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Et si “Amsterdam”, réalisé par David O. Russell, transformait l’Histoire en poudre d’os, Christian Bale, Margot Robbie, John David Washington coincés dans une danse boiteuse où le rire dérape ? Trois amis, une autopsie du siècle -- intrigue, réalisateur, suspense, acteurs -- et la promesse d’un baume ; c’est plutôt une ecchymose.
On croyait à la noblesse capricieuse de Russell : après “American Bluff”, pourquoi pas un carnaval politique qui cogne ? Attentes hautes, peur d’un verbiage chic. Entre “Inherent Vice” et “The Nice Guys”, sans la torpeur ni la grâce qui colle aux doigts.
Scénario en tire-bouchon : meurtre, complot, amitié bancale. L’intrigue s’ébroue, trébuche, se relève ; suspense comme une ampoule qui grésille, rebondissements sans atterrissage, originalité piquée d’anti-fascisme, mais la boussole devient bijou décoratif -- joli, inutile.
Clichés dorés : le docteur cabossé, la muse avant-gardiste, l’avocat droit comme une épingle tordue. Pourtant, parfois, une étincelle : une amitié qui miaule, une poignée de main qui ment, un regard qui recoud la peau.
Mise en scène : Emmanuel Lubezki taille des cadres comme des vitrines nocturnes ; la photo respire un velours poussiéreux, ambiance d’alcools tièdes. Plans larges qui promettent, coupes qui s’écharpent. La direction artistique exhibe ses étiquettes.
L’éclairage joue au prophète : jaunes jaunis, noirs qui boivent le noir ; la lumière raconte plus que le texte, mais le texte parle trop, alors tout sature.
Acteurs ? : Bale cisèle le tremblement ; Robbie, lame de verre, fend ; Washington cherche le tempo et parfois le trouve. De Niro, vieux lion, mâche les lignes.
Entre les personnages : triangle aux angles émoussés. La dynamique hésite, tend le ressort, puis l’oublie. Silences qui devraient craquer ; ils soupirent.
Bande-son : Daniel Pemberton tricote une musique qui voudrait danser et conspirer. Effets sonores, coups feutrés. La bande originale embrase par bouffées, puis retombe comme un feu de Bengale humide.
Les sons vibrent ? Par moments, oui, on sent la poussière d’un parquet avaler un pas, on entend la conspirologie fredonner. Puis Radio Dialogue remplace Radio Cinéma.
Impact émotionnel : le message -- ou son spectre -- parle de pactes, de fascisme rampant, d’amitié comme brûlure. Émotions en tiroirs qui coincent ; réflexion en surimpression.
Le message… ou son illusion : politique au compte-gouttes, sincérité vernie. On devine la morsure ; on reçoit la trace de dents en plastique.
Conclusion : film-labyrinthe sans Minotaure, note 10/20. Public cible : curieux des mécaniques d’époque, amoureux de casting-constellations, patients de la parlote stylée.
Pourquoi ça fonctionne (ou pas) : parce qu’un corps magnifique peut chanceler sur des chevilles de papier. Amsterdam, beau masque, souffle court. Thriller historique sans méchant, avec le réel pour bourreau -- et nous, spectateurs, ses otages consentants. Ici, la gloire se plie.