Grand Marin, c’est beaucoup comme le culte de l’ellipse. Cette absence de connaissances de son passé, de son passif même, vient aussi nous démontrer que Lili, c’est en fait toutes les femmes. Le spectateur ne la jaugera ni ne la jugera car elle était ceci, ou avait fait ça. Comme les marins qu’elle va croiser sur son chemin, on prend Lili comme elle est, comme elle vient. Le sac à dos, être eu milieu de nulle part, ne connaître personne, le sandwich pain de mie, les pièces de monnaie qu’elle décompte, comme on irait sur son appli bancaire… On devine tout de suite une habitude à la galère, choisie ou pas, une vie rude en tous les cas, qui ne peut se faire autrement que dans l’absence de projections, une forme d’immédiateté, une errance affective.
Le film est tout sauf une carte postale, il existe dans Grand Marin, comme une authenticité, une émotion, une envie de toucher à travers des images et des décors, qui viennent comme une démarche artistique et parfois quasi documentaire. La torpeur que l’on y trouve peut paraître comme des longueurs pour les non-initiés, mais c’est surtout une affaire de vérité du rythme, et d’un contemplatif jamais lassant.
Lili est sans attaches, « les murs la rendent folles« , dit-elle à un moment. La mer liberté, c’est l’infini et le contraire de l’enfermement, seule à cet endroit et dans ce moment, elle se sent terriblement vivante. Elle préfère encore prendre le risque de se noyer, de mourir libre, plutôt que de vivre entre 4 murs dans une résidence pavillonnaire.
Grand Marin, c’est comme une douce caresse, il faut se laisser porter, bercer, et face à la mer, on partagera alors avec Lili presque corporellement nous aussi cette universelle aspiration de liberté.
Adapté d'un roman de Catherine Poulain, Grand marin est un film qui procure des plaisirs simples, entre mer et terre (d'Islande) avec son personnage de femme au passé inconnu, dont l'ambition est d'intégrer un équipage de pêche au gros, alors qu'elle n'a aucune expérience en la matière. Les séquences en mer sont joliment réalisées par Dinara Drukarova qui joue également le premier rôle du film, avec le talent d'une actrice qui avait été découverte à l'âge de 12 ans dans Bouge pas, meurs, ressuscite, avant de tourner plus tard en France, chez Desplechin, entre autres. S'il est vrai que le film ne propose rien d'original sur la vie des marins, une fois revenus sur le plancher des vaches, sur fond de beuveries et de rêves plus ou moins utopiques, ce personnage de femme à bord, surgie de nulle part ou presque (de France, c'est tout ce que l'on saura) ne manque pas de sel et l'on s'y attache, de par son caractère bien trempé et de son obstination à ne jamais abandonner, même si quelques révélations sur son histoire d'avant n'auraient pas été de trop. Classique dans sa forme et sans prétention dans le déroulement de son récit, Grand marin séduit avant tout par son humilité et un casting cohérent et crédible où l'on ne peut qu'admirer une fois de plus le grand acteur belge Sam Louwick.
Très beau premier film plein de poésie dans l'atmosphère sans pitié de la pêche au large en Islande. Nous suivons Lily dans sa quête de liberté sans concession.Cinéaste à suivre ...
Lili n’aime pas l’idée de se conformer à ce que le monde attend d’une femme de son âge : fonder une famille, construire un foyer. Elle ne veut pas de cette vie rangée et trouve un travail sur un bateau de pêche dans une équipe très masculine et machiste. Une immersion assez fade malgré la complexité de certains personnages.
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2,0
Publiée le 10 juillet 2023
Lili et les garçons... On ne sait pas qui elle est ou ce qu'elle fait là même si ce n'est pas compliqué de cerner son envie de liberté et de ne pas se conformer à ce que l'on attend d'une femme, mais Lili est en Alaska et elle cherche du travail à bord d'un chalutier. Après un démarchage infructueux, elle tombe sur Ian, qui l'accueille à bord où elle sera la seule femme. "Grand marin" est une aventure humaine, une quête de liberté, une envie de s'affranchir des attentes de la société. Si le bouquin duquel est adapté le film servait probablement d'introspection à Catherine Poulain, je n'ai pas été convaincu par le film. Les enjeux sont faiblards, les personnages peu attachants et l'ambiance sinistre malgré un beau cadre. Bref, rien d'intéressant pour moi.
