approche laissant désormais complètement libre cours à l'imaginaire musical débridé de son clown, ici en osmose avec les contours mouvementés de sa rencontre avec son nouveau grand amour, Harleen "Lee" Quinzel, qui vient bien entendu y donner aussi de la voix sous les traits de Lady Gaga.
Mais, sans doute à cause des coudées trop franches qu'à laisser le studio à Todd Phillips pour réitérer l'exploit du film précédent, "Joker: Folie à Deux" est également un objet étrange en tant que deuxième opus stricto sensu, à la fois, comme on l'a déjà dit, par son existence intrinsèquement constable et, surtout, par le fait que le long-métrage n'est pas vraiment une suite qui cherche à exister en tant que telle, préférant se contenter de n'être qu'un "Joker 1.5", dans l'ombre constante des évènements de son modèle et, pire encore, cherchant à les remettre en cause, à commencer par le symbole représenté par son clown meurtrier...
"If You Go Away".
Comme dépassé par son monstre et sa figure anarchique ayant parfois pu traverser l'écran pour rejoindre la réalité, Todd Phillips ne va avoir de cesse de grossir le trait sur la psychologie d'Arthur Fleck et de son alter ego cathartique pour faire du déroulement de cette "Folie à Deux" un décalque d'une danse du Joker, où un pas en avant scénaristique n'est finalement toujours suivi que par deux pas en arrière, et la maintenir ainsi dans un va-et-vient permanent où le personnage est de fait condamné à revivre une évolution similaire à la lumière du procès de ses actes passés pour en arriver à une destination inverse et malheureusement bien plus ordinaire que ce que l'on pouvait en attendre.
"What the World Needs Now Is Love".
Cependant, en dépit de numéros musicaux qui vont perdre en intérêt sur la durée (voire même devenir épuisants dans sa dernière partie), "Joker 2" va réussir à créer quelques étincelles sur la folie de son amour désespéré entre Arthur et Lee, certes de par ses acteurs (Joaquin Phoenix reste fascinant à voir se muer dans ce rôle face à cette nouvelle dynamique initiée par une Gaga judicieusement insaisissable) ou par l'utilisation pas si bête de certains fondamentaux du personnage d'Harley Quinn, mais surtout par ce que Lee va représenter face à la symbolique du Joker durant leurs péripéties romantiques: la rencontre d'un tremplin tant espéré vers la fin d'une existence sans lumière qui va finir par ne la renvoyer qu'à ses propres failles. Et, là-dessus, que ce soit à travers la couverture sentimentale ou, plus largement, sur ce que le Joker peut susciter comme fascination, cette suite touche à quelque chose de plutôt juste... même si elle donnera hélas dans le même temps l'impression frustrante de ne faire que l'effleurer.
Enfin, on se doit d'aborder -sans les déflorer, rassurez-vous- les ultimes minutes du long-métrage qui, en soi, sont une très bonne idée, cohérente avec vers ce quoi aura voulu nous emmener l'odyssée d'Arthur Fleck à travers ce deuxième film, mais elles n'en demeurent pas moins très prévisibles avec tous les signaux d'alerte entrevus à chaque moment où la caméra fouille certains arrières-plans de façon trop insistante (et, dans ce contexte de possible raccord à une mythologie plus importante, on peut aussi se demander aussi ce qu'il pourrait advenir de cette version d'Harley Quinn une fois cette conclusion passée).
"When You're Smiling".
L'amour se montre donc plus fort que la folie dans ce reflet moins brillant que l'éclat du film d'origine. Le savoir-faire de Todd Phillips et de ses acteurs (anciens comme nouveaux) rend toujours l'objet digne d'intérêt, laissant par moment entrevoir en lui quelque chose de bien plus grand... mais dont "Joker: Folie à Deux" ne s'empare jamais pleinement ou alors que bien trop timidement.
La blague était si bien pensée sur un seul film pour nous laisser sur un énorme éclat de rire. Dommage que son narrateur ait voulu tirer sur la corde de son effet irrésistible pour l'user en ne pouvant dès lors prétendre qu'à un simple sourire.
Jamais le Joker n'aurait commis un impair pareil.