Joker : Folie à deux prolonge l’univers du premier film en choisissant la rupture plutôt que l’escalade. Une suite volontairement déroutante, intrigante dans son geste, mais qui laisse un ressenti profondément ambivalent.
Il faut accepter d’emblée que Folie à deux ne cherche pas la continuité. Todd Phillips opère un déplacement formel net, privilégiant une approche stylisée et conceptuelle. La comédie musicale n’est pas un genre ici, mais un outil de distanciation qui modifie le rythme, la structure et le rapport émotionnel. Le film impose ainsi d’abandonner toute attente narrative ou dramatique classique.
Sur le fond, le film s’intéresse moins à la trajectoire d’un individu qu’au poids du mythe qu’il est devenu. Joker n’est plus en construction, mais figé, enfermé dans le regard des autres. La violence passe au second plan, remplacée par une réflexion sur la récupération d’une figure, la fascination collective et la perte d’identité. Le personnage semble écrasé par ce qu’il représente plus que guidé par ce qu’il ressent.
Le film interroge également la frontière entre fiction et réalité, ainsi que la responsabilité du regard collectif. En refusant toute glorification, Folie à deux cherche à déconstruire l’icône, quitte à frustrer. Les séquences musicales fonctionnent comme un espace mental stylisé et dissocié, soulignant davantage l’aliénation que l’émotion.
De mon côté, je suis resté très partagé, au point de trouver la note difficile à fixer. L’intégration de la comédie musicale m’a paru cohérente dans l’intention, mais peu engageante dans le ressenti. Je n’ai retenu aucune chanson, et ces passages installent le plus souvent un ennui qui me sort du film. En revanche, j’ai trouvé intéressante la volonté de démystifier Joker, de le déconstruire comme symbole, enfermé autant par ses admirateurs que par mon propre regard de spectateur. La prise de risque est réelle, même si je me demande encore si le film n’est pas allé trop loin dans cette logique.
Cette proposition révèle toutefois ses limites. J’ai souvent eu l’impression que le film tournait en rond, sans direction clairement lisible. La narration, plus abstraite et décousue, peine à créer une progression, et le rythme inégal renforce cette sensation de stagnation. Le malaise semble parfois recherché pour lui-même, au détriment de l’engagement.
Joker : Folie à deux s’impose finalement comme un objet clivant et singulier, stimulant sur le plan des idées, mais difficile à éprouver. Une suite audacieuse dans son geste, plus intéressante à analyser qu’à ressentir pleinement.