Qui est le film ?
Anaconda n'est ni remake du film de 1997, ni un reboot assumé, ni une suite déguisée, le film choisit la voie du commentaire avant même celle de la fiction. Il s’inscrit dans cette vague récente de productions hollywoodiennes qui regardent leur héritage avec un sourire dégueulasse en coin. Le film promet un retour ludique dans la jungle, une relecture d’un nanar culte mais même ça, c'est déjà trop.
Par quels moyens ?
Dès son postulat méta, le film sait que la série B naïve n’existe plus. Mais au lieu de transformer cette lucidité en geste critique, il en fait un alibi. Le méta devient un bouclier. Le film se moque de lui-même avant qu’on ne le fasse, espérant ainsi neutraliser toute exigence : une étrange sensation de lâcheté.
Le méta, pourtant, suppose une dialectique entre le modèle et sa relecture. Ici, cette tension n’existe pas. On cite Anaconda, on le cligne de l’œil mais on refuse d’en penser la matérialité, la violence le rapport au danger. Le film ne dialogue pas avec son passé. Il le consomme. Pourtant, le film parle tout le temps. Il commente tout. Il remplit chaque silence par une vanne, un cri, une grimace. Jack Black devient le symptôme d’un cinéma qui confond énergie et agitation. Qui plus est, le film fait semblant d’être maladroit, mais cette maladresse est scénarisée, anticipée, sécurisée. Il échoue à être sincèrement mauvais, et donc à être joyeusement jouissif.
Cette absence de sincérité se cristallise dans la figure du monstre et de l'Amazonie (qui arrivent au bout d'une heure de film) Le serpent n’a plus de poids. Plus de texture. Plus de présence. Dissous dans le numérique, il n’est jamais un corps en lutte avec d’autres corps. Il flotte. Il surgit. Il disparaît. Le danger n'existe pas.
Quelle lecture en tirer ?
Ce qui manque ici, ce n’est ni le budget, ni l’intelligence, ni même l’humour. C’est la foi. La foi dans un monstre. Dans un espace. Dans une peur simple. Dans le plaisir brut du cinéma de genre.