C'est Monia Chokri, pour sa seconde réalisation après La Femme De Mon Frère, qui adapte la pièce de théâtre de la dramaturge et scénariste Catherine Léger.
Nous sommes en 2022 et le sexisme a toujours une place aussi prépondérante dans notre société. Quand on y pense, c’est tout bonnement incroyable qu’une civilisation développée comme la nôtre ne se rende toujours pas compte que les hommes et les femmes doivent être égaux. C’est sur ce postulat que va partir Babysitter. Seulement, au lieu de me faire une tirade classique concernant le machisme, c’est un style assez décalé qui va nous être proposé.
Au départ, il pourrait sembler tout à fait normal. On remarque tout même que le style de réalisation est atypique dans le cadrage et dans le montage. Cependant, nous sommes loin de nous douter de toute la folie qui va nous embarquer. Ce qui est génial est que la trame de base est tout ce qu’il y a de plus réaliste. Un homme fait un acte déplacé à l’antenne envers une femme. Il est fiché, tout le monde le boycott et il va tenter de se relever. De manière ironique, le film va presque le tourner comme une victime dont le geste condamnable va se transformer une opportunité pour évoluer. En fait, ce film marche un peu sur la tête et rassurez-vous, c’est tout à fait volontaire. À travers cette folie de société va se cacher un message clair. C’est une vraie critique sociétale efficace qui nous est proposée. Il y a une remise en question de la place de l’homme et de la femme dans notre société moderne, ainsi que les rapports qu’ils ont entre eux. Par contre, sur la fin, ça va partir loin et ça pourrait perdre quelques spectateurs.
Il faut noter le génie qui ressort de cette réalisation. On va savourer un message politique fort et passer un moment agréable. C’est tout simplement hilarant. On a des scènes tellement ubuesques que c’est obligé de faire rire. L’atmosphère décalée va permettre de supporter largement et de comprendre le ton ironique. Le but est clairement de se moquer du machisme. Cette comédie est très condensée. Cela se ressent dans son rythme soutenu et heureusement qu’elle ne dure pas plus d’une heure et demie sinon ça aurait pu perdre le spectateur.
Les acteurs sont tous géniaux. Monia Chokri va se donner le rôle de la femme et l’assume parfaitement. La Française Nadia Tereszkiewicz va être une révélation dans le rôle de la fameuse baby-sitter. Si le génie de cette comédie est possible, c’est aussi grâce au talent de Patrick Hivon. Le Québécois régale.
Cédric est un jeune papa. Suite à une blague sexiste, ce dernier va être suspendu de son travail et retrouver sa jeune fille. Durant cette période, il va alors réfléchir à sa my soignée en écrivant un livre. Nadine, sa femme en pleine dépression va profiter de sa présence pour reprendre le travail. Un film canadien réalisé par l’excellente Monia Chokri à l’univers et à l’humour incroyable. Elle réussit à rire du féminisme sans ni le ridiculiser, ni le caricaturer. Rare à notre époque !
Adaptation de la pièce de Catherine Léger et deuxième réalisation de Monia Chokri après La Femme de mon frère, la comédie Babysitter s'offre le visuel digne d'un bon Dolan (elle a repris sa chef déco) et l'humour décalé de sa réalisatrice. On ne compte pas les plans où l'on se dit que "ça ferait un chouette tableau à la maison", tant l'esthétique des décors est travaillée, comme une vision fanée des bourgs des années 50, trop colorés, trop plein d'objets d'art déco, avec des vêtements qu'on n'oserait plus porter sauf à la fashion week, mais l'intrigue se situe bien en 2022. Le contexte post-MeToo ne nous en fait jamais douter : le film tape autant sur les machos qui se permettent trop, que sur tous les internautes et spectateurs télé qui se font juges à la place du juge en un claquement de doigts. On a adoré cette position de l'entre-deux, comme si l'on devenait le témoin de deux camps opposés qui s'écharpent et dont le principal intéressé fait son pain béni (pendant que tout le monde juge, lui voit comment tirer profit du battage médiatique, et c'est bien là que Babysitter propose un scénario rusé). On s'est parfois un peu perdu dans le côté foutraque de l'humour (ça va très loin, très vite), mais on s'est rattrapé au final par le côté fantasmagorique, si ce n'est purement fantasmé, de la baby-sitter... spoiler: Tel l'esprit qui apparaît pour révéler tous les désirs les plus profonds de leurs interlocuteurs, qu'ils soient libérateurs ou pervers, puis les plante en pleine catharsis pour qu'ils repartent sur les bases d'une vie plus honnête, la baby-sitter nous a ramené aux personnages les plus intéressants des films noirs (Chokri s'est inspirée des films giallos et expressionnistes). Le rythme est excellent, on ne voit pas la petite heure trente défiler, et l'on plonge gaîment dans ce bazar humoristique qui contraste avec la minutie des compositions visuelles. Mention aussi à tous ces plans où un objet ou un personnage débarque dans le plan sans qu'on l'y invite, comme une case de BD qui ne supporterait pas le hors-champ (la tasse de thé qui se jette en premier plan devant le regard surpris de l'épouse, on a adoré). Décalé, mais pas débile, et ça change tout.
Après La femme de mon frère, Monia Chokri passe à la vitesse supérieure avec Babysitter. Le film commence comme une chronique post #MeToo, avec un héros misogyne sans le savoir, avant d'aborder un spectre plus large, mais toujours très actuel et surtout puissamment cinématographique. Le film est à la fois stylisé à mort et très culotté, comme l'est souvent le cinéma québécois, autour du désir et de la domination, entre les deux sexes. Le rythme de Babysitter est ébouriffant et déstabilisant, la réalisatrice ayant par ailleurs décidé d'emprunter les codes de l'horreur et de l'érotisme, inspiré notamment par le cultissime Les lèvres rouges de Harry Kümel. Il s'agit bien d'une comédie, que l'on ne s'y trompe pas, assez souvent irrésistible, mais dont la mise en scène chiadée et colorée ne cesse de surprendre. Sur le plan thématique, Monia Chokri préfère manifestement les questions aux réponses toutes faites et il ne faut pas compter sur elle pour délivrer un message sans ambigüité, à l'instar de la pièce de théâtre que le film adapte, avec de nombreux ajouts au texte initial. Côté interprétation, comme presque toujours dans le cinéma de la Belle province, c'est du nanan, avec des acteurs qui n'ont pas peur du ridicule. Un bémol quand même ? Oui, peut-être les dialogues en mode mitraillette pour lesquels, malgré les sous-titres, il y a nécessairement un peu de déperdition.