Pacifiction - Tourment sur les îles
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204 critiques spectateurs

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Emile C.
Emile C.

4 abonnés 125 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 12 novembre 2022
Un film qui impose une temporalité lente pour nous promener dans les magnifiques paysages insulaires en suivant B. Magimel dans le rôle du représentant de l'Etat. Si l'on accepte d'entrer dans la démarche, les 2h45 passent vite. Une remarquable réussite.
Pascal
Pascal

254 abonnés 2 414 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 12 novembre 2022
Le cinéaste espagnol Albert Serra, présentait " pacifiction" en compétition au festival de Cannes ( 2022 ), ou il est reparti sans aucune récompense.

Tout est dans le titre : la vie dans les îles du Pacifique et l'imaginaire, la fiction. Autant dire qu'il semble inutile de chercher un quelconque réalisme dans le dernier opus du realisateur catalan.

Il y a un vague scénario ( des rumeurs circulent à Papeete laissant entendre que la France va reprendre ses essais nucléaires en Polynésie) prétexte aux déambulations du Haut Commissaire ( Benoit Magimel qui tient le film sur ses épaules) dans l'île de Tahiti et à un bref voyage dans l'archipel.

La reprise des essais fait ( peut-être ?) écho à un monde à l'actualité menaçante dont les soubresauts se font sentir jusqu'aux territoires les plus éloignés du globe.

"Pacifiction" 'est finalement une expérience sensorielle du bout du monde ; celle éprouvée par un occidental loin de ses racines, que propose Serra, tout au long de son opus hypnotique, onirique voire cauchemardesque ( les ultimes propos de l'amiral à ses subordonnés font craindre le pire).

La longueur de " Pacifiction " se justifie en ce qu'elle contribue à provoquer chez le spectateur l'engourdissement des ambiances de torpeur tropicale, même si les dernières vingt minutes auraient sans doute pu être raccourcies.
anonyme
Un visiteur
0,5
Publiée le 11 novembre 2022
La promesse de voir un thriller en Polynésie n'est qu'un gros et treeees long mensonge. Magimel joue bien mais complètement desservi par une intrigue nullisime. Circulez il n'y a rien à voir !
Chris CD
Chris CD

11 abonnés 20 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 11 novembre 2022
La performance de Benoît Magimel est très puissante, il incarne son personnage à la perfection dans un film original à l’atmosphère glauque et très particulière, loin des clichés de Tahiti. L’idée de la rumeur d’une reprise des essais nucléaire est excellente et donne au film un thème très actuel. Le méli-mélo géopolitique entre le haut-commissaire de la République, l’armée et les conflits d’intérêts avec les différentes autorités locales est dérangeant. Mais malheureusement, le film a des longueurs. Le folklore autour des danses dans le club local aurait par exemple, très bien pu être coupé au montage.
Bart Sampson

414 abonnés 855 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 11 novembre 2022
Certains films posent un véritable cas de conscience cinéphile.
« Pacifiction : Tourment sur les Îles » du réalisateur Cannois-compatible Albert Serra en est un parfait exemple.
D’une beauté formelle évidente (il a reçu les plus beaux éloges de la presse dite pointue), il témoigne du talent d’un faiseur d’images. Cadrage, photographie, travelling sont parfois renversants mais….parce qu’il y a un mais…un scénario indigne* bourré de cliché (j’ai compris le titre « Pacifiction » comme un demi aveu du manque de crédibilité de l’histoire) et surtout une direction d’acteur qui part en roue libre.
La plupart des acteurs polynésiens sont amateurs et même si parfois le charme opère à l’écran, à d’autres moments on aurait envie de souffler à l’oreille du réalisateur que trop d’amateurisme nuit au spectateur. Quant à Benoît Magimel j’ai eu l’impression qu’il carburait à la méthadone tout du long.
Au final une version muette du film m’aurait probablement convenue même si 2h45 m’a semblé une éternité.
Et vous qu’en avez-vous pensé ?
*Sur l'île de Tahiti, en Polynésie française, le Haut-Commissaire de la République De Roller, représentant de l'État Français, est un homme de calcul aux manières parfaites. Dans les réceptions officielles comme les établissements interlopes, il prend constamment le pouls d'une population locale d'où la colère peut émerger à tout moment. D'autant plus qu'une rumeur se fait insistante : on aurait aperçu un sous-marin dont la présence annoncerait une reprise des essais nucléaires français.
Thierry B.
Thierry B.