Grand marin est le premier long-métrage réalisé par l'actrice Dinara Drukarova, auteure auparavant d'un court-métrage titré Ma branche toute fine (2018). Ce film est l'adaptation cinématographique du roman Le grand marin publié en 2016 par Catherine Poulain. Critique complète sur incineveritasblog.wordpress.com/festivals/albi/oeillades-2022/#GM
Vent brut. Air salé qui brûle le front. Sur le pont du Rebel, le métal suinte, la corde colle, les bottes frappent la tôle. Lili s’avance — petite silhouette prise dans le gris, moineau contre la mer. Première image, déjà : son visage contre le vent, paupières serrées, souffle court. Rien d’héroïque. Un corps qui tient. Comme ça. Drukarova filme l’apprentissage dans la matière. Pas de discours, pas de posture. Juste des gestes. Attraper, hisser, trier, rincer. Les mains tremblent un peu au début — puis se durcissent. On entend le moteur vibrer sous les pieds. Odeur d’huile, de poisson, de laine mouillée. Et cette lumière qui n’embrasse jamais vraiment : elle racle, elle expose, elle juge. L’équipage regarde Lili comme la mer regarde un bateau trop léger : méfiance, curiosité sèche. Sam Louwyck, capitaine massif, ne promet rien. Regard oblique, parole rare. Ce qui se joue là tient dans les silences : quand elle manque de glisser, quand il détourne les yeux pour ne pas l’aider trop vite. La confiance, ici, n’est pas dite ; elle s’arrache par frictions. Le montage avance comme la houle : régulier, puis une secousse. Ellipse. Nuit. Gros plan sur des doigts rouges, entaillés. Une mèche collée à la tempe. Lili ne devient pas “marin” — elle tient, insiste, s’use. On pense à Leviathan pour l’organicité, à Capitaine Conan pour la chair têtue du courage. Mais Grand Marin préfère l’antithèse du mythe : le rêve n’est pas ouverture, il est abrasion. Par moments, le film respire trop, flotte — la mer devient décor, moins adversaire. Une musique affleure, un peu illustrative. Minuscule faiblesse. Puis ça replonge : une vague, un cri, la lumière du matin sur des corps épuisés. Drukarova sait revenir au concret, au froid qui mord, au ciel qui refuse d’être beau. Et cette fin, presque discrète : Lili seule, dos courbé, mains posées sur le bastingage. Pas de conquête, pas de certitude. Une place gagnée par épuisement, par entêtement. Étincelle sobre, fragile. Comme si la liberté n’était jamais un horizon, mais une surface qu’on racle, encore, encore. Note : 14 / 20
Film étrange sur la quête d'absolu et de solitude d'une femme dont on ne saura rien ou presque, tout comme ses collègues hommes de pêche.
Une photographie superbe, une écriture cinématographique précise et sensible.
On y parle toutes les langues, les scènes au sein du chalutier sont parfaitement filmées, et sont en tout point semblable à ma propre expérience sur un chalutier au large de la bretagne pour une campagne de pêche, que ce soit les rapports entre marins, avec le skipper, les quarts et les moments de repos au sol, sur les banquettes ou dans dès couchettes quand elles existent
Peu de dialogues mais un jeu extra des acteurs et actrices.
"Grand Marin" film de et avec Drukarova Dinara apporte un air frais aux films de mer et de marin.
Lili a tout quitté pour partir au bout du monde réaliser son rêve : pêcher sur les mers du Nord. Elle persuade Ian, capitaine de chalutier, de lui donner sa chance et s'embarque sur le Rebel. Solitaire et insaisissable, celle que l’on surnomme « moineau » est la seule femme de l’équipage. Mais sous une apparente fragilité Lili est déterminée à aller jusqu’au bout de sa quête et défendre sa liberté.
Le monde des marins est filmé de manière délicate mais immersive. Grâce à un bon casting et des images de campagnes de pêche parfaitement maîtrisé, Dinara Drukarova rend totalement crédible ce récit de femme de mer au caractère bien trempé.
Ce film nous plonge dans une dimension nouvelle, celle du grand nord d'Iceland où le temps, les paysages, les personnalités ne peuvent se soustraire à la sincérité. Dans cet univers, une jeune femme débarque et propose de bouleverser toutes les représentations pour prétendre à une place de marin pêcheur auprès de quelques capitaines présents sur le port. L'un d'eux accepte et le bateau quitte le port pour quelques semaines de pêche ou l'aventure humaine commence pour cette carcasse de moineau dans un monde de colosses. Dans ce film subtil, équilibré, gracieux, les personnalités se révèlent, les tendres dans des corps de brutes. La solidarité s'installe et le film laisse apparaître les blessures qui semblent expliquer pourquoi ils se retrouvent tous ainsi pêcheurs dans les mers les plus hostiles. Lili alors y trouve logiquement toute sa place. Ce film est absolument superbe, tant dans la description délicate des personnages que dans l'esthétique de chaque scène. A ne surtout pas manquer.
Le film débute avec une énigme : pourquoi et comment une femme changent-elle de vie radicalement, et surtout pourquoi et comment a-t-elle choisi la pêche et l'Islande pour son exil ?! Un monde que la réalisatrice-actrice a voulu mieux appréhender par soucis de crédibilité et a passé plusieurs stages. On a l'agréable surprise de constater que Dinara Droukarova reprend au moins une séquence inspirée de son expérience mais surtout elle évite l'écueil habituel sur l'univers des marins-pêcheurs en ne montrant rien du machisme ou de la femme porte-malheur sur les mers, de la drague lourde. Mais par contre elle occulte tout ce qui a rapport avec l'intimité que la promiscuité doit rendre forcément compliquée ce qui paraît étonnant. Outre le travail parfaitement montré comme la vie à bord, la cinéaste contre-balance avec des plans contemplatifs de toute beauté de la mer avec une caméra qui suit la houle et le rythme des flots ; c'est magnifique, onirique, aérien. Mais au fil de ce récit très sec on continue à se demander quand est-ce que le film va vraiment nous raconter quelque chose. Le personnage principal reste une femme énigmatique dont on attend d'apprendre au moins une chose ou deux, ou un événement qui donnera du sens à son aventure. Note indulgente. Site : Selenie.fr
Super film ! J'aurais pu renoncer à le voir quand j'ai lu les critiques. J'ai vraiment beaucoup aimé le film.. Je crois comprendre. Ce film appartient à un genre cinématographique que je ne sais nommer. Contemplatif ? Ancré dans la relation homme nature ? Qui préfère l'observation à l'action ? Mais si on aime ce genre de film, on adore de film. Belle ode à l'Islande, à la femme, à la liberté.
Film assez spécial mais plutot captivant pour autant... alors c'est clair que c'est pas la rythme qui étouffe le long métrage car c'est plus un documentaire sur la vie de pêcheur en chalutier mais moi j'ai adoré ça... j'aime beaucoup la mer, les bateaux... et c'était super intéressant surtout qu'en plus on suit une femme et dans ce milieu là c'est assez rare et c'était plaisant !