Il y a de nombreux moments de pure beauté dans Nobody has to know et ils ne sont pas uniquement dus à la splendeur sauvage des côtes écossaises. Bouli Lanners a été bien inspiré de s'oxygéner pour sa nouvelle réalisation qui s'avère être sa plus probante et touchante. Un vrai drame romantique qui commence avec un AVC et l'amnésie qui s'ensuit pour un étranger sur cette île écossaise, qui a fui on ne sait trop quoi. Sa part de mystère n'est pas la seule à soulever des interrogations, celle qui entoure l'autre personnage principal de Nobody has to know, une femme d'âge moyen, interpelle tout autant. Ce qui est quasi miraculeux dans le film, c'est que même les sous-intrigues (le chien) apportent leur content d'humanité et enluminent le récit. Au sein de la petite communauté ilienne, où la messe du dimanche est sacrée, l'esprit de corps n'empêche pas une certaine solitude, tout du moins pour des âmes un peu perdues. Mais tout autant que son scénario, simple et prenant, c'est la densité de la mise en scène qui fait accéder le film à un niveau plus élevé, avec des cadrages originaux sans être tapageurs et une élégance soutenue dans une austérité pour certains plans qui ne sont pas loin de faire penser à Dreyer, excusez du peu. Ajoutez-y l'interprétation parfaite de Bouli Lanners et l'incroyable capacité d'émotion de Michelle Fairley et vous obtenez ce que l'on pourrait appeler une pépite si le terme n'était pas aussi galvaudé.
En avant première au Fifib, j'ai eu la chance de pouvoir voir ce film longtemps avant la sortie officielle. Elle était suivie d'une rapide discussion en visio avec Bouli Lanners, au téléphone, et micro contre le haut parleur du téléphone, à cause de soucis techniques rencontrés pour diffuser le son dans la salle du cinéma. Ça rajoute au charme de la rencontre on va dire haha
La suite contient des spoilers.
Quand je vais au cinéma voir un film, je lis le synopsis avant, et je suis toujours perplexe. Nobody has to know est un film touchant à tous les niveaux. L'histoire d'amour au centre du film est décrite avec douceur et retenue. On vit et ressent avec Millie les tourments dans son coeur, la contradiction entre ce qu'elle souhaite, et ce qu'elle sait ou pense ne pas être moral. Michelle Fairley interprète à merveille tous ces sentiments mêlés d'envie et de peur, l'angoisse liée à l'idée de construire un mensonge pour créer une histoire qu'elle aurait souhaitée plus tôt, la difficulté à se laisser aller de peur que son mensonge soit découvert, à la fois par les habitants de la ville, et par Phil, son amant amnésique, ainsi que la tendresse qu'elle ressent pour lui, l'amour qu'elle a envie de s'approprier. Bouli Lanners est touchant dans le rôle de Phil, on ne peut s'empêcher de ressentir une grande tendresse pour cet homme au caractère si doux. La "révélation" de Millie sur leur histoire d'amour passée provoque en lui un désir immédiat de vivre à nouveau cette aventure, c'est criant de sincérité. La tête a peut-être oublié, mais le corps lui est imprégné de l'amour qu'il ressent pour elle.
Et puis il y a cette histoire d'amour entre Brian, le neveu de Millie, et Nigel, le chien que Phil croyait sien. L'innocence sur le visage de Brian, l'attachement qu'il ressent pour ce joli dalmatien ne peut que me saisir au coeur et me renvoyer à l'amour que j'ai pour mon chaton. Alors comment ne pas fondre de bonheur quand les vrais propriétaires de Nigel proposent une sorte de garde partagée ? Mon p'tit cœur était soulagé.
Et puis les décors. Une île Écossaise, le temps gris, l'océan, les grands prés torturés par le vent. C'est d'une beauté incroyable. Les habitants, l'église, le bar, les rapports avec la population locale... On est complètement immergé, on est parmi eux, on est nous aussi perdus sur cette île, on pourrait presque ressentir dans la salle du cinéma la vie de ces personnes.
C'est un film magnifique. Mon seul regret ? On voit pas assez les chiens (oui parce qu'il y en a 2 en fait !) ... :D