1 abonné 19 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 11 novembre 2022
Rarement un film aussi long aura été aussi ennuyeux. Le scénario semble totalement absent, même le lieu de tournage n'est pas mis en valeur, le paradis Tahitien est ici montré pratiquement tout le temps sous la pluie... l'ambiance est glauque et confine au ridicule avec des plans hyper longs . Évidemment Benoît Magimel reste un très bon acteur mais on se demande comment il a pu accepter de faire ce navet. Sergi Lopez ne dit presque rien, on filme son regard plusieurs fois... On voit beaucoup la Mercedes blanche de fonction de Magimel, une bonne pub pour la marque. Bref, presque 3 heures à chercher du sens et l'ennui est profond, à éviter!
Yves G.

1 846 abonnés 4 021 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 11 novembre 2022
Le haut-commissaire en Polynésie française, M. De Roller (Benoît Magimel) sillonne Tahiti et les îles avoisinantes à la rencontre de la population pour faire le clair sur une rumeur persistante : la reprise imminente des essais nucléaires.

Albert Serra est un réalisateur inclassable du cinéma européen. Ses précédents films, dont l’affèterie revendiquée m’avait rebuté ("La Mort de Louis XIV", "Liberté") emprunté leurs sujets à l’histoire et se déroulaient en Europe. Changement radical avec ce tournage en Polynésie française et cette histoire censée se dérouler de nos jours.

Le cinéma n’a pas souvent filmé la Polynésie française, depuis "Les Révoltés du Bounty" qui a laissé sur place Marlon Brando qui y prit femme et y acheta un atoll. De mémoire, je ne pourrais guère citer que "Gauguin", tourné aux Marquises sur les lieux mêmes des dernières années du peintre de Pont-Aven, dans un décor plus vénéneux que paradisiaque.
"Pacifiction" présente l’immense attrait de donner à voir des paysages magnifiques : l’île de Moorea telle qu’on la voit depuis les quais de Papeete, les rouleaux intimidants de Teahupoo qui attirent les surfeurs du monde entier (et où les épreuves de surf de Paris2024 seront curieusement délocalisées). Mais c’est bien là, de mon point de vue, le seul attrait d’un film qui m’a laissé sur le bord du chemin.

Pourtant, Jacques Mandelbaum du "Monde" le tient pour un chef d’oeuvre et déjà deux de mes amies de la blogosphère, qui comme moi s’y sont ruées dès sa sortie, ne tarissent pas d’éloges. Ils n’ont pas tort de vanter la composition de Benoît Magimel et de souligner combien l’atmosphère du film est envoutante.

Pour me laisser envouter, encore aurait-il fallu que je me laisse embarquer. Ce ne fut pas possible. La faute à mon rationalisme à deux sous et mon besoin d’un minimum crédibilité.

Qu’Albert Serra ait voulu écrire une satire du pouvoir – à supposer que ce fut son objectif ce dont rien ne permet d’être certain – il en avait le droit. Qu’il ait voulu pour ce faire donner le rôle principal de "Pacifiction" au représentant de l’Etat en Polynésie française – qui, dans cette collectivité d’outre-mer, porte le titre de haut-commissaire alors qu’il porte celui de préfet dans les cent-un départements de métropole et d’outre-mer – pourquoi pas ? Mais cela suppose au minimum que le personnage interprété par Benoît Magimel de rentrer dans le costume sinon dans l’uniforme préfectoral.

