Plus d'un milliard de dollars de recettes pour un budget autour de 60 millions, et un bel accueil critique : "Joker" fut LE succès surprise de 2019. Todd Phillips prétendait alors que le film était un stand-alone, qu'il n'y aurait pas de suite, mais on sentait bien qu'il n'allait pas résister longtemps à l'appel des billets verts.
Bingo. En 2024 sort sa suite, "Joker: Folie à Deux", qui s'annonce comme une comédie musicale (?). Un choix déroutant. D'autant qu'avec un budget quadruplé, une grande liberté créative laissée à Todd Phillips et Joaquin Phenix, ainsi que la présence de Lady Gag, il y avait de quoi s'attendre à de l'audace.
Malheureusement c'est la grande douche froide. "Joker: Folie à Deux" est un film plat et ennuyeux, qu'il faut péniblement se farcir sur 2h20. Le problème principal, c'est qu'il ne raconte pas grand chose. Entre une romance sans grand intérêt (Lady Gaga totalement sous-exploitée), un procès qui ne mène à rien, et des intermèdes musicaux superficiels à souhait et sans utilité pour le récit. Même Joaquin Phenix a l'air de s'ennuyer. Au passage, je soupçonne qu'ils ont pompé l'idée du procès à Christopher Nolan, qui voulait construire la suite de "The Dark Knight" autour du procès du Joker, avant le décès de Heath Ledger.
On est aussi en droit de se demander où est parti le budget de 200 millions. Certes, les émoluments du réalisateur et des deux acteurs principaux en représentent grosso modo le quart (soit le montant du budget du premier film). Mais le reste ? A l'exception d'un court passage, il n'y a aucune scène spectaculaire. L'essentiel du film se déroule dans les couloirs d'Arkham et au tribunal. Mêmes les numéros musicaux sont sobres. Pire, les chansons sont existantes, aucune n'a été composée pour le film.
A titre de comparaison, "La La Land" a été tourné pour 30 millions 8 ans plus tôt. Et il était autrement plus inventif et spectaculaire sur la musique et les scènes de danse.
Néanmoins, je dois reconnaître à "Joker: Folie à Deux" son audace et sa ténacité à prendre les fans de "Joker" à revers. Voire à tout faire pour les mettre en rogne, dans une démarche quasi suicidaire commercialement parlant.
Vous pensiez voir Arthur Fleck devenir le prince du crime de Gotham, comme cela était fortement sous-entendu à la fin de "Joker" ? Raté, rien de tout cela. Vous pensiez voir Arthur Fleck devenir la figure révolutionnaire et anarchiste que certains lui ont attribué après le succès du premier film ? Raté, Phillips désamorce consciencieusement et peu subtilement tout propos de cet acabit. Fleck ne sera tout au long qu'un pauvre type frêle et souffrant psychologiquement.
Todd Phillips y va même encore plus fort, comparant le public du premier film à celui du procès, et montrant qu'il se sent trahi par la vraie nature pathétique du personnage de Fleck. Et faisant bon nombre de références méta dans les scuds qu'il envoie régulièrement aux amateurs du premier.
Un parti pris suicidaire franchement intéressant. Le hic c'est que c'est fait dans un récit qui ne sait pas quoi raconter, et sans subtilité.
En tout cas la Warner n'est pas prête de recommencer ce type de production en laissant un budget conséquent et une liberté totale à un poignée d'artistes. Malmené par la critique, "Joker: Folie à Deux" s'est surtout pris une méga fessée au box office. Avec seulement 200 millions de dollars de recettes internationales, bien loin des attentes et de son seuil de rentabilité.