J’ose à peine imaginer l’effarement de l’actuel haut-commissaire à Papeete, ou de son prédécesseur que j’ai eu la chance de connaître, ainsi que de tous les sous-préfets qui l’entourent devant ce film ! Comment imaginer qu’un préfet traîne dans une Mercedes aux plaques rouges en costume blanc de souteneur marseillais dans des boites de nuit interlope au bras d’un Mahu ? L’agenda d’un préfet est surchargé. Il passe la plupart de ses journées en réunion à son bureau et se déplace dans son département selon un protocole millimétré, avec plusieurs collaborateurs et les autres services de l’Etat. Il n’a pas le temps ni la liberté de traîner dans les bars louches. Comment oser lui faire tenir devant des élus locaux sur le ministre et sur le Président les propos qu’on met dans sa bouche ? Comment penser un seul instant qu’il ne soit pas au courant d’un éventuel, et abracadabrantesque, projet de reprise des essais nucléaires qu’un amiral – qui porte la casquette et les galons d’un capitaine de vaisseau – lui cacherait à partir d’un sous-marin mystérieusement caché au large ?

On me dira que j’ergote. On aura peut-être raison. J’aurais dû lâcher prise, ne pas m’arrêter à ses détails administratifs pour me laisser envouter. Il l’aurait fallu pour supporter ce film obèse de près de trois heures qui aurait pu durer le double ou la moitié sans que rien ne change dans l’ersatz d’histoire qu’il esquisse.
Les choix de pauline
Les choix de pauline

161 abonnés 270 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 10 novembre 2022
Une proposition non dénuée de charme mais pas aussi passionnante que je l’aurai aimée.
On pense à « lost in translation », un film sur l’ennui où on s’ennuyait ferme quand même!!
Je m’attendais à un film foutraque et absurde mais plus vénéneux.
On aime benoit magimel et il est parfait dans ce rôle de petit potentat qui semble s’engluer dans ce paradis en vase clos , shooté par l’ennui, la suffisance, la mauvaise conscience continentale.on aurait adoré que leos carax ou Abel Ferrara soit au manettes pour nous faire un vrai bad trip!
Pas inintéressant mais il faut dire ce qui est! On s’y ennuie quand même beaucoup!!
Tumtumtree
Tumtumtree

202 abonnés 578 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 10 novembre 2022
Il est bien normal que Pacifiction clive à ce point les avis sur ce site. La durée du film, son rythme, la ténuité de son récit, l'anachronisme de son thème (des essais nucléaires en 2022) lui attirent les foudres, sans doute légitimes, des spectateurs allergiques à ce type d'expériences. Pour compenser, la production ou le distributeur fait écrire des fausses critiques (probablement) avec 5 étoiles à la clé. On ne peut que recommander de bien se renseigner avant de payer sa place et d'entrer dans la salle, car oui, il s'agit d'une expérience de cinéma aussi exigeante qu'un Apichatpong Weerasethacul, un Andreï Tarkovski, un Bela Tarr. Certains souffriront... et c'est bien désagréable de se sentir piégé dans une salle de cinéma face à un film qui ne plaît pas.
Mais bon, pour ceux qui aiment Apichatpong Weerasethacul, Andreï Tarkovski ou Bela Tarr, Pacifiction est une expérience rare et profonde. Rare car il sera peut-être le plus grand film montrant la Polynésie française et ses ambiances si particulières. Lors des avant-premières, Albert Serra raconte comment le tournage sur place a donné lieu à toute une exploration de l'archipel, quitte à ajouter des scènes absolument pas prévues dans le scénario initial, telle la scène de surf, très impressionnante. Profonde car, même s'il s'en défend, Albert Serra réalise un film éminemment politique, et politique comme rarement. En suivant un représentant local de l'État qui cherche à la fois à satisfaire les intérêts de ses interlocuteurs et à répondre aux attentes de la population, le cinéaste affronte les deux aspects de la politique comme pratique politicienne (stratégie, arrangements, combines, etc.) et comme recherche du bien pour la cité. Le personnage joué par Benoît Magimel dialogue avec tous, circule partout : les hôtels, les boîtes de nuit, les compétitions sportives, les bases de l'armée, les villes, les campagnes, diverses îles, etc. comme pour dire que la politique et le politique innervent toute la société. Et cette figure locale se retrouve confronter à des enjeux géo-politiques internationaux, portant le politique à une autre échelle et montrant comment dans notre monde actuel, les grandes puissances s'affrontent partout, jusqu'au fin-fond de l'océan pacifique.
En cela, Pacifiction restera sans doute comme un témoignage monumental du monde comme il va en 2020-2022. Monumental car la forme choisie l'est. La mise en scène, ample, décrit les paysages polynésiens, au travers d'un trajet en avion ou d'une compétition de surf dont les rouleaux furent parmi les plus puissants de la décennie. Elle traque aussi les ambiances des hôtels actifs ou abandonnés, des bars, des résidences de commis de l'État, des soirées graveleuses, en des jeux de couleurs et de lumière presque iréels. Monumental aussi par le mystère qui entoure certaines scènes, comme ce dialogue avec des Tahitiens dont la moitié seulement est traduite en un protocole complètement incohérent (et assumé comme tel) et spoiler: comme la fin aux propos tout aussi énigmatiques
. Benoît Magimel participe de cette étrangeté en un jeu décalé qui, comme l'explique le cinéaste lors des avant-premières, tient au fait qu'il ne disposait pas vraiment d'un scénario, ne savait rien du sens des scènes, était dirigé phrase après phrase par des directives évanescentes qu'on lui soufflait via une oreillette. Ici, on est clairement dans le registre de l'art contemporain ou du théâtre contemporain, pas si fréquents en salles grand public. Accompagné de seconds rôles parfaitement castés, Magimel signe là l'une de ses plus grandes performances, en une seconde partie de carrière toujours aussi convaincante.

Bref, il est normal, légitime et attendu qu'un tel opus cinématographique heurte les attentes de spectateurs loin d'un tel cinéma. Pour d'autres, ce film est la preuve vivante que le cinéma le plus ambitieux, le plus exigeant n'a pas disparu et que l'art sert aussi à traduire, en des formes parfois ouvertes et énigmatiques, l'état du monde.
Joce2012
Joce2012

262 abonnés 750 critiques Suivre son activité

0,5
Publiée le 10 novembre 2022
Film sans aucun intérêt, il ne se passe rien, plans de cinéma qui ne se suivent pas, heureusement de belles photos de Tahiti, des longueurs à n’en plus finir, à éviter
Jean-Pierre Jumez
Jean-Pierre Jumez

116 abonnés 222 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 9 novembre 2022
Des dialogues interminables et inintéressants
Des monologue interminables et inintéressants
Des silences interminables et inintéressants (y compris 15 minutes en fin de film)
Un argument captieux (un essai nucléaire en 2025)
non, on ne s'ennuie pas à Tahiti, peuplé de rérés (si l'on en croit le film)
C'est dans ce film que l'on s'ennuie
saile
saile

3 abonnés 1 critique Suivre son activité

5,0
Publiée le 9 novembre 2022
On a parfois tendance à l’oublier dans cette ère de films produits à la chaîne, mais le cinéma se peut souvent expérience transcendantale. Se satisfaisant souvent à une compréhension de surface, du petit clin d’œil au twist, de l’étonnement à la prise à la gorge, le spectateur est une proie facile capable d’arrêter réflexion et de donner pleine acceptation à des œuvres sans unicité pour peu qu’elles lui offrent un instant de répit dans une longue vie trop complexe au bord d’un gouffre semblant infini. Il faut tout comprendre, tout ressentir, ne pas laisser place à la confusion et à l’hésitation mais suivre une ligne directrice et rassurante.

C’est en ce sens que Pacifiction semble sauveur d’un cinéma de sorcier dont son réalisateur Albert Serra est avec Apichatpong Weerasethakul le plus grand des représentants actuels. « Rien ne m’intéresse sauf l’image » dit-il en entretien et l’image est ici mouvement, texture, sensualité et sensorialité. Car Pacificition est l’inverse d’un film lointain et stérile, qui imposerait sa virtuosité sans impliquer, fier de soi égoïste dans ses envies. C’est un film cœur, un film coton dans la plus grande tradition d’un cinéma souvent asiatique de Tsai Ming-Liang à Mamoru Oshii. Un cinéma injectant ses vibrations, sa mélancolie et sa force directement dans les os de son public pour les amener dans une transe à la fois abrasive et ouateuse, qui n’esquive pas le gouffre mais le regarde et y hurle. Pacifiction en est de ceux-là et sa beauté presque anachronique en est le premier épanchement.

Anachronie déjà des décors, plongés dans une Tahiti fantasmée et morcelée dont il ne reste qu’une image (encore) et dont toute la substance se retrouve polluée par les altérations extérieures à son essence. Si le film embrasse cette texture tiki sortie des années soixante, c’est pour mieux révéler l’absurdité de ces lieux de paradis vidés de leur substance par leur érotisation des mains mêmes de ceux qui sont censés la diriger et la maîtriser (incroyable Pahoa Mahagafanau). Anachronie ensuite des situations et des problématiques, Serra ressuscitant un imaginaire politique désuet, entre préfets de blanc vêtus et paranoïa du nucléaire. « On va pas revenir en 95 » dit Matahi dans ce qui est l’un des pics de tension du film, et pourtant le film se plaît à explorer ce passé fantasmé, digne d’un film de James Bond, avec son exotisme primaire, ses séductions faciles et ses méchants mystérieux à l’accent indescriptible. Il en désosse la tangibilité pour se farder de cette esthétique, de ces images (!) et de ces particularités, transposant à la menace un mirage et à la quête du personnage un éveil psychédélique dans une dernière heure à la puissance d’évocation digne des meilleures séquences des meilleurs films de David Lynch. Anachronie enfin de sa lumière, ce coucher de soleil permanent, qui ne faiblit que pour faire tomber les ténèbres sur les personnages et leurs désirs. On se croirait parfois dans un film de l’ancien Terrence Malick, cette golden hour rappelant l’or des Moissons du Ciel, dans un jusqu’au boutisme visuel aux bords du kitch qui ne saurait jamais pourtant y plonger sans son plein consentement.

Pacifiction ne peut cependant pas être un film rétrograde et plongé dans la nostalgie confortable d’une époque fantasmée où le cinéma aurait été plus art qu’industrie – la référence aux films d’espionnage allant à l’opposé de ce snobisme. S’il s’incarne autant dans une vision passéiste c’est avant tout pour rappeler que c’est une fiction du temps réel, et que ces questionnements sociaux, esthétiques et artistiques sont aussi ceux d’aujourd’hui, loin des yeux et des critiques. Serait-ce si absurde que de telles magouilles se passent dans ces territoires éloignés ? Serait-ce si absurde que la France s’épanche si cruellement dans ses territoires post-coloniaux ? Ne méritons pas du beau en réponse à la cruauté des fonds verts et des cinéastes modernes que la porosité de l’image n’intéresse plus ? Rien n’incarne autant cette tension que Benoît Magimel, qui livre sans aucun doute une des performances les plus fortes de sa longue et méritante carrière. Il y a-t-il corps plus formidable dans le cinéma français d’aujourd’hui ? Gueule cassée au charme irrésistible d’ancien modèle sur le retour, ancré dans le sol, puissant et d’une sûreté de soi en perpétuel combat avec sa fragilité indépassable. Ce rôle de maire de dessin animé, à la fois surpuissant et incapable de comprendre son entourage, sur-présent et fantomatique, habité et vide est ce qu’un acteur français a campé de mieux depuis des années.

Comme son titre en fusion nouvelle de deux mots, Pacifiction crée un cinéma inédit devant nous en mêlant ce que l’on connait déjà. Il ne s’agit pas de simplement remanier des thèmes connus, mais de les transmuter par leurs différences et leurs points de rapprochement. On pourrait qualifier Pacifiction de rencontre entre le Weerasethekul psychédélique de Tropical Malady et le De Palma paranoïaque de Blow Out, mais ce serait affadir sa puissance novatrice et alchimique.

Il y a une scène vers la fin du film qui réunit l’essence de cet entre-deux. Dans une boîte de nuit inquiétante, remplie de soldats à demi-nus prêts à faire exploser des torpilles nucléaires, leur chef est au comptoir, ivre. La musique y est lourde, puissante, angoissante, la lumière bleutée donne au tout une puissance de cauchemar dans une dernière heure ou la logique scénaristique a disparue pour laisser place une sensorialité pure. Sans prévenir le spectateur ou les personnages, la musique change, laissant place à une sortie de variété des années 50. Le colonel se met alors à danser seul, puissance éthérée par l’alcool, dans une parenthèse mi-comique mi-horrifique. Une minute plus tard, la musique s’arrête et le martèlement électronique reprend, sans plus de raison scénaristique ou métaphorique. Cette rupture choque, questionne, martèle, crispe ou perturbe, le film se rend alors autre à lui-même, dans une confusion poétique, créant des étincelles par son propre illogisme. Par la comparaison avec ce qui la précède et lui suit, cette séquence impose un malaise qu’elle n’aurait jamais pu amener seule tout comme elle renforce l’oppression sensorielle qui suit.

Pacifiction est un film aussi maîtrisé qu’imprévisible, sa réalisation modèle ne puisant que plus de puissance dans la surprise perpétuelle de son déroulé. Quelque part entre l’artifice et le sauvage, entre le cinéma vérité et la (paci)fiction la plus opaque et écrite, entre le signe et son signifiant. En sublimant ainsi l’absurdité et la fausseté de l’image et en l’habitant par l’incarnation si forte de ses acteurs, Albert Serra lui redonne une mystique. C’est un film rare qui croit autant dans le médium cinéma que dans ses spectateurs, qui croit en lui comme en nous, qui croit que le cinéma n’est ni mort ni malade et cherche encore et encore à le réinventer. Pacifiction est à la fois miracle et sidération, créateur d'une nouvelle forme d’expression et de sensations que la salle de cinéma (et donc la vie) n’avait encore jamais porté.
juliak
juliak

1 critique Suivre son activité

5,0
Publiée le 9 novembre 2022
Éblouissant. Ce film m'a non seulement illuminé l'esprit et le corps mais à révélé des parts de moi-même que je ne connaissais pas encore.

Benoît Magimel, avec son allure toujours aussi fière et sophistiquée, m'a fait frémir de bonheur. C'est beau, c'est bien filmé, c'est bien écrit, c'est bien joué, bref ça a de la gueule comme un dimanche sous le soleil des tropiques.

Ma grande tante m'a convaincu d'aller voir ce film dont je n'avais pas entendu parler jusqu'à présent. Le reste est rentré dans l'histoire...
studioewok
studioewok

6 abonnés 1 critique Suivre son activité

1,5
Publiée le 25 janvier 2023
J'ai eu l'occasion de voir ce film au festival de Cannes et je vous le déconseille vraiment sauf si vous avez un coussin pour dormir.
L'idée du film est bonne mais malheureusement très mal représenté.
De plus je trouve qu'il y a beaucoup de scène qui sont présente pour combler un vide scénaristique et d'autre qui n'ont pas de réel sens dans ce film
En bref si vous vous ennuyer vraiment et que vous souhaitez dormir pendant la séance je vous le conseille
BERNARD GOLDBERG
BERNARD GOLDBERG

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5,0
Publiée le 9 novembre 2022
Magnifique film. Belle mise en scène, Magimel formidable ainsi que les autres acteurs et ceci dans un paysage à couper le souffle.